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Les élèves de Gabrielle-Roy relèvent le défi!

Pour marquer de façon particulière la Journée du droit, le 16 avril dernier, le Palais de justice d’Edmonton a été l’hôte d’un procès criminel simulé en français, La Reine c. Ali Singh, présidé par le juge à la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta, Vital Ouellette, devant une quarantaine de parents et amis.

Huit élèves de l’école publique Gabrielle-Roy se sont prêtés au jeu. Les avocates de la couronne, Victoria Kirezi et Floxelle Ininahazwe, ont tenté de faire condamner Ali Singh (interprété par Sebastian Larochelle), un jeune de 16 ans, de vol, de voies de faits et d'avoir proféré des menaces dans une station de métro envers Morgan King (jouée par Ines Laaouad).

Outre la victime, la couronne a aussi appelé à la barre comme témoin Dakota Lim (Sibel Yesilkaya), une policière.


De son côté, M. Singh était représenté par Vahina N’Landu de Oliveira. Celle-ci avait également un témoin : Jayme Watson (interprété par Luc Roussel).

Tout cela devant le juge Ouellette, qui avait accepté de se prêter au jeu. Celui-ci était appuyé par une jeune greffière, Olivia Adie.

« Cela fait longtemps qu’on mijotait une telle idée. Des procès simulés pour les jeunes, cela se fait beaucoup en anglais à Calgary, mais très peu à Edmonton. De plus, c’était le premier en français », a souligné la chargée de projets à l’Association des juristes d'expression française de l'Alberta (AJEFA), Josée Bonneville.

Celle-ci était bien heureuse que l’école Gabrielle-Roy accepte d’embarquer dans ce projet. « Nous savions que l’école avait l’intention de venir visiter le Palais de justice et lorsque nous leur avons présenté ce projet de procès simulé, ils ont immédiatement décidé d’embarquer », ajoute Mme Bonneville.

Entre les mois de janvier et avril, les élèves ont pu apprendre le fonctionnement de la cour. Pour ce faire, l’école a pu compter sur une avocate Me Shannon Prithipaul pour offrir un encadrement. Me Prithipaul était appuyée par le directeur adjoint de l’école Pierre Hébert, ainsi que Pacifique Kubota, qui travaille à l’école comme agent de carrières.

« Le grand défi que les élèves avaient a été celui de travailler sans texte. Ce n’était pas une pièce de théâtre, mais un véritable procès simulé. Tout ce qu’il y avait, c’était un article de journal pour la mise en contexte. Les avocats ont dû faire de la recherche pour développer les questions et être attentifs aux témoignages » a tenu à faire remarquer Pierre Hébert.

Cette facette a même amené les avocats de la couronne à mettre sérieusement la crédibilité du témoin de la défense, ce dernier s’étant contredit entre sa déposition sur papier et son témoignage devant la cour. Un élément qui n’a pas échappé au juge Ouellette lorsqu’il a donné son verdict après la plaidoirie des deux partis. Concernant le témoin de la défense, « je ne sais pas si je le crois ou le crois pas », a dit le juge, en précisant toutefois que le débat n’était pas autour de cet enjeu, mais plutôt de déterminer si M. Singh était coupable ou non.

Et, malgré ce témoignage peu fiable, la preuve de la couronne n’a pas été jugée assez forte, selon le juge. « Le fardeau demeure sur les avocats de la couronne qui doivent démontrer, sans doute raisonnable, que le crime a été commis par l’accusé. Ce n’est pas assez de dire qu’il l’a probablement fait », a soutenu Vital Ouellette. « Dans ce cas-ci, la couronne n’a pas réussi à démontrer que M. Singh avait commis les gestes qui lui étaient reprochés », a lancé le juge.

Au terme de l’audience, Vital Ouellette a tenu à remercier les élèves de leur initiative. « Ce que vous avez vécu aujourd’hui, c’est véritablement comme cela que ça se passe en cour », a-t-il partagé.

« L’expérience d’apprentissage que les jeunes ont vécu aujourd’hui, cela dépasse largement ce qui peut être montré en terme pédagogique en salle de classe. Une vraie expérience dans un vrai environnement », a mentionné le directeur de l’école Gabrielle-Roy, Jean-Daniel Tremblay, se promettant de répéter l’expérience l’an prochain.

L’AJEFA espère présenter un nouveau procès simulé dans un an. « On souhaite répéter l’an prochain et aller même un peu plus loin. On pourrait même faire un concours où une école serait appelée à jouer la couronne et une autre école la défense, afin de déterminer qui l’emporterait », affirme Josée Bonneville.

La chargée de projet estime que Calgary pourrait aussi tenir un procès simulé en français. « Il suffit de trouver une école et des personnes intéressées à encadrer les jeunes, car il y a beaucoup de travail de préparation à faire », note-t-elle.

Ce défi a été relevé par Shannon Prithipaul et l’école a tenu à le souligner. « Me Prithipaul a été d’un très grand appui. Elle se présentait sur l’heure du midi, entre deux causes, pour travailler avec les élèves, leur expliquer les procédures et partager ces connaissances. Sans sa contribution, ainsi que de l’appui de Pacifique Kubota, ce projet n’aurait jamais vu le jour », a déclaré Pierre Hébert.

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