Dans le cadre du Banquet organisé par l’AJEFA, l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta, Le Franco a eu l’opportunité de s’entretenir avec Mary Moreau, la première juge en chef bilingue à la Cour du Banc de la Reine en Alberta. Entrevue.

Mary Moreau

Le Franco: Vous êtes la première femme bilingue à ce poste, qu’est-ce que vous ressentez ?

Mary Moreau: Bilingue ou non, je suis en réalité la première femme à occuper ce poste. J’ai l’habitude de cette cour, j’ai siégé à tous les comités de la cour, et également sur les comités nationaux alors je ne suis pas surprise mais je suis très fière d’être la première. C’est certainement une nouvelle étape que nous avons franchie en ayant une femme bilingue à ce poste.

LF: De quelle manière cela affecte-t-il votre travail ?

MM: Cela m’aide beaucoup dans mes interactions avec les juges en chef du Québec ou du Nouveau-Brunswick par exemple. J’ai souvent la possibilité de travailler en français au sein de ces comités et je trouve que j’utilise beaucoup le français sur la scène nationale.

LF: Où en est-on aujourd’hui concernant l’accès aux services juridiques en français ?

MM: L’article 532 du Code criminel oblige les tribunaux à s’ouvrir aux procès en français, ou aux procès bilingues. Il est très important qu’au niveau institutionnel la cour soit prête à recevoir les personnes qui le souhaitent en français. Ce qui est moins connu, c’est l’obligation de la cour d’être ouverte aux personnes impliquées dans un litige civil. S’ils le souhaitent, ils ont le droit de s’exprimer en français. On ne parle pas de fournir un interprète dans ces cas-là, mais bien de fournir un service confortable en français devant un tribunal.

LF: Quels sont les besoins aujourd’hui pour avoir une véritable politique de service en français ?

MM: Ce qu’il reste à faire selon moi, c’est de s’assurer que les gens comprennent leur droit et l’utilisent. Je crois sincèrement que c’est le défi pour mon administration.

LF: Quelle est votre vision pour l’avenir de la cour et l’accès à la justice en français ?

MM: J’ai une vision de la cour qui englobe plusieurs axes et la communication en est probablement l’un des plus importants. Aussi, nous devons être à jour dans la technologie afin de devenir un tribunal du 21ème siècle. Par exemple, enregistrer les demandes électroniquement serait une évolution incroyable pour la cour. Cela permettrait à beaucoup d’être affectés à d’autres tâches plus importantes. Ensuite, je veux explorer le dossier de la diversité, de l’inclusion et de l’accès. Reconnaître la diversité de la communauté et inclure les gens de toutes les cultures. Et enfin, le dernier pilier de ma vision serait certainement la résolution précoce des affaires, surtout en droit familial.

LF: Comment voudriez-vous que l’on se souvienne de vous dans le futur ?

MM: Je souhaiterais que l’on garde l’image d’une pionnière de la cour. Je l’étais déjà à l’époque où l’on explorait toute la question du bilinguisme au niveau des tribunaux, mais il y a beaucoup de sujet où je peux l’être encore. Il y a beaucoup à faire au niveau de la technologie, de la transparence de la cour et de la communication.

LF: Comment réagissez-vous lorsque l’on vous dit que vous représentez un espoir pour la francophonie ?

MM: Je suis ravie ! Car je viens de cette communauté et c’est une communauté qui m’est chère.

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