Pénurie de médicaments: Manque d'actions concrètes, selon le NPD

L’actuelle ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose, avait annoncé en février dernier l’obligation pour les compagnies pharmaceutiques de dévoiler leurs pénuries de médicaments, chose qui avait longtemps été réclamée par le milieu de la santé à travers le pays. Environ cinq mois plus tard, les problèmes de pénuries ne semblent toujours pas réglés.

Cette réglementation récente rappelle le projet de loi C-523, battu en chambre une année plus tôt : le projet, déposé par le Nouveau Parti démocratique (NPD), suggérait déjà de rendre la divulgation des pénuries de médicaments obligatoire, imposant des sanctions à quiconque omettrait d’en informer les services de santé. C’est la députée de  Saint-Bruno–Saint-Hubert, Djaouida Sellah, qui était derrière le projet de loi. « J’avais présenté le projet de loi qui avait demandé au gouvernement de rendre la divulgation des pénuries de médicaments obligatoire, chose qui était faite auparavant de façon volontaire », confirme la députée néo-démocrate. Or, un an plus tard, les conservateurs ont ramené le projet sur le tapis, l’adoptant « en grande pompe », au dire de la députée.



 Peu de changement

Jusqu’à présent, la loi semble avoir des effets limités, si ce n’est que la liste des pénuries de médicaments ne cesse de s’allonger chaque jour. Ce qui désole Mme Sellah. « Après l’annonce, on voit toujours des pénuries et malheureusement on ne voit toujours pas de mesures concrètes dans le dernier budget pour vraiment mettre en place ce plan-là. Le but est de laisser le temps au personnel traitant de trouver un plan B. » Elle ajoute même qu’elle ignore les mesures réellement appliquées : « Je n’ai jamais eu de détails par rapport à l’adoption de la loi. Les mesures concrètes n’ont jamais été divulguées au public. »

Chose certaine, la liste des médicaments en pénurie augmente quotidiennement, comme en témoigne le site www.penuriesdemedicaments.ca qui accumule actuellement plus de 700 médicaments d’ordonnance, qui sont ou seront en pénurie sous peu. À cette liste se sont ajoutés deux formats de capsules d’éthambutol, médicament nécessaire pour le traitement des infections pulmonaires chroniques et de la tuberculose. Si le format 100 mg est en pénurie depuis le début du mois de juillet, jusqu’en début septembre, le format 400 mg, quant à lui, l’est déjà depuis juin, et ne sera réapprovisionné qu’en 2016. La raison : le transfert du site de production de la société pharmaceutique Valeant Canada,  ralentissant la production.

Cette pénurie particulière inquiète le NPD, qui cite l’Organisation mondiale de la Santé : « L’OMS a dit que les médicaments essentiels devraient être disponibles en tout temps et en des quantités suffisantes », tranche Mme Selah, elle-même médecin de formation. Elle critique vertement la mise en place tardive de la loi : « S’il y avait eu application de ces mesures-là plus tôt, on n’en serait pas là aujourd’hui », insiste-t-elle en s’appuyant sur l’imposante liste des pénuries de médicaments à travers le pays. « C’est inquiétant : depuis quelques années, ça grimpe et ça ne redescend pas! »

Octobre 2015

Les tensions entre les partis fédéraux augmentent alors que le prochain scrutin fédéral, prévu le 19 octobre 2015, n’est que dans quelques mois. Le NPD en a profité pour lancer des attaques au mode de gestion conservateur. « Si nous étions au pouvoir, nous veillerions à ce que les pénuries ne perdurent pas. Nous verrions en amont avec d’autres compagnies qui pourraient aussi fournir le médicament », assure la députée néo-démocrate. Elle mentionne aussi que son parti serait plus collaboratif avec les provinces pour mieux connaître leurs besoins.

Du côté du Parti conservateur, les nombreuses annonces depuis le début de l’année, incluent une nette diminution des transferts fédéraux en santé, mais aussi une nouvelle réglementation par rapport à un étiquetage plus clair sur les médicaments. Son dernier revers contre la Cour suprême au sujet des formes sous lesquelles le cannabis médical peut être consommé, risque cette fois de favoriser le Parti libéral, déjà ouvertement en faveur de sa légalisation. Les thèmes principaux de l’élection ne sont pas encore définis, mais les débats s’annoncent riches du côté de la santé.

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