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Syrie : un conflit au-delà de ses frontières

800px-Wien - Westbahnhof Migranten am 5 Sep 2015L’actualité internationale de l’année 2015 a été dominée par un événement géopolitique majeur dont l’issue reste toujours incertaine: la guerre civile en Syrie. Ce conflit, qui dure depuis bientôt cinq ans, est également en partie responsable de deux autres phénomènes largement médiatisés cette année: la crise des réfugiés et le terrorisme international. L’entrée en scène de la Turquie et de la Russie, de même que l’intensification des efforts de la coalition contre le groupe armé État islamique menée par les États-Unis, internationalise encore davantage le conflit et augmente les intérêts en jeu.

Le nombre de belligérants et leurs divergences d’intérêts expliquent la complexité du conflit et la difficulté à parvenir à quelconque solution politique. À l’origine du conflit, le soulèvement d’une partie de la population syrienne, dans la foulée du Printemps arabe, contre le régime de Bachar Al-Assad. Ce soulèvement a pris une tournure armée lorsque le régime a violemment réprimé les manifestants, devenus ensuite rebelles. L’armée syrienne libre, formée notamment de déserteurs de l’armée syrienne, incarne l’opposition séculière et est, aux yeux de l'occident, l’alternative la plus crédible à Bachar Al-Assad. Ce groupe est toutefois en position de faiblesse par rapport aux divers groupes rebelles inspirés par l’islam radical sunnite.

Le plus puissant d’entre eux est sans contredits le groupe armé État islamique (EI). Créé à partir d’Al-Qaeda en Irak, le groupe contrôle désormais plusieurs grandes villes d’Irak et de Syrie ce qui, en quelque sorte, fusionne la guerre civile syrienne avec le conflit sectaire en Irak. L’EI est devenu du coup le principal opposant au régime Assad et du gouvernement chiite de Bagdad, de même que l’ennemi numéro un non seulement de l’Occident, mais aussi de la Russie et de l’Iran, de confession chiite, défenseur du régime syrien alaouite (une secte chiite) et du gouvernement chiite de Bagdad.

Plusieurs États sont maintenant impliqués à des degrés divers dans le conflit syrien. Une coalition menée par les États-Unis dont fait partie le Canada bombarde les positions de l’EI en Irak et en Syrie. Cette coalition, à laquelle appartiennent nombre de pays arabes, exige le départ de Bachar Al-Assad et cherche à dégrader et ultimement à détruire (pour reprendre les mots du Président Obama) l’EI. Pour la Russie, principale alliée de la Syrie, l’objectif premier est le maintien du régime syrien. À cet effet, les Russes bombardent les positions de tous les opposants au régime. Bien que la Russie et l’Occident voient en l’EI un ennemi commun, ceux-ci ont un différend fondamental quant à l’avenir politique du Président syrien, ce qui rend une résolution politique au conflit extrêmement difficile. Si, pour sa part, la Turquie souhaite un changement de régime à Damas, le but de son implication militaire dans le conflit est beaucoup plus difficile à cerner. D’un côté, la Turquie est l’une des cibles des djihadistes et combat, par conséquent, l’EI. De l’autre, les pertes de l’EI profitent au seul groupe qui combat véritablement les djihadistes avec des troupes au sol, c’est-à-dire les Kurdes.

Ankara, aux prises avec des séparatistes kurdes sur son territoire, craint les avancées des Kurdes, qui fonctionnent déjà de façon quasi-indépendante dans le nord-est de l’Irak et qui défendent leurs territoires en Syrie contre les assauts de l’EI. Ainsi, chaque pays a des priorités différentes et espère une combinaison de résultat différente. Les États-Unis veulent la destruction de l’EI et un changement de régime à Damas, la Russie veut le maintient du régime et la destruction de l’EI et les Turcs veulent à la fois un changement de régime, la destruction de l’EI et l’affaiblissement des Kurdes. Enfin, l’Iran, dont les objectifs correspondent à peu près à ceux de la Russie, cherche à maintenir son alliance chiite qui est attaquée sur tous les fronts en Syrie, en Irak et aussi au Liban.

Cette lutte d’agendas parallèles va se poursuivre en 2016 et il est difficile, dans l’état actuel des choses, de prédire lequel va l’emporter. Pendant ce temps, les répercussions du conflit en Syrie (et en Irak) se font sentir ailleurs dans le monde. Les réfugiés, fuyant autant les exactions de l’EI que les bombardements de l’armée syrienne, vont continuer à fuir par milliers vers l’Europe et il est fort possible qu’on demande au Canada d’accueillir davantage d’entre eux que les 25 000 prévus. Le terrorisme, qu’il soit commandé de Raqqa ou inspiré de la mouvance djihadiste, risque également de déborder de la région. La multiplicité des acteurs sur le terrain et les contradictions qui existent entre les objectifs géopolitiques de chacun explique pourquoi la résolution de ce conflit est aussi complexe.

 

 

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