Imprimer cette page

Adrien Cantin (1948-2017) : du journalisme engagé : pour les débats, pour la relève

La nouvelle s’est propagée rapidement : le journaliste engagé Adrien Cantin s’est éteint le 22 mars dernier à l’âge de 68 ans.

Joly Adrien Cantin

 Adrien Cantin a marqué la scène médiatique franco-ontarienne en passant « par les sentiers battus », pour reprendre l’expression utilisée par l’animatrice et journaliste Gisèle Quenneville : il avait été journaliste et cadre à la rédaction du journal Le Droit de 1980 à 1985 et de 1989 à 1993 puis chroniqueur de 2005 à 2011 ; il avait œuvré à Radio-Canada et avait été directeur général puis coordonnateur du service de nouvelles de l’Association de la presse francophone (APF) de 2014 à 2016.

Son grand legs, selon Mme Quenneville, est de ne pas avoir eu froid aux yeux et de s’entourer d’une bonne équipe pour devenir le premier animateur et producteur de la première émission d’affaires publiques quotidienne d’une heure en direct. Panorama aura été en ondes pendant près de 20 ans sur les ondes de la chaine qui porte aujourd’hui le nom de TFO.

Croire en la relève

Gisèle Quenneville tient aussi à souligner l’importance que revêtait la relève journalistique aux yeux d’Adrien Cantin. « S’il avait deux candidats, un Franco-Ontarien et quelqu’un d’ailleurs et que le Franco-Ontarien était peut-être moins bon que l’autre, le Franco-Ontarien avait quand même la job, parce que pour lui c’était important que ce soit des gens d’ici qui racontent des histoires d’ici », relate-t-elle.

Au-delà de ses collègues, il a exercé une grande influence sur les journalistes qui aujourd’hui évoluent dans les médias. « Son style et sa passion ont laissé leur marque et influencé plusieurs générations de journalistes de la francophonie canadienne », a souligné le président de l’APF, Francis Sonier, rappelant qu’Adrien Cantin a été actif professionnellement pendant une cinquantaine d’années. Dans sa ville natale de Hearst, par exemple, on a suivi sa carrière de près et ç’a fait naître des passions.

Danny Joncas, aujourd’hui journaliste chez Iddéo de la Cité collégiale d’Ottawa et chroniqueur sportif chez Québecor, a commencé sa carrière au journal de Hearst Le Nord, comme M. Cantin. « Adrien a démontré à toute une génération de journalistes qu’il était possible de percer dans les grands centres et au sein des grandes entreprises de presse et d’y connaitre du succès », a-t-il commenté, au décès de l’homme.

« J’ai beaucoup admiré Adrien Cantin qui a toujours choisi de travailler ici, en Ontario français », indique Martine Laberge, journaliste de Radio-Canada à Hearst depuis 2005. Elle a toutefois préféré vivre un parcours inverse. Arrivée à Panorama peu de temps après son départ, elle est passé par des salles de nouvelles de Toronto et d’Ottawa avant de revenir au bercail, où elle couvre depuis l’actualité régionale et les enjeux autochtones. Par sa passion et la force de son identité, Adrien Cantin a été pour cette trentenaire une incontestable source d’inspiration.

Au-delà de Hearst et de l’Ontario…

« Il aimait beaucoup la communauté franco-ontarienne, il la chérissait », rappelle Mme Quenneville, qui lance du même souffle qu’il n’avait pas peur de la critiquer. « Il osait dire des choses qu’une intelligentsia franco-ontarienne ne veut pas entendre. Il provoquait des débats. Toujours dans un souci de nous faire avancer. »

Paul-François Sylvestre abonde. Cet auteur originaire du Sud-Ouest de l’Ontario a rencontré Adrien Cantin dans les mouvements de jeunesse des années 1970. « Il m’apparaissait un peu bourru de prime abord, mais j’ai découvert un journaliste féru de faits, de données exactes, de travail bien fait », dit M. Sylvestre. Il ne passait pas par quatre chemins, mais savait faire ses devoirs et livrer des synthèses, plaide-t-il.

« Pendant des années, il a été un témoin et un participant des grands débats et des grandes luttes des francophones en Ontario et au pays », évoque pour sa part la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Sylviane Lanthier, qui précise d’ailleurs que c’est à Adrien Cantin que l’on doit le slogan « Nous comptons » de la campagne électorale fédérale de l’automne 2015. « Ces événements, il les a racontés avec une plume parfois critique, souvent acérée, toujours éloquente et intègre », reconnaît-elle.

Les funérailles d’Adrien Cantin ont été célébrées le 31 mars à Vanier, quartier francophone d’Ottawa.

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Éléments similaires (par tag)