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Le bilinguisme canadien : la réalisation d’une utopie

Le colloque annuel du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) est toujours un rendez-vous exceptionnel pour les chercheurs soucieux de partager leurs réflexions sur la francophonie.

Prenant la parole à l’Université d’Ottawa, les 3, 4 et 5 mars dernier, sous le thème « Le bilinguisme canadien comme projet: l’histoire d’une utopie et de sa réalisation », plus d’une vingtaine d’intellectuels en provenance des principales universités de la francophonie canadienne ont partagé le résultat de leurs recherches. La contribution albertaine a été assumée par la professeure Valérie Lapointe-Gagnon, du campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, qui a traité des débats autour de la notion de bilinguisme à la commission Laurendeau-Dunton (1963-1971) au moment où bien des anglophones se demandaient : « Pourquoi nous forcer à parler français ? »

Instituée en 1963 par le gouvernement libéral de Lester B. Pearson, la commission Laurendeau-Dunton rassemble dix commissaires invités à penser à un remède à la crise canadienne qui se profile au début des années 1960 avec l’affirmation d’un nationalisme revendicateur au Québec. Un des pans essentiels de ce remède est représenté par le développement d’une politique de bilinguisme permettant aux francophones de s’épanouir d’un océan à l’autre.

Dans sa communication, la professeure Lapointe-Gagnon a présenté les débats intellectuels engagés autour de la notion de bilinguisme pendant les travaux de la Commission. Elle a également mis de l’avant le large éventail de solutions envisagées par les commissaires pour renforcer le caractère bilingue du pays et les difficultés d’expliquer ces solutions à des citoyens parfois récalcitrants, qui craignaient de se voir contraints d’apprendre une langue dont ils ne comprenaient pas l’importance.

Le sujet est bien d’actualité car, à l’approche des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération, plusieurs élus estiment qu’il n’y a pas encore lieu de mettre en œuvre la première recommandation du volume 5 du rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme : que, dans la capitale fédérale, le français et l'anglais aient un statut d'égalité totale, et que l'ensemble des services dispensés au public soit partout accessible dans les deux langues.

En allocution d'ouverture au colloque, le doctorant en histoire François-Olivier Dorais a présenté l'essentiel de la problématique du colloque : au cours des dernières décennies, le bilinguisme s’impose comme une composante centrale de l’échafaudage du Canada. Il peut être considéré comme l’utopie concrétisée d’une volonté de refondation du Canada. Mais, le bilinguisme, comme projet de société et lieu structurant de mobilisation politique, serait-il le reliquat d’une autre époque ? À tout le moins, sa remise en cause se présente comme un moment d’indétermination politique qui ouvre un champ de questionnements sur le bilinguisme, tant en ce qui concerne sa dimension sociohistorique que ce qui pourrait lui succéder.

Pour plus de renseignement :

Cahier des participants au colloque http://documentationcapitale.ca/index.cfm?Repertoire_No=-751102913&voir=centre_detail&Id=6348

 

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