À Edmonton et à Calgary, les célébrations entourant la Proclamation de la République du Mali, le 22 septembre 1960, ont été annulées en raison des attaques terroristes qui assiègent ce pays d’Afrique depuis 2012. Afin de faire la lumière sur ce conflit dévastant, Le Franco s’est entretenu avec un Malien vivant à Edmonton, M. Kalifa Goïta.

war« Pour célébrer l’indépendance du pays à Edmonton, nous avions planifié une fête, mais finalement, nous avons choisi d’annuler, à cause de ce qui se passe là-bas. Nous allons plutôt nous recueillir et réfléchir aux problèmes de sécurité de notre pays », commence-t-il calmement.  

Celui qui travaille à titre de commis de support à Services Canada explique comment son pays natal en est venu à combattre le terrorisme. « Depuis que Kadhafi a été renversé et tué, tous ces terroristes ont déferlé sur le Mali, et ils ont pratiquement voulu prendre le pays en mains. Malgré l’intervention de la communauté internationale, il y a toujours de l’insécurité au Nord et ça se répand vers le centre », déplore-t-il.

Pour lui, c’est un véritable choc que de voir son pays adoré être ainsi malmené. « Le traumatisme continue encore, parce qu’on ne dort pas bien, toutes nos pensées vont vers nos familles », témoigne Kalifa Goïta. Il est sans équivoque sur son état d’âme face à ces attaques sanglantes. « Quand on se réveille, du jour au lendemain, et qu’un grand pays comme le Mali, qui est héritier de grands empires, est saccagé de la sorte, c’est difficile à accepter. On a la tête basse », tranche-t-il.

Un gouvernement qui fait de son mieux
Malgré la guerre, le Mali a tout de même réussi à faire revenir l’État, lors des élections de 2013. « Les institutions fonctionnent autant que faire se peut. Le nouveau gouvernement essaie de faire face, de son mieux, à des velléités étrangères qui ont des intérêts inavoués au Mali, et qui passent par des mercenaires pour imposer certaines attitudes et certains choix pour le pays », intellectualise Kalifa Goïta.  

En guise d’exemple, il cite la France. « On a des sentiments contre la France, par rapport au fait qu’il y ait un parti dans leurs interventions au Mali. En occident, on dit qu’on ne négocie pas avec les terroristes. Or la communauté internationale impose au peuple malien de négocier avec les terroristes au Mali », observe-t-il.

Évidemment, cette guerre affecte avec raison les Maliens vivants au Canada. « Il n’y a pas une semaine qui passe sans que nous appelions nos parents et nos familles, et nous sommes obligés de travailler deux ou même trois boulots pour pouvoir envoyer de l’argent et nourrir nos proches. Ce n’est pas évident », se désole-t-il.

mali2Les Maliens se souviennent
M. Goïta se fait historien le temps d’expliquer ce que la Proclamation de la République représente pour les Maliens. « Lorsque l’on a vécu pendant des années sous le joug colonialiste, on se retrouve à se prendre en main. Les Maliens n’oublient pas la proclamation du premier président du Mali, Modibo Keïta, en septembre 1960. » Or, selon ses dires, un fait intéressant teinte l’histoire du Mali. « Au départ, les Maliens ne voulaient pas de l’indépendance, ils souhaitaient unir l’Afrique. Mais avec les problèmes de l’époque, on a été réduit à créer une fédération avec le Sénégal actuel, sous le nom de Fédération du Mali, qui n’a pas perduré longtemps », illustre-t-il.

Selon ses dires, peu de peuples souhaitent une unification de l’Afrique autant que les Maliens. Et ceux-ci se souviennent particulièrement de la Proclamation d’indépendance de 1960, car elle laissait présager de grands défis, comme l’abandon de la France. « C’est ainsi que la flamme patriotique est née, et elle nous aura permis de nous en sortir tout seuls », atteste Kalifa Goïta. Il ajoute non sans fierté qu’en à peine huit ans, le Mali a bâti toute une base économique et culturelle, dont une armée nationale, des industries, des commerces, des transports, etc. « Il y a donc ce sentiment que les Maliens peuvent y arriver par leurs propres efforts, mais en même temps, nous sommes conscients des défis. Et en Afrique, un pays ne peut s’en sortir seul. C’est pourquoi, même dans la Constitution du Mali, on prévoit que le peuple malien est prêt à laisser tomber sa souveraineté pour l’unité de l’Afrique », termine-t-il.

maliensL'AMA, une association active 

L’Association des Maliens de l’Alberta (AMA) existe depuis 2012. « Quelques familles se retrouvent autour d’un plat et on échange. Pour la fête religieuse de la Tabaski, le 12 septembre dernier, nous nous sommes regroupés dans un parc, les enfants se sont bien amusés. On essaie de se rencontrer au moins chaque mois ou aux deux mois, pour que les enfants se connaissent mieux et grandissent ensemble », remarque Kalifa Goïta, membre de l’AMA.

Bien qu’aucune célébration n’ait eu lieu pour célébrer la Proclamation de la République du Mali, l’AMA est tout de même membre du comité organisateur au niveau national. Cette année, la fête a été célébrée à Sherbrooke, au Québec.  

 

 

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