Jusqu’à très récemment, on m’a encore demandé en quoi consistait le rôle d’un journal communautaire. Une question essentielle qui revêt tout son sens à l’annonce de la charte de la presse écrite de langue française en situation minoritaire par l’APF. Certains y voient un moment historique en matière de presse francophone et se réjouissent de cette nouvelle, tandis que d’autres ne préfèrent pas se prononcer. Le Franco, au même titre que les journaux communautaires, est une chance unique de parler d’une communauté dans ses joies et dans ses peines, dans ses défis et dans ses réussites, dans ses forces et ses faiblesses. C’est là tout le rôle, et le défi, du Franco.

L’ouragan Irma est sur toutes les lèvres. Après le passage d’un telle catastrophe, on ne peut que s’interroger sur l’état de santé de notre planète. Bien que les francophones de l’Alberta vivent en situation minoritaire, n’oublions pas que nous faisons partie d’un tout plus vaste : la Terre. Si les francophones de l’Alberta défendent le fait français depuis des années, et que Le Franco à l’origine s’appelait La Survivance, la « Survivance » des générations futures sera la survie de notre planète et de ses habitants. Le réchauffement climatique est-il une fatalité, le résultat d’un processus naturel, ou bien la conséquence d’un dérèglement causé par l’homme ?

L’annonce historique du mercredi 14 juin 2017, d’une politique de services en français fait toute la différence dans le cœur des Franco-Albertains. Quels sont les besoins de la communauté ? Quels services seront mis en place ? Après l’euphorie, place à l’action afin de répondre à la demande. Qui sait, cette politique pourrait marquer un jour l’avènement d’une loi de services en français dans la province.

Le sommet du G7 s’est tenu au château d’Elmau, en Allemagne, le 7 et 8 juin dernier. Parmi les nombreux points évoqués par les 7 chefs d’État, le changement climatique et la sécurité énergétique. Ce volet est comme à son habitude sans cesse abordé, avec cette fois une nouvelle qui n’aura pas manqué de retenir l’attention : l’arrêt des exploitations fossiles en 2100 !


Serait-ce donc avec « stupeur et tremblements », titre du célèbre roman d’Amélie Nothomb, que nous devrions accueillir cette nouvelle ? D’un côté la stupeur, car le quotidien et le fonctionnement de la planète reposent principalement sur l’exploitation des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel), et cela, malheureusement au détriment de notre environnement. Nous sommes devenus si dépendants des hydrocarbures que nous n’avons pas pu ou voulu chercher d’autres alternatives. L’arrêt de cette exploitation marquerait-elle le début d’un geste responsable et citoyen envers notre héritage millénaire, la planète Terre ?

Pour revenir sur le sujet de la semaine dernière, j’étais heureuse de voir M. Edmund Aunger, un homme que j’admire, réitérer que l’important dans une décision favorable de la Cour suprême dans la cause Caron, c’était la confirmation de notre histoire. Bien sûr, beaucoup ne voudront pas l’entendre.

Avant 1870, dans le territoire qui est aujourd’hui l’Alberta, la majorité du conseil législatif était francophone. Entre 1835 et 1870, les deux langues officielles, l’anglais et le français, s’appliquaient à la plupart des sphères de la société. Les droits linguistiques auraient de quoi faire rêver les francophones en situation minoritaire aujourd’hui (et ils le font d’ailleurs). Mais il ne faut pas oublier que le ¾ de ces francophones étaient métis. « Ceux-ci ont refusé de faire annexer leur territoire à moins que le français ne soit garanti », rappelle M. Aunger.

Gilles Caron, c’est un nom qui connote « dualité linguistique », « bilinguisme officiel » et « notre avenir est en jeu », pour une partie de la francophonie albertaine et canadienne. Effectivement, sans automatiquement équivaloir à une traduction des lois en français et des tribunaux bilingues, un avis favorable de la Cour suprême pour Gilles Caron et Pierre Boutet pourrait notamment prédisposer le gouvernement de l’Alberta à accepter de ramener à la table des négociations une politique de services en français en Alberta. C’est ce qu’espèrent ceux qui se battent pour depuis des années.

Pourtant, il faut bien avouer que pour monsieur et madame Tout Le Monde qui font ou ne font pas partie du noyau de francophones engagés dans leur francophonie, Caron résonne au loin comme un pierre qui tombe dans un puits. Certains se demandent quand est-ce qu’ils vont finir d’entendre ce nom qui revient les hanter chaque année et pour cause : ils ne comprennent pas nécessairement la portée que pourrait avoir un arrêt de la Cour suprême qui a déjà statué en faveur du rétablissement du contrat social remontant à la proclamation royale de 1869, pour la province du Manitoba (lisez à ce sujet la lettre de Maître Antoine Leduc page 3). Est-ce qu’il y aurait des raisons qu’elle ne le fasse pas pour l’Alberta et la Saskatchewan ? Je ne m’y connais pas assez pour répondre.

Cette semaine en était une de répit pour l’actualité franco-albertaine et dans les agendas de ceux qui se dévouent allègrement aux activités de la communauté. J’espère que vous avez pris tout le repos qu’il vous faut puisque les semaines qui viennent seront bien remplies d’adrénaline, de partage et de délires hivernaux. En une ligne je cite : la Classique Héritage, la Soirée de curling francophone, le Pentathlon de Jasper, l’Aventure du canoë volant et le Carnaval de Saint-Isidore, pour en omettre plusieurs, je suis certaine…

Ceci ne veut toutefois pas dire que les pages de votre journal hebdomadaire ne sont, cette semaine, que bonnes pour le foyer… Parfois, quand nous ne sommes pas de facto occupés par une multitude de nouvelles ou d’événements primordiaux pour notre francophonie, cela nous laisse le temps de réfléchir aux bonnes nouvelles. Les bonnes nouvelles qui ne sont pas flamboyantes mais qui dévoilent plutôt des idées brillantes… Il y en a trois dans le journal cette semaine. Mais c’est de leur thème sous-jacent dont je veux parler.

Quand j’ai hésité à mettre le « Je suis Charlie » noir sur blanc sur mon compte Instagram (je n’ai pas Facebook, ça faisait déjà ça de moins), c’est que je me demandais de un, si c’était approprié à l’utilisation que je faisais de ce réseau social, mais surtout, ce que cela voulait dire exactement. Pour ceci, j’ai laissé la parole à mes collègues journalistes et à mes compatriotes français, Anne-Florence et Arthur.

« Pour être honnête, je ne crois pas avoir jamais acheté Charlie Hebdo. Lu chez des potes, oui, mais jamais acheté en kiosque avec mes sous à moi. Certains dessins me faisaient rire, d’autres moins. Pas fan, par exemple, du fameux numéro Charia Hebdo paru en 2011. Pour autant, même si l’humour de Charb, Cabu et compagnie n’était pas toujours ma tasse de thé, aujourd’hui je sur Charlie. Pas besoin de lire un journal depuis 40 ans ou même de l’apprécier pour soutenir la liberté de la presse et le droit à la caricature, pour dénoncer la lâcheté et la bêtise crasse. »  (Arthur Bayon)

« Je me souviens des précédentes menaces et tentatives d’attentats sur Charlie Hebdo mais je ne m’étais jamais vraiment inquiétée. Nous sommes en France, comment quelqu’un pourrait-il tuer pour de simples dessins, aussi subversifs, provocateurs ou discutables soient-ils ? C’est ce que je pensais. Le 7 janvier 2015 a été un véritable choc. Ce n’est pas un 11 septembre 2001, c’est un 7 janvier 2015 et cette date restera gravée à jamais dans nos mémoires comme celle où notre rire, notre liberté et notre sécurité ont été bafoués. Mais nous Français, nous journalistes, nous policiers, nous musulmans, nous juifs, nous Charlie, nous continuerons de rire, d’écrire, de dessiner et de défendre nos libertés et nos valeurs. » (Anne-Florence Salvetti)

Si j’étais mère d’un enfant en âge d’être inscrit à la nouvelle école de Beaumont, ou de Camrose, je me serais posé une question lors de la réunion des parents sur la confessionnalité de l’école. Est-ce que l’école, étant catholique, pourrait refuser de former des alliances gais-hétéros dans l’école de mon enfant ? Est-ce que des précédents font qu’il y aurait de fortes chances que certaines écoles s’y opposent ?

La réponse bien sûr ne relève pas seulement du conseil scolaire. Le projet de loi 10 sur les alliances gais-hétéros est à l’heure actuelle dans la pile « pas pour tout de suite », car le premier ministre Prentice a dû faire face à des représailles de tous côtés, y compris de membres de son propre parti. L’ironie, c’est qu’il essayait, avec un projet de loi pratiquement et idéologiquement contradictoire, d’accommoder tant les droits des jeunes LGBTQ, que ceux des parents ainsi que l’autonomie des conseils scolaires, ne s’attirant au final que des ennuis. Selon l’éditorialiste Graham Thompson, on peut s’attendre à ce que ce projet de loi revienne sur la table à la session parlementaire du printemps.

En baisse : la probabilité qu’il y ait une école à Lloydminster l’année prochaine

Aux premiers échos de la possible fermeture de l’école Sans-Frontières à Lloydminster (ville à cheval sur l’Alberta et la Saskatchewan), je me suis dit qu’il devait s’agir d’un levier pour le Conseil scolaire fransaskois (CSF) afin d’obtenir l’argent qu’il estimait lui être dû auprès de l’Alberta. Il y a un peu de ça, du fait que même auprès de leurs électeurs lors de la réunion du 26 novembre, le directeur par intérim Donald Michaud (qui je le rappelle est également directeur de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta) n’a pas hésité à affirmer aux parents que l’Alberta leur « volait leurs ressources » (étant donné que le gouvernement albertain ne subventionne pas la totalité des services offerts à l’école Sans-Frontières). Heureusement, les parents, en êtres humains raisonnables, ne se sont pas jetés sur la solution « d’exclure les élèves franco-albertains de l’école », solution qui, je l’ai appris plus tard, avait été proposée par le conseil juridique du CSF.

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