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Garder les jeunes sur le droit chemin

L’Alliance Jeunesse-Famille de l’Alberta Society (AJFAS) et l’Africa Centre ont tenu un forum communautaire sous le thème « Stratégies communautaires pour la prévention du crime ».

 

Le 21 juin dernier, c’est plus d’une centaine de personnes qui se sont rassemblées à La Cité francophone pour une journée de discussions sur la prévention du crime, surtout chez les jeunes des communautés immigrantes. 

 

Cet évènement bilingue, organisé conjointement par l’AJFAS et l’Africa Centre, « est une occasion unique de partager nos opinions, nos expériences et notre expertise », assure le président du Conseil d’administration de l’AJFAS, Emmanuel Mulumba. 

 

Il ajoute que « l’AJFAS est née pour rendre les jeunes immigrants et leur famille un segment réel de la population canadienne. Nous savons que toutes nos communautés sont désormais confrontées à des crises parmi les jeunes en général, et les jeunes d’origines ethnoculturelles en particulier ».

 

Keli Tamako de l’Africa Centre a parlé de son expérience en tant qu’immigrant et policier. Selon lui, les nouveaux arrivants d’expression française développent une certaine insécurité en immigrant dans une région anglophone, une insécurité qu’ils transmettent à leurs enfants. 

 

Le directeur général de l’AJFAS, Luketa M’Pindou, a rappelé que lors des débuts de l’organisme, en 1999, il a été difficile de convaincre les gens de parler de prévention du crime, puisque « la majorité des gens attachait à cette notion une connotation plutôt négative en associant cela à une reconnaissance potentielle d’une criminalité dans la communauté à cause des nouveaux immigrants. Ce que l’on voulait expliquer à travers cette notion était de mettre sur pieds des initiatives de prévention qui agissent sur des facteurs de risques associés à des comportements douteux et criminels. »

 

Selon ce dernier, il faut cesser de croire que la police et les programmes gouvernementaux peuvent, d’eux-mêmes, transformer la communauté. Les nombreux défis auxquels font face les immigrants provoquent une perte des liens familiaux et l’absence des valeurs culturelles chez certains jeunes. « Nous ne devons pas attendre que le mal arrive pour agir. La jeunesse immigrante a besoin d’un encadrement », lance le directeur général. 

 

Le forum a débuté avec une conférence de Maria Mourani, députée du Bloc québécois, criminologue et sociologue spécialisée dans le phénomène des gangs de rue. Sa conférence Portraits de gangs canadiens et en Alberta et la prévention a permis à l’assistance d’en apprendre plus sur les différents gangs et les façons d’éloigner les jeunes de ce milieu. 

 

Tables rondes

Le reste du forum s’est déroulé sous forme de tables rondes où les participants ont échangé sur trois questions. Avec l’aide d’un médiateur bénévole, les gens présents ont d’abord discuté de la signification de la prévention du crime. 

 

« Un crime, c’est tout ce qui détruit une relation. La société est comme un tissu que l’on veut garder intact. Tirer sur les fils de ce tissu est un crime, explique le psychologue Greg Cotfas qui œuvre dans le domaine judiciaire. Toute société a des règles, même si elles ne sont pas écrites. Ce sont des règles que l’on apprend de la famille et de la communauté. »

 

Autour de la table, les autres participants parlent de prévention à différents niveaux. Il est mentionné, entre autres, que certaines actions sont acceptées dans d’autres pays, mais pas au Canada. Selon eux, il importe de mieux informer les nouveaux arrivants des conséquences de ces actions ici.

 

« Il est important que les nouveaux arrivants fassent la différence entre ce qui est culturel et légiférer. Certains comportements culturels sont normaux ailleurs, mais ils sont illégaux ici. Ce n’est donc pas une discrimination culturelle, mais une loi », a mentionné Humza Makhdoom qui travaille avec les jeunes immigrants. 

 

Les deux autres questions portaient sur les besoins et les défis des différentes communautés concernant la prévention du crime et les moyens d’y répondre. Après que chaque question ait été discutée, un représentant par table présentait les principaux points soulevés aux gens des autres tables. 

 

« Il faut démontrer que toutes les cultures font partie de la culture canadienne. Lorsque les enfants comprennent cela, ils se sentent chez eux », croit M. Makhdoom. 

 

Aux tours de tables, il a été dit que les nouveaux arrivants ont généralement beaucoup de questions. Ils ressentent de la peur face à tout ce qui leur est inconnu et ils ont souvent une faible estime d’eux-mêmes puisque leurs acquis ne sont pas toujours reconnus.  La pauvreté les touche également. 

 

Travailler ensemble

Pour contrer la criminalité, il a été proposé de créer des ressources pour les parents afin de les sortir de leur isolement et de s’assurer qu’ils gardent en tête les raisons qui les ont poussés à quitter leur pays d’origine. Même si les premiers temps sont difficiles, les parents ne doivent surtout pas délaisser leurs enfants et ces derniers devraient s’impliquer dans des activités avec la communauté. 

 

Parmi les stratégies lancées, on note des ateliers dans les écoles pour les jeunes et leurs parents au sujet de la criminalité, des services d’intégrations plus personnalisés et la création de centres multiculturels. 

 

Présents lors des échanges, le maire Stephen Mandel et la députée néodémocrate d’Edmonton-Strathcona Linda Duncan ont pris note des idées mentionnées. « Il y a des problèmes au niveau fédéral, puisque beaucoup de subventions ont été coupées pour les programmes de prévention du crime. La solution n’est pas d’emprisonner plus de jeunes pour de plus longues périodes de temps, mais de travailler à la prévention », estime Mme Duncan. 

 

« Même si je ne me représente pas aux élections municipales, je crois fermement que le futur conseil comprendra que notre ville est plus inclusive. Edmonton a beaucoup changé au cours des dernières années et nous devons trouver des façons pour mieux soutenir nos nouvelles communautés. Nous avons beaucoup de travail à faire et votre expertise, votre participation, votre support et votre vision sont nécessaires à cette réussite », a affirmé M. Mandel. 

 

Le président de l’Africa Centre, Charles Balenga, a conclu le forum avec quelques mots qui lui ont valu de bons applaudissements : « Travaillons tous ensemble, non seulement pour éloigner nos jeunes de la criminalité et pour qu’ils deviennent de bons citoyens, mais aussi pour les voir prospérer et avoir du succès. »

 

Les suggestions recueillies lors du forum feront l’objet d’un rapport qui sera envoyé à tous les organismes et acteurs qui œuvrent dans le domaine, autant en français qu’en anglais. 

 
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