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Les étudiants se mobilisent autour de Saint-Jean

Au cours des derniers mois, le gouvernement albertain a annoncé des compressions budgétaires s’élevant à 147 millions $ dans le domaine des études postsecondaires. C’est ainsi que les étudiants du Campus Saint-Jean (CSJ) se sont réunis le 20 novembre dernier dans le cadre d’une assemblée communautaire pour faire le point sur l’avenir de leur établissement.

« Wow, vous êtes venus en grand nombre et ça fait du bien de voir cela », s’est exclamé le maitre de cérémonie de la session et représentant du CSJ au Student Union de l’Université de l’Alberta, Colin Champagne, à la centaine de personnes, majoritairement des étudiants, qui s’étaient entassés dans le Pavillon Lacerte pour l’occasion.


L’AUFSJ s’inquiète surtout des fonds qui proviennent de l’Entente Canada-Alberta concernant les langues officielles dans le domaine de l’éducation (OLE), une entente qui doit être renouvelée au 31 mars 2014 et qui pourrait doubler l’impact des coupes budgétaires au Campus Saint-Jean.

« C’est la seule institution postsecondaire en français à l’ouest du Manitoba et l’avenir de Saint-Jean, ce n’est pas quelque chose que tu joues avec. Il faut assurer l’avenir de cette institution-là », affirme M. Champagne.

Afin de donner l’heure juste aux personnes présentes, l’Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean (AUFSJ)a brossé un portrait de la situation. Ainsi, chaque faculté de l’Université de l’Alberta a dû réduire ses dépenses de 6 à 7,5 % que l’on retrouvait dans le dernier budget du gouvernement albertain.

D’un budget total de 8,6 millions $, le Campus Saint-Jean s’est vu dans l’obligation de faire une réduction de 607 175 $ (7 %) pour satisfaire les exigences de l’Université de l’Alberta. « C’est plus qu’on prévoyait, mais, finalement, ce montant a été réduit à 434 000 $ grâce à de nouveaux revenus générés par l’Université qui n’était pas prévue dans le budget », a présenté la présidente de l’AUFSJ, Kaibree Drake.

À cela s’ajoutent donc les revenus provenant de l’OLE. L’an dernier, 3,2 millions $ du budget du Campus Saint-Jean avaient été financés par cet accord, qui doit être renouvelée tous les cinq ans. « Cet argent provient du gouvernement fédéral, mais il est redistribué par le gouvernement provincial », indique Colin Champagne.

Cette somme représente 28 % du budget total du CSJ. « En ce moment, il n’y a aucune garantie que nous allons le recevoir. J’ai un peu peur de cela », enchaine Mme Drake.

L’AUFSJ dit craindre que si le Campus Saint-Jean ne reçoit pas cette aide financière, il doive doubler ou même tripler ses compressions. Sans oublier l’impact que cela pourrait avoir pour l’avenir.

« À long terme, nous envisageons la coupure de cours. Ça va commencer avec des petits cours qui affectent le moins d’étudiants (huit personnes), mais si les coupures sont plus importantes, ce sera des cours essentiels. De plus, ça pourrait même aller jusqu’à des programmes entiers », craint-elle.   

Une campagne de lettres
Pour tenter de convaincre la province de ne pas sabrer davantage, l’AUFSJ et Colin Champagne ont eu l’idée de lancer une campagne de lettres lors de son assemblée communautaire. Celles-ci seront envoyées au ministre Thomas Lukaszuk pour défendre la cause.

« On voulait distribuer l’information d’une façon que les gens allaient l’écouter et aussi leur donner une solution. C’est pour cela que nous avons introduit la campagne de lettres. Ce mouvement est une bonne manière d’impliquer les jeunes afin qu’ils puissent défendre leurs intérêts », mentionne M. Champagne. L’association étudiante veut faire entendre leur opinion afin que le gouvernement leur accorde des fonds provenant de l’OLE.

Comme plusieurs autres étudiants présents, David Jennings, vice-président interne de l’AUFSJ, a fait part de l’importance d’une éducation française au Campus Saint-Jean au sein de sa vie. « J’ai étudié en immersion à partir de la 6e année, alors c’était mon choix et non celui de mes parents. Je pensais au jour où je serais bilingue. Étant donné que j’avais seulement quelques cours en français durant mon secondaire, j’ai réalisé que l’école immersion n’était pas un bon environnement pour apprendre le français. J’ai donc décidé de poursuivre mon but d’être bilingue et de perfectionner mon français ici au Campus Saint-Jean. »

Support communautaire
Durant l’assemblée, l’AUFSJ a eu la chance d’avoir des appuis d’organismes tels que Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA) et Canadian Parents for French (CPF) qui ont tous deux donné des discours.  

« À chaque fois que l’on parle de coupures à Saint-Jean, on vient, dans les faits, couper dans la communauté franco-albertaine. Le gouvernement doit réaliser que lorsqu’il est question d’éducation post-secondaire en français en mi-lieu minoritaire, ce n’est pas la quantité qui doit primer, mais plutôt la qualité », a soutenu Caroline Kreiner, qui prenait la parole au nom de FJA.

Pour sa part. le directeur général de CPF, Michael Tryon, rappelle que Saint-Jean est important, surtout pour les élèves parmi les 38 000 en immersion qui choisiront d’étudier en français. « On est francophone par choix, pour améliorer notre français. Dans certains programmes au Campus, 65 % des étudiants proviennent de l’immersion. Il faut tout faire pour maintenir l’établissement », affirme-t-il.

Notons que l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) a profité d’un passage à Ottawa, au même moment, pour faire du lobbying afin de faire valoir les intérêts du Campus Saint-Jean au niveau fédéral.  « Que l’ACFA fasse des rencontres est quelque chose d’important, mais si le gouvernement ne nous entend pas, nous les étudiants, cela ne donnera pas grand-chose. On est 100 personnes ici réunies, alors on est 100 voix », fait remarquer Colin Champagne.

Outre les étudiants, quelques membres de la communauté et des anciens sont venus assister à l’assemblée. Pierre Bergeron, président de la Fête franco-albertaine et ancien du Campus, était présent. « Je pense que c’est important que nous fassions tout en notre pouvoir pour garder nos institutions francophones. Si nous regardons les leadeurs de notre communauté, ils ont tous fait un séjour au Campus Saint-Jean. C’est une institution qui est essentielle », avance-t-il.

La suite des choses
Lorsque les lettres seront envoyées, il ne restera plus qu’à attendre. « On va recevoir une décision informelle dans les prochaines semaines, mais la décision formelle sera rendue en mars, » précise Mme Drake. « Une fois la décision rendue, si nous avons de mauvaises nouvelles, nous allons devoir faire de nouvelles campagnes. La voix des étudiants doit être entendue, puisque l’éducation c’est important », termine-t-elle.

Ce mouvement est ouvert à toute la communauté francophone, alors il est possible de faire entendre votre voix en communiquant avec l’AUFSJ à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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