Redéfinir la francophonie : quand les villages et la planète arrivent en ville

Les Canadiens français ont survécu des siècles en se réfugiant autour des clochers. Mais aujourd’hui, ils ont quitté les villages en nombres et s’installent en ville autour d’écoles, de centres culturels ou de loisirs, en quête d’opportunités. Trouvent-ils leur place dans une francophonie cosmopolite ?

Dube Taux attraction francais Jean-Benoit N

« Il y a plus de francophones à Vancouver que de parlants chinois », soutient Jean-Benoît Nadeau, chroniqueur du Devoir sur la francophonie. On compte dans cette ville, comme partout au pays, la présence de cinq francophonies « qui se parlent plus ou moins » : Canadiens et Acadiens de souche, Français et autres Européens, Africains, anglophones qui maitrisent le français et les générations de l’immersion française.

Pas facile, le français en Amérique du Nord. « Les francophones baignent dans une culture anglophone qui les a souvent niés, dit-il. Une certaine francophobie très ancienne est encore là, qui remonte à… Guillaume le Conquérant ! On a développé des réflexes d’Astérix, au Québec, comme en Acadie et ailleurs, avec une vision assez défensive d’irréductibles qui résistent encore et toujours. »

L’éditorialiste de la revue Avenues.ca souligne que le Canada est un des quelques pays où le français a été marginalisé. « Ailleurs, c’est un facteur de promotion sociale. Le français a toujours été multiculturel et multiethnique : c’est sa plus grande qualité. »

Cette qualité s’exprime en milieu urbain. « L’urbanisation est un problème pour toutes les sociétés qui évoluent et la question se pose partout. » Le journaliste rappelle que les P’tits Canada fondés aux États-Unis et qui ont longtemps résisté sont soudainement disparus en refusant de s’adapter.

Jean-Benoît Nadeau évoque le tiraillement ayant précédé le choix de Moncton comme lieu de l’université acadienne. Il rappelle qu’à l’époque, des visionnaires avaient compris que la population allait s’urbaniser. On assisterait à un phénomène semblable dans la réflexion sur le projet d’université franco-ontarienne à Toronto.

Les données du Recensement de 2016 montrent que l’urbanisation s’accélère. Saskatoon connait ce mouvement depuis dix ans, avec la population d’une trentaine de villages des environs qui se déversent dans la ville, générant une nouvelle dynamique pour la francophonie urbaine.

« C’est le signe d’une migration, souligne le chroniqueur, d’une série de changements de valeurs qui vont marquer la société. » Jean-Benoît Nadeau ne sait pas comment la francophonie s’en sortira : elle peut se fragiliser davantage ou se relancer.

Selon lui, le français demeure une langue populaire et mondialisée, qui attire une clientèle « instruite, nantie et intéressée ». Selon une formule qu’il a développée pour mesurer l’indice d’attractivité relative des langues, les États-Unis dominent le palmarès de la désirabilité du français.

Le français s’épanouit même au Canada. L’Ontario compte 1,2 million de francophones, dont 500 000 qui se déclarent francophones d’origine. Selon Statistique Canada, plus de 50 % des deux millions de jeunes Ontariens étudiaient le français en 2011, dont 800 000 le français de base. Les mêmes proportions s’appliquent à l’ensemble du pays.

« Les manuels et les programmes d’immersion sont-ils en français traduit, lance l’éditorialiste, ou sont-ils ceux des écoles françaises ? Il y a des gains à faire partout et une possibilité de doubler le marché. Il pourrait y avoir une remise en question des identités. »

Que deviendra la francophonie urbaine ? « La génération actuelle est devant une espèce d’inconnu que les générations précédentes n’ont pas vécu, conclut Jean-Benoît Nadeau. Est-ce que les espaces de structuration sont aptes à réagir ? L’argumentaire est en train de changer et c’est fatigant, même pour les Québécois. »

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