Assez confortablement perché à 105 $ le baril en juin dernier, le prix du pétrole n’a depuis cessé de chuter pour tomber à 75 $ début novembre. À quoi doivent s’attendre les Albertains dans les mois qui viennent ?

Dans son discours du Trône du lundi 17 novembre, le gouvernement de l’Alberta a promis de maintenir « de faibles taxes et aucune taxe de vente », sans évoquer l’avenir de l’impôt sur le revenu au taux fixe de 10%, en dépit d’une importante baisse de revenus liée à la chute des cours du pétrole. Depuis juin, le prix du baril est passé de 105 à 75 $. Un manque à gagner non négligeable pour la province qui, en 2013, avait récupéré 9,6 milliards de dollars de redevances, soit environ un quart de son budget total.

L’opposition n’a pas manqué de critiquer la dépendance de l’Alberta vis-à-vis du pétrole qui va la pousser à s’endetter davantage et le risque, selon Rachel Notley, la chef du Nouveau Parti démocratique de l’Alberta, de déboucher sur des « compressions à un réseau d’éducation et à un système de santé qui sont déjà en difficulté ».

« C’est toujours bien d’avoir de compatriotes, des amis de chez nous », estime Valentine Skeels, agente de voyage et vice-présidente de l’ACFA régionale de Red Deer. Née à Moorea, « l’île-sœur de Tahiti », elle a rencontré son mari à Vancouver avant de s’installer en 2002 en Alberta. Depuis ce temps-là, impossible de mettre la main sur d’autres Polynésiens français dans la province.

Valentine a d’abord cherché des compatriotes via ses cercles d’amis, des groupes culturels, Facebook… en vain. « Je connaissais un des vice-consuls de Calgary, sa mère était polynésienne mais il a grandi en France… Je lui ai demandé : est-ce qu’il y a des Polynésiens francophones ? » Là encore,  la réponse fut négative.

« J’ai trouvé des Polynésiens, mais pas de Polynésiens français, explique Valentine. Des gens des Tonga, des Samoa, des îles Cook, d’Hawaii… Nous sommes tous Polynésiens mais ils ne parlent pas français. » Et si le tahitien que parle Valentine ressemble à l’hawaïen, il reste difficile de se comprendre.

Jim Prentice est premier ministre de l’Alberta depuis plus d’un mois. L’occasion pour Le Franco de faire le bilan de ces premières semaines avec Frédéric Boily, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Alberta à Edmonton.

 

Ses promesses pré-élection

 

Jim Prentice, avocat de formation, anciennement ministre de l’Environnement, ministre de l’Industrie et député à la chambre des communes, a pris la tête du Parti progressiste-conservateur de l’Alberta le 6 septembre 2014. Il est devenu dans la foulée le 16e premier ministre de l’Alberta, suite à la démission d’Alisson Redford, sa prédécesseure.

La musicienne Anique Granger est en tournée en Alberta et en Saskatchewan jusqu’au 6 novembre. Un circuit estampillé « Chemin chez nous » qui préfère les maisons des particuliers aux salles de concert traditionnelles...

« Je vois les gens et leurs réactions, ils n’ont nulle part où se cacher ! », plaisante Anique Granger. La musicienne d’origine fransaskoise a commencé dimanche 19 octobre, à Legal, sa troisième tournée avec Chemin chez nous (pendant francophone de Home Routes). Cet organisme basé à Winnipeg organise des circuits de concerts folk chez l’habitant dans les communautés francophones de l’Ouest canadien depuis septembre 2009.

« Cela répond à un besoin de nos communautés d’avoir une vie culturelle et de connaître les artistes francophones », estime Nicole Brémault, employée  touche-à-tout de Chemin chez nous.

« Folk, au fond, ça veut dire populaire », rappelle-t-elle. Logique, du coup, d’apporter cette musique directement dans l’intimité des maisons canadiennes. L’organisme privilégie les artistes confirmés tels qu’Yves Lambert, Angèle Arsenault… ou Anique Granger, actuellement en tournée en Alberta.

Vendredi 17 octobre s’est tenue la première édition albertaine du Francothon au centre de conférence Shaw à Edmonton, avec une retransmission en direct sur le site de Radio-Canada. 220 764 $ ont été amassés pour soutenir la francophonie en Alberta via divers fonds de dotation.

« La Fondation franco-albertaine est extrêmement heureuse du déroulement du Francothon. Cela a dépassé nos objectifs, a commenté son directeur Joël F. Lavoie.  Voir autant de gens se mobiliser et autant de donateurs donner pour une première fois, cela nous réjouit grandement. »

L’objectif initial de 200 000 $ a été nettement dépassé puisque 220 764 $ ont été recueillis, en comptant les dons enregistrés après la soirée. Le plus gros chèque fut celui du Club Marie-Anne-Gaboury à destination du fonds du même nom qui vise à appuyer les objectifs de bienfaisance de la francophonie et prioritairement les prématernelles et les maternelles, ainsi que les finissants des écoles francophones ou d’immersion. Parmi les donateurs les plus généreux, citons aussi la Société d’éducation de l’Alberta (24 891 $), Reed Gauthier (10 000 $), Maurice et Michèle Vincent (6 000 $), la Communauté Saint-Isidore (5 175 $), Juliette Richard (5 000 $), ainsi que Denis et Claudette Tardif (5 000 $).

Députée provinciale de Barrhead-Morinville-Westlock depuis 2012, Maureen Kubinec a été nommée ministre de la Culture et du Tourisme de l’Alberta le 15 septembre 2014. Elle évoque la relation entre le ministère et le Secrétariat francophone, ainsi que l’importance de la culture francophone dans la province, notamment d’un point de vue touristique.

 

Le Franco (LF) : Comment la fusion entre le ministère du Tourisme et celui de la Culture affectera-t-il le Secrétariat francophone ?

Maureen Kubinec (MK) : Vous savez, je pense que la fusion n’aura que des effets positifs sur le Secrétariat francophone. Le gouvernement de l’Alberta continue de soigner sa relation avec les francophones et, via le secrétariat, nous nous engageons à soutenir les besoins de cette communauté. Maintenant, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais j’ai un gendre qui est francophone. J’ai des petits-enfants qui vont dans le système francophone et d’autres dans le système d’immersion… donc vous prêchez une convertie.

La fusion de ces deux ministères crée de nouvelles occasions de travailler avec le secrétariat, pour mettre en valeur la richesse du patrimoine et de la culture que nous avons ici. Vous savez sans doute que Legal est dans ma circonscription ? J’ai une merveilleuse relation avec la francophonie et j’apprécie vraiment chacune de mes visites là-bas.

Je poursuis l’argumentaire du “verre à moitié plein” par un retour sur des notions clés afin de montrer que la complétude institutionnelle est insuffisante en soi dans notre contexte et peut ainsi fausser notre conscience d’un avenir assuré.

 

Malgré tous les changements institutionnels significatifs qui permettent un certain modus vivendi en français, nous ne pouvons échapper à la réalité d’une langue anglophone tout enveloppante : nous y sommes submergés, imprégnés par elle, séduits, dominés, en raison de son occupation de l’espace public. Ce qu’il nous faut pour changer le pratique langagière des jeunes dans les écoles, les universités et même chez les jeunes parents, c’est-à-dire leur rapport à la langue française, c’est de rétablir la valeur et le prestige du français dans cet espace public, lui redonner l’élan qu’il a déjà connu pour en faire une des  valeurs identitaires fondamentales du Canada entier, et non l’unique apanage des communautés francophones et d’un Québec qui flirtait jusqu’à récemment avec la souveraineté. « Rétablir » et « redonner » vous dites; cela suppose qu’il a déjà existé !

Je reviens donc dans le présent article sur la batterie de facteurs qui complexifie la donne quant à cette chronique d’une mort annoncée pour la francophonie du Canada telle que présentée dans l’édition du Franco du 4 septembre.

 

D’entrée de jeu, il faut dire que se référer uniquement à la langue maternelle pour évaluer la vitalité de nos communautés, comme le fait Charles Castonguay, est d’ores et déjà problématique dans le contexte de la diversité de nos populations métissées (même indépendamment de la composante immigration). Il a déjà été dit que l’exogamie en soi n’a pas à être un facteur négatif de la francité, car ces mariages mixtes peuvent également représenter un potentiel multiplicateur d’une francophonie élargie.





Accès-Emploi
a vu son budget diminué d’un quart à cause d’une baisse de la contribution provinciale, qui reçoit une partie de son argent du gouvernement fédéral. L’organisme, dont le but est d’aider gratuitement les francophones de l’Alberta à trouver du travail, a dû se séparer de quatre employés et supprimer des activités.


« On est financés presque exclusivement par la province », explique d’emblée Suzanne Corneau (photo), directrice générale d’Accès-Emploi, un organisme à but non-lucratif basé à Edmonton qui aide gratuitement les francophones de l’Alberta à trouver du travail. Mais depuis le 1er août, la province a diminué son aide annuelle de plus de 400 000 dollars, soit une coupe de 25%.

« C’est la première fois qu’on a une coupe [depuis la création d’Accès-Emploi en 2002] », relève Mme Corneau, alors que « les résultats sont excellents » : sur les 5778 clients du dernier contrat de deux ans (5000 initialement prévus), plus de 70% travaillent, six mois après leur inscription. Les Alberta Human Services, ministère du gouvernement provincial qui finance Accès-Emploi, sont d’ailleurs parfaitement d’accord, assurant que l’organisme fait un « boulot remarquable ».

 

Créée le 14 janvier 2014 et installée à la Cité francophone d’Edmonton, la fondation Bosalisi veut améliorer les conditions d’enseignement en Afrique subsaharienne, notamment en République démocratique du Congo. Sa directrice générale raconte.

« En septembre dernier, mon mari [Max Mubela] a été au Congo. Il a vu qu’il y avait beaucoup de souffrance, beaucoup de pauvreté et pas beaucoup de ressources pour les jeunes, surtout en milieu rural : des écoles qui n’ont pas de bancs, pas de tableaux… On écrit par terre ! » Maryse Kiese-Mubela a beau avoir passé les premières années de sa vie au Congo, elle n’a pas connu ce dénuement. « Quand tu rentrais à l’école, tu avais un nouvel uniforme, ton sac à dos, tes affaires… », se souvient-elle.  C’était il y a une vingtaine d’années, avant qu’elle ne déménage à Montréal, puis Edmonton.

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