Bienvenue en nouvelle Alberta!

Les dés sont jetés. Toute la spéculation concernant la valeur d’une prédiction basée sur les sondages d’intention de vote s’est estompée avec une victoire écrasante du NPD lors des élections du 5 mai dernier. Ces élections ont aussi mis fin à la dynastie de 44 ans du Parti progressiste-conservateur, relégué à troisième place dans la hiérarchie de la représentation parlementaire.

Pourquoi ce changement si radical? Deux sortes de raisons pourraient être avancées pour l’expliquer. D’abord, il y aurait les facteurs immédiats, émanant de la campagne électorale : le charisme de la cheftaine néo-démocrate Rachel Notley, les erreurs des Conservateurs, et une campagne du NPD bien menée. En effet, le NPD a martelé dans ses messages le manque de crédibilité des Conservateurs, la promesse de préservation de l’État-providence albertain, auquel tout le monde devrait contribuer, y compris les grandes entreprises, et l’offre d’une alternative crédible de gouvernement.


Mais il y a aussi des facteurs plus profonds, de nature structurelle, reliés aux changements démographiques de la province. Rappelons que l’Alberta a, en moyenne, une population jeune : 36,5 ans comparativement à la moyenne canadienne de 40,6 ans. L’Alberta est aussi la province canadienne qui a connu la croissance démographique la plus importante, augmentant sa population de 10,8% en cinq ans, de 2006 à 2011 (données disponibles dans ce lien). Cela veut dire que la nouvelle Alberta est plus jeune et plus diverse qu’auparavant, enrichie des nouvelles idées apportées par la relève des générations et par les migrants d’autres régions du Canada ou d’ailleurs, porteurs de nouvelles approches à la chose publique.

C’est bien cette nouvelle Alberta qui a élu les maires de Calgary Naheed Nenshi en 2010 et Don Iveson à Edmonton en 2013. Il lui a fallu l’alternative crédible que le NPD a offerte pour entériner son appui à un gouvernement provincial différent. Après tout, les néo-démocrates n’ont pas seulement balayé Edmonton, mais ils ont aussi fait des percées catégoriques à Calgary, considéré jusqu’à ce jour-là un bastion d’appui aux Conservateurs.

Malheureusement, Élections Alberta ne distingue pas l’âge au moment de compiler les données de participation électorale. Pourtant, étant donné que le taux de participation a atteint 57,7%, brisant le record de 54% établi en 2013, il faudrait croire que beaucoup plus de jeunes ont décidé d’aller aux urnes pour exprimer leur choix ; contribuant ainsi à raffermir la victoire du NPD.

Ce changement, apporte-t-il des bonnes nouvelles pour la province? Si l’on se fie aux prophètes du malheur qui on dépeint des scénarios de crise et de confrontation pendant la dernière semaine de la campagne, la réponse est bien sûr négative. Par contre, si l’on regarde la réalité de plus près, le nouveau gouvernement peut devenir justement ce dont la province a besoin pour confronter ses défis actuels.

D’abord, le NPD n’est pas un parti « anti-affaires » : cette formation politique accepte les réalités économiques fondamentales de la province. Les néo-démocrates peuvent par contre amener les grandes entreprises, pétrolières en tout premier lieu, à épauler de façon plus substantielle les finances publiques. Cela ferait en sorte que le revenu de la province serait plus stable et moins précaire, ce qui garantirait le maintien des dépenses en services sociaux (santé, éducation, infrastructure, etc.) tout en compensant pour le manque à gagner attribué à la chute du prix du pétrole. Les Albertains ne demandent pas moins, des sondages d’opinion ont montré que plus de deux tiers des citoyens voudraient que les entreprises prennent leur responsabilité sociale plus au sérieux.

Ensuite, le nouveau gouvernement a promis d’agir sur une longue liste de dossiers négligés par le gouvernement précédent : la protection de l’environnement, la lutte contre les inégalités sociales extrêmes, les rapports avec les peuples autochtones, la création d’emplois, les travailleurs temporaires, et j’en passe.

Le spectre du gouvernement Rae, élu par surprise en 1990 en Ontario sous les couleurs du NPD, et qui s’est avéré une catastrophe pour la province, pèse sur le nouveau gouvernement albertain. Mais Rachel Notley et son équipe ne sont pas dupes, ils sont conscients des erreurs que le gouvernement Rae a commises. En particulier, ils ne seront pas portés à tout vouloir arranger à coup de dépenses gouvernementales, ni à faire payer la facture des erreurs du gouvernement aux travailleurs de la fonction publique.

Il a été dit que les Albertains, quand ils vont aux urnes, n’élisent pas un gouvernement, mais ils portent une dynastie au pouvoir. L’élection du 5 mai 2015 annonce-t-elle la naissance d’une dynastie néo-démocrate ou alors la rupture du gouvernement dynastique dans cette province? Tout dépendra de la façon dont le nouveau gouvernement s’acquittera de ses promesses; on verra bien d’ici quatre ans.

L'auteur est professeur agrégé au département de science politique de l'Université de l'Alberta.

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