Immigration et Plan d’action : Les détails encore attendus

Le 28 mars, le Plan d’action pour les langues officielles a été annoncé à Ottawa. Il annonce entre autres une stratégie nationale en immigration francophone qui vise à augmenter le nombre de nouveaux arrivants de langue française au pays. Deux spécialistes franco-albertains réagissent.

Alphonse Ahola 2

« De façon générale, c’est très positif », estime Alphonse Ahola, président de Francophonie albertaine plurielle (FRAP). Celui qui préside aussi le groupe de travail pour l’autonomie du Réseau en immigration francophone de l’Alberta (RIFA) souligne « une réelle prise de conscience au sein du gouvernement fédéral dans la nécessité de soutenir les Canadiens de minorité linguistique ».

La question des moyens est souvent au cœur des préoccupations. Le Plan récemment annoncé est, pour le coup, historique : avec 2,7 milliards prévus sur cinq ans, jamais l’enveloppe pour les langues officielles n’aura été aussi épaisse. « Les moyens mis en œuvre sont importants. C’est sans précédent », confirme le président de la FRAP.

« Le diable est souvent dans les détails »

Malgré les efforts, l’expert en immigration juge que l’avancée n’est pas encore suffisante. « Des cibles d’immigration francophone ont été fixées à environ 4% mais nous savons très bien que ces cibles ne seront probablement pas atteintes. Il faut des mesures concrètes pour nous assurer que cette immigration francophone soit encouragée », insiste-t-il.

Alphonse Ahola apprécie tout de même l’approche de « continuum global » du Plan. Des moyens sont ainsi mis à disposition tout au long du parcours d’un immigrant, allant du service aux aéroports en français à la réduction des coûts d’apprentissage de la langue. Mais « le diable est souvent dans les détails », avertit le responsable. « Comment cela va-t-il se passer ? Qui seront les acteurs associés à la mise en œuvre du Plan ? Quels en seront les critères ? », questionne-t-il.

Le concept du « par et pour les communautés » a pourtant été applaudi par la plupart des organismes au pays. Car, plutôt que d’investir via des transferts provinciaux, le gouvernement injectera l’argent directement dans les communautés francophones minoritaires. Pour autant, Monsieur Ahola se demande quel sera le niveau d’intégration de ces organismes dans la mise en œuvre. « Dans quelle mesure la voix de nos organismes va-t-elle peser ? », résume-t-il.

Vers un système francophile ?

Le président de l’ACFA, Marc Arnal, voudrait complètement changer le système qu’il juge inadapté. « Ça fait 16 ans que nous avons fait le constat que l’immigration dans sa forme actuelle contribuait au déclin de la population francophone », note-t-il.

Le responsable s’était d’ailleurs fait remarquer pour ses positions lors de la 12e Journée de réflexion sur l’immigration francophone à Calgary le 21 mars dernier. Pour lui, le problème n’est pas tant le fond que la manière. « On essaie d’utiliser des méthodes qui ne sont pas favorables à l’expansion de l’immigration francophone. Le système n’est pas conçu pour répondre aux besoins. Et avec un mauvais système, on obtient des mauvais résultats », analyse-t-il.

Le président de l’ACFA milite ainsi en faveur d’une approche « très ciblée », et non plus calquée sur le système général qui s’applique à tous les immigrants. « Il est grand temps que nous développions quelque chose de spécifique pour les francophones », déclare-t-il. Encore faut-il « qu’une certaine volonté politique » soit mise en œuvre…

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