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Mon CMA, un témoignage de Yvens Rumbold

En 2010, j’ai vécu à Caraquet, avec une cinquantaine de jeunes en provenance de différentes régions des Amériques une expérience extraordinaire dans le cadre du 2ème Forum des jeunes ambassadeurs de la Francophonie des Amériques (FJAFA) à Moncton. Cette année-là, j’ai pris connaissance de ce que c’est qu’un Congrès mondial acadien. Intérieurement, je me suis promis de le vivre. C’était un vœu. Puis je suis retourné vivre ma vie de jeune journaliste humanitaire qui sillonnait les camps de sinistrés du séisme de 2010 en Haïti et qui menait en même temps des études de communication à l’Université d’État d’Haïti. 

 

Quatre ans plus tard, le Centre de la Francophonie des Amériques m’offre la possibilité de vivre ce congrès en mettant mon expérience à la Radio Jeunesse des Amériques du 13 au 19 août. Enchantement, dévouement, exploration, retrouvailles sont les quelques mots qui ont fait tilt dans ma tête quand j’ai lu le courriel d’acceptation.

 

Mon CMA...c’est de l’enchantement. Enchanté d’être en Acadie des terres et des forêts, de vivre la fierté acadienne. L’histoire acadienne n’est pas analogue à celle de mon pays, Haïti. Les Acadiens sont majoritairement des descendants français. Les Haïtiens, pour la grande majorité des descendants africains.  

Le seul lien que je me suis amené à considérer c’est la déportation : quand l’Acadie, colonie de la Nouvelle-France, est conquise par les Anglais en 1713, elle vécut un Grand Dérangement, a vu son territoire morcelé puis les Acadiens ont subi la Grande déportation entre 1755 et 1763 ; nous, Haïtiens avions vécu notre propre déportation des côtes africaines à partir de 1503 pour l’ile des Caraïbes qu’est Haïti aujourd’hui.  L’ile a fini par être morcelée entre conquistadors français et espagnols, même les Anglais et les Hollandais voulaient leur part. 

 

Mon enchantement de vivre un Grand Tintamarre à Madawaska au Maine où je comptais les Noirs sur les doigts des mains parmi 10 000 personnes ! Non que je me sois attendu à y voir des centaines. Mais j’ai pris conscience de la chance et de la découverte d’une culture, d’une fierté identitaire qui m’étaient offertes. Une journée marquée aussi par un dîner chez le Gouverneur du Maine, Paul R. Lepage.

 

Cela m’a mis des puces à l’oreille. Si je vous dis Mathieu Da Costa, Marie-Josèphe Angélique, Olivier Lejeune, Jackie Robinson, Oscar Peterson, ces noms vous disent-ils quelque chose ? Probablement pas. Rien à voir avec le CMA mais je m’étais mis à chercher des liens entre les Noirs et l’Acadie et ai fini par découvrir l’histoire des Noirs au Canada. Mathieu Da Costa est la première personne noire recensée à mettre pied au Canada. Je vous invite à lire le guide chronologique de l’Institut Historica Dominion pour vous surprendre comme moi ! 

 

Mon CMA...c’est le dévouement pour la Radio Jeunesse des Amériques pour laquelle j’ai eu le privilège de rencontrer des personnalités qui ont à cœur le développement de leur communauté, qui veulent se faire entendre, préparer des lendemains meilleurs pour leurs enfants. C’est la rencontre à Pohénégamook de jeunes qui veulent protéger leur bilinguisme, protéger leur culture, s’intégrer dans leur communauté, défendre les intérêts de tous les jeunes acadiens. 

C’est la rencontre de Cyrille Simard, maire d’Edmundston ; de Joey Durel, maire de Lafayette ; de Sylvie Lachance, secrétaire d’État aux affaires intergouvernementales ; de Christine Saint-Pierre, ministre des relations internationales du Québec ; de Marie-Claude Francoeur, déléguée générale du Québec à Boston ; de Christine Gosselin, coordonnatrice à la francophonie canadienne, de René Légère, président de la Société nationale de l’Acadie ; de Yvan Bonenfant, député de Madawaska-les-Lacs ; de l’enthousiaste auteur-compositeur-et-interprète acadienne Lisa Leblanc. 

 

Ce sont les tables rondes sur les femmes en politique dans les Amériques, l’héritage culturel et linguistique francophone dans les Amériques, le rôle de la Francophonie dans la coopération culturelle, politique et économique du continent entre autres.

 

Mon CMA...c’est l’exploration de l’Acadie des terres et des forêts. Mobilisé sur le terrain tous les jours, je n’ai pas eu le temps de tout visiter : une semaine ne suffirait pas d’ailleurs ! Mais j’ai eu le temps de faire un saut à Grand-Sault, de traverser la frontière canado-américaine à pied par le comté de Madawaska, de traverser Le Lac Baker et d’admirer...des paysages époustouflants, de la verdure à perte de vue. C’est également découvrir la cuisine régionale aux appellations typiques : ploye (crêpe de farine de sarrasin), cigare au chou (feuilles de chou vert farcies au boeuf haché et au riz, avec une sauce tomate), poutine râpée (mélange de pommes de terre cuites et pilées à des pommes de terre crues façonné en boules avec du lard ou de la viande de porc à l’intérieur) ; et la succulence des plats de ces deux femmes qui tiennent le restaurant Chez François ! 

 

Mon CMA...ce sont surtout les retrouvailles. J’ai revu des jeunes que j’ai rencontrés au premier Parlement francophone des jeunes des Amériques à Toronto, une autre expérience qui mérite son propre témoignage. Et je m’y mettrai bientôt ! J’ai revu des amis que je n’ai pas vus depuis 2010 lors du 2ème FJAFA.  Des jeunes de la Martinique, de la Guadeloupe, de l’Argentine, de la Louisiane...ne soyez pas étonnés ! La Francophonie des Amériques, elle est plus vaste que vous ne le pensiez !  C’est entendre à nouveau les accents, les expressions qui rendent notre francophonie riche en couleur ! « Ouais, c’est pas si pire ! » Et « c’est correct ! ». 

 

« Fait que », que dire de la formidable équipe du Centre de la Francophonie des Amériques qui a accueilli mes collègues du Québec, du Chili, du Brésil et d’Haïti durant cette semaine à Edmundston ? Entre une Carole Trottier énergique, ouverte et pleine de ressources, un Mathieu Tremblay amical, spontané, travailleur, un Denis Desgagné, aussi sympathique que les deux premiers, abordable, perspicace et une Ingrid Pater grande amante de mon pays...on ne saurait ne pas se sentir en famille ! Les repas en communauté dans la résidence Louis Cyr du Campus d’Edmundston de l’Université de Moncton, ou au Pavillon Multimédia du Congrès mondial acadien, les réunions du matin avec Mathieu Dumulon Lauzière de la radio communautaire CFAI... ce sont de petits moments de partage, en dehors du travail de journaliste de la Radio Jeunesse, qui te font presque oublier que ta vraie famille t’espère quelque part dans un coin de l’Amérique que l’Histoire nous a donnée en héritage et que nous avons conquis par des luttes et du travail acharnés.

 

Mon CMA c’est tout ça. C’est aussi être revigoré. Plein d’espoir pour mon pays. Inspiré de la fierté des Acadiens pour travailler à perpétuer le souvenir de mes ancêtres, à conserver nos héritages culturels. Touché de leur sens de la conservation. Emballé par leur cordialité et leur sympathie.  

 

J’aimerais bien revivre une autre expérience comme celle-là avec la même famille du CFA ! Mais je crois qu’il me fera plus plaisir d’entendre ou de lire d’autres jeunes Haïtiens raconter leurs expériences en Acadie ! Une chance qu’on s’a !

 

« Voilà, fait que, c’est ça qui fait ça-là »

 

Yvens Rumbold

Radio Jeunesse des Amériques

 
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