République démocratique du Congo : fêtons-nous l’Indépendance ?

Il y a quelques jours, les Canadiens fêtaient la Fête nationale du Canada. Un jour avant, le 30 juin, était aussi à marquer d’une pierre blanche pour les membres de la communauté congolaise. Cette date représente la Fête de l’Indépendance du Congo! Une journée qui est célébrée par les uns, mais ne fait pas l’unanimité pour les autres. Que pensez alors de cette journée ? Certains se sont exprimés sur la question de l’indépendance.

 

 

« C’est une date qui ne fait  pas l’unanimité dans la communauté congolaise, certains disent qu’on n’a jamais été indépendants et d’autres se réjouissent de cette date », constate Arsène Muamba, agent communautaire à l’institut Guy Lacombe de la famille. « Personnellement, je fais partie des personnes qui disent que le Congo est indépendant, même symboliquement », exprime ce dernier.

« Si on regarde depuis le 30 juin 1960, la date à laquelle la pays a accédé à son indépendance, il y a des choses qui ne se font plus, comme dépendre de la Belgique » souligne-t-il. La présence de la Belgique était encore présente même des années plus tard se souvient M.Muamba. C’est avec le temps que l’impérialisme belge a commencé à s’estomper dans l’esprit des gens. Le Congo, avant la date du 30 juin 1960, était en effet une ancienne colonie. Quand survint l’indépendance, le roi des Belges, Baudouin 1er, le président de la République Joseph Kasa-Vubu et le premier ministre Patrice Emery ont donné chacun à leur tour un discours teinté tantôt d’impérialisme souverainiste pour le premier, tantôt d’ambition pour le second, ou bien encore d’espoir, d’égalité et de fraternité pour le dernier. Des visions politiques marquées par des ambitions tout aussi différentes tant pour le Congo lui-même que pour les Congolais.   

La transmission  

Chaque année, les membres de la communauté se rassemblent à l’occasion de cette date commémorative. À Edmonton, une messe a été donnée à l’église Saint Thomas d’Aquin, avant qu’un barbecue et un match de soccer ne soient organisés au Campus Saint-Jean, et ce, par l’entremise de l’Association congolaise de la ville et de ses membres. Pour Benjamin Demba, président de la communauté, cette date n’est pas une fête. « Le Congo n’a jamais été indépendant, on n’est pas là pour fêter ça, nous on commémore surtout la mort de nos héros, de nos hommes et de nos femmes forts », relate-t-il. Selon lui, cette appellation est faite par ignorance ou bien par pure ironie, car le mot fête ne correspond en aucun cas à une réalité brutale et violente qui sévit même encore aujourd’hui. « Les gens meurent, récemment on tue les femmes comme dans un abattoir, on démembre les gens publiquement, le peuple congolais ne prend pas de décision sur son destin », assène M.Demba.  Selon lui, l’évènement est un moment important pour transmettre aux générations futures l’histoire de leurs pays et expliquer aussi que des hommes et des femmes meurent en vain, même aujourd’hui!

La mobilisation

À Calgary, Mathieu Kalenga, président de la communauté congolaise depuis février de cette année, la mobilisation est de mise. « Cette fête, c’est pour nous une manière de commémorer nos 56 ans d’indépendance. Même dans la douleur, on s’en est sorti quand même comme un peuple uni », relate-t-il. Après 75 ans de colonialisme belge et malgré l’instabilité du pays, cette journée représente selon lui la liberté du peuple de son pays. « Cette indépendance a été acquise dans la douleur, et depuis ce temps-là, le pays a connu une très petite période de stabilité », explique-t-il.

Une levée de fonds a d’ailleurs été organisée afin d’envoyer 20% de l’argent aux victimes dans l’est du Congo, dans la ville de Béni. Il s’agit d’un geste politique afin d’apporter un soutien, le temps d’un bal pour ceux qui en ont besoin et en mémoire de ceux qui sont déjà partis.

Malgré le deuil et l’instabilité, certains ne laissent pas tomber et s’interrogent. « L’indépendance, moi j’y crois, c’est peut-être tout simplement qu’est-ce qu’on a fait avec notre indépendance », termine Arsène Muamba.

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