Célébration de vérité à la fois douce et amère

La version canadienne du Handmaid’s Tale (La Servante écarlate) fut récemment exposée par le Comité sénatorial permanent sur les affaires sociales, la science et la technologie. Le rapport Honte à nous : L’adoption forcée des enfants nés de mères célibataire pendant la période d’après-guerre au Canada inclut quatre recommandations, la première étant particulièrement importante car elle donne le ton pour ce qui doit suivre: que le Gouvernement du Canada présente, au nom des Canadiens, des excuses officielles aux mères et aux enfants qui ont été victimes des pratiques en matière d’adoption forcée pendant les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.

Bien que chaque province et territoire ait façonné ses propres pratiques d’adoption immorales et illégales, le Comité sénatorial a aussi reconnu la participation du gouvernement fédéral dans ce chapitre sombre de l’histoire et le besoin de réparation. Une excuse fédérale va donner le ton et pourrait encourager les gouvernements provinciaux et autres organisations impliquées à aussi offrir des excuses, comme en Australie en 2013.

Quoique le Canada avance maintenant dans la bonne direction, ayant des dossiers d’adoption ouverts dans la plupart des juridictions, il reste que je suis surtout concernée avec le Québec et le Projet de loi 113 : Loi modifiant le Code civil et d’autres dispositions législatives en matière d’adoption et de communication de renseignements. Le Projet de loi 113 fut adopté le 16 juin 2017, mais n’entrera pas complètement en vigueur avant juin 2019.

Il est convoluté et provoque des divisions, défini comme une “loi rendant plus facile pour les adoptés d’identifier leurs parents biologiques.” Essentiellement, il oppose les adoptés contre les mères biologiques, afin d’affirmer leur droit à l’identité. Le projet de loi 113 a été conçu spécifiquement pour les adoptés.

En utilisant la promesse antérieure de la confidentialité pour les mères comme excuse afin de nier aux adoptés l’accès à leur enregistrement original de naissance, il blâme carrément les mères pour le délai. Ainsi il protège le gouvernement d’avoir à admettre la vérité quant aux certificats de naissance falsifiés et les adoptés ayant été généralement enregistrés sous des noms fictifs. En conséquence, plusieurs ne peuvent simplement pas être trouvés. Ma fille était l’une d’eux. Elle a été présentée à ses parents adoptifs comme une orpheline dont les deux parents étaient décédés, n’ayant aucune autre famille. Elle avait été enregistrée sous un nom dont je n’avais jamais entendu parler, et certainement pas le nom que je lui avais donné.

Le Québec a encore son propre Code Civil, et n’a jamais été signataire de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982. Il est donc prêt à laisser les choses comme elles sont en matière de préjugé contre les mères biologiques, tel que reflété dans le Projet de loi 113. En contraste avec les adoptés qui auront le droit à leur identité, (à moins qu’un véto ne soit inscrit avant juillet 2019), pour les mères, rien n’a changé. Elles auront encore besoin du consentement de leur enfant (adopté) avant de recevoir quelque information ou de pouvoir prendre contact. Pas surprenant que les mères biologiques ont de la difficulté à sortir de l’ombre au Québec, beaucoup plus que dans les autres provinces.

Il apparaît qu’afin de consciemment ralentir les choses, le gouvernement a centralisé toutes les informations quant aux dossiers d’adoption et a formé huit personnes afin de répondre aux dizaines de milliers de requêtes pour des informations, y compris tous les formulaires à remplir. Le chaos s’en est suivi.

En attendant, le gouvernement du Québec mène une campagne de sensibilisation de la population, rappelant aux mères qu’elles ont seulement jusqu’en juin 2019 pour déposer un véto de non-divulgation et/ou de non-contact. Il y a trop de bruit et d’attention dirigés vers les mères, considérant que dans les autres provinces seulement 4 % à 5 % d’entre elles ont déposé un véto de non-divulgation. La machine à propagande suggère que les mères ne veulent pas être trouvées, perpétuant ainsi le mythe de la ‘mère abandonnante.’

Je suis profondément offensée. Comme mère biologique qui donna naissance au Québec en 1969 et fut forcée de signer un accord d’adoption, je vous assure que l’intention de la promesse de confidentialité n’a jamais été de protéger les mères, mais plutôt de nous garder silencieuses, afin de protéger le secret quant à la très lucrative industrie de l’adoption. Si j’étais encore au Québec espérant une réunion post-adoption, je serais peut-être aussi intimidée à retourner dans l’ombre, sentant toute la colère et la confusion que cette loi a généré pour les adoptés.

Il y a cinquante ans, j’étais enceinte et je suis encore à guérir le traumatisme de cette époque brutale. Peut-être sommes-nous considérées comme une menace, puisque certaines mères parmi nous sont encore en vie. Le Québec réclame 300 000 adoptions échelonnées pour une période de plus de 60 ans. Au tournant des années 1950, afin de gérer le phénomène social des naissances illégitimes, 16 crèches et 53 orphelinats furent établis. Cela est sans doute une machine bien huilée d’aliénation systématique.

Concernant l’adoption, il était dit : “afin de prendre le bébé, la mère avait besoin d’être anéantie”. J’imagine que nous avons donc fait un tour complet, puisque selon le Projet de loi 113, on doit encore anéantir la mère afin de permettre aux adoptés de trouver leur identité. Pouvez-vous commencer à imaginer les différentes façons dont cette attitude peut enrayer le processus de réunion d’adoption ?

Pour les adoptés qui croient encore que leur valeur est directement rattachée à la perte de leur identité par l’adoption, je leur rappellerais que leurs mères les aimaient.

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