L’annonce émise d’Ottawa, le 29 novembre dernier afin de construire deux pipelines, a suscité l’enthousiasme auprès du gouvernement albertain. Ce dernier espère ainsi relancer enfin l’économie de la province. Une nouvelle saluée sans nul doute par bon nombre de compagnies pétrolières, basées à Calgary. Les retombées politiques pourraient être importantes, mais semblent encore incertaines.

Ottawa vient d’approuver la construction du Trans Mountain, de l’entreprise Kinder Morgan, qui reliera l’Alberta à la région de Vancouver en passant par le parc national de Jasper, et le remplacement de la Ligne 3, de l’entreprise Enbridge, qui lui relie Hardisty, en Alberta, à Superior, au Wisconsin. La capacité du premier va être portée de 300 000 à 890 000 barils par jour, et celle du second de 390 000 à 760 000 barils par jour.

Une décision qui a été célébrée par le gouvernement Notley, mais aussi par les représentants du parti libéral et de Wildrose.

« Le gouvernement fédéral sait que lorsque l’industrie pétrolière se porte mal, cela a des conséquences non seulement pour l’Alberta mais aussi pour tout le pays », explique Frédéric Boily, professeur au Campus Saint-Jean et spécialiste de la politique canadienne.

La décision du gouvernement Trudeau d’approuver la construction de deux pipelines a en effet pour objectif premier de relancer l’économie et de générer des financements pour les projets fédéraux d’infrastructure, par exemple.

Mais il ne faut pas voir l’économie comme l’ennemie de l’environnement, ont tenté d’expliquer à la fois le gouvernement fédéral et le gouvernement albertain. La mise en place d’un plafond sur les émissions de gaz à effet de serre et de la taxe sur le carbone est destinée précisément à limiter les effets négatifs de la production pétrolière sur l’environnement.

winter-681175 960 720Économie et environnement, impossibles à concilier ?

C’est pourtant loin d’être suffisant pour certains groupes environnementaux et autochtones qui se disent contre la construction de ces deux pipelines. Greenpeace, par exemple, estime sur son site internet que « les émissions en amont de ces deux oléoducs reviendraient à éliminer les réductions d'émissions promises dans le cadre de la tarification nationale sur le carbone et du programme d'élimination des centrales au charbon. »

Pour Ricardo Miranda, ministre albertain de la culture et du tourisme, la taxe sur le carbone va non seulement permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de financer la transition énergétique, dont le but est aussi de réduire ces émissions.

« On n’a pas à choisir entre l’économie et l’environnement, on peut faire les deux », nous a-t-il dit. C’est aussi la position de Justin Trudeau, qui en prenant cette décision, « a été logique avec lui-même », pense M. Boily. Le Premier Ministre a toujours dit vouloir concilier économie et environnement, et c’est ce qu’il tente de faire en liant l’approbation de ces pipelines à la mise en place de mesures environnementales.

Pour M. Boily, c’est en effet le rôle du gouvernement que d’essayer de réduire la consommation de pétrole parmi la population. Mais cela ne peut se faire que petit à petit, a-t-il observé. En 2010, personne ne voulait entendre parler de la taxe sur le carbone, il y a donc eu un certain progrès. Ce que les groupes environnementaux réclament est trop radical, « on ne peut pas demander aux gens de changer leurs habitudes de vie en 10 ans », a –t-il remarqué.  

Une décision éminemment politique

Mais la décision du gouvernement Trudeau s’explique aussi par d’autres facteurs. Pour le professeur, l’objectif du premier ministre est aussi de soutenir le gouvernement Notley dans sa future réélection : « le gouvernement Trudeau père avait perdu l’Ouest, et cela avait diminué les chances du parti libéral aux élections dans le pays. » Justin Trudeau ne veut surtout pas passer pour quelqu’un qui n’est pas sensible aux intérêts de l’Alberta et du Saskatchewan, a ajouté M. Boily.

Sa décision n’est pourtant pas du goût de tout le monde en Colombie britannique, une autre province de l’ouest. Mais « cette province a toujours été politiquement divisée : elle ne vote jamais massivement pour un parti. Si le parti libéral perd des voix dans une partie de la province, il en gagne ailleurs », a expliqué le professeur.

Un futur incertain

L’opposition aux pipelines se fait en effet entendre chez nos voisins de la côte pacifique, et à l’heure où nous écrivons, Mme Notley s’y rend pour essayer de les convaincre des vertus d’un tel projet. « Il y a toujours des gens inquiets par l’annonce, a confirmé M. Miranda, mais nous savons que l’on peut concilier énergie et environnement. »

Le gouvernement fédéral a donné le feu vert à Trans Mountain sous réserve de 157 conditions juridiquement contraignantes. La route est donc encore longue.

M. Miranda a confirmé que l’Alberta souhaiterait voir les travaux démarrer en 2017, mais selon M. Boily, « il faut s’attendre à des retards, des reports. Il risque d’il y avoir des contestations judiciaires, et sans doute aussi des manifestations. Mais jusqu’à quel point ? Cela reste à voir. »

Le tout récent succès remporté par les opposants au Dakota Access pipeline risque de donner des ailes à ceux qui jurent déjà que ces deux pipelines canadiens ne verront jamais le jour.

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