Publicité dans les médias francophones: des obligations violées

Le Commissaire aux services en français de l’Ontario dresse un bilan peu reluisant des placements publicitaires du gouvernement provincial dans les médias francophones. Dans son rapport dévoilé mercredi, Une directive sans direction : les défis des placements publicitaires dans les médias francophones en Ontario, le Commissaire François Boileau explique que plusieurs ministères et organismes gouvernementaux continuent de violer leurs obligations résultant de la Loi sur les services en français et de la Directive sur les communications en français.

Le commissaire aux services en francais de lOntario Francois Boileau

Ces derniers omettent « à plusieurs reprises de publier leurs communications en français dans des médias de langue française », peut-on lire dans le document de 52 pages. Ces directives avaient été implantées à la suite de recommandations émises en 2011 dans la foulée de l’enquête sur la diffusion d’un dépliant unilingue anglais portant sur la grippe H1N1.

« Malheureusement, sept ans plus tard, force est de constater que cette intégration des services en français n’est pas systématique. Bien au contraire, la multiplication des plaintes reçues par le Commissariat aux services en français démontre que cet enjeu est désormais de nature systémique et qu’aucun cas ne peut être traité comme un cas isolé », peut-on lire dans le rapport. 

Le chien de garde linguistique de la province a enregistré plus de 30 plaintes portant sur la diffusion de publicités unilingues anglaises entre avril 2014 et mars 2016.

Plus de surveillance et d’encadrement
Parmi ses recommandations, M. Boileau propose de modifier les Lignes directrices sur les communications en français afin d’y inclure un mécanisme de reddition de comptes et d’y spécifier les obligations concernant les communications en français. Il recommande à la ministre des Affaires francophones de proposer l’adoption d’un règlement sur les communications en français durant l’exercice 2018-2019 qui inclurait les Lignes directrices bonifiées.

Afin de s’assurer que tout est fonctionnel, le commissaire invite le gouvernement à rendre public un rapport annuel sur le taux de conformité au nouveau règlement. Dans son rapport, Me Boileau demande au gouvernement de développer un nouveau modèle de brief média qui concorderait avec le cadre règlementaire. « Ce dernier doit servir de guide quant aux mesures à prendre pour s’acquitter de ces obligations et assurer le respect du cadre normatif », écrit le commissaire.

Pour s’assurer que tous les acteurs soient à jour sur les normes et les pratiques, François Boileau recommande des formations sur une base régulière. « Même si de telles formations ont eu lieu, leur récurrence n’est pas suffisante pour assurer une intégration complète des services en français lors de la planification des stratégies de communication », évoque le commissaire.

La survie des médias francophones menacée

Les médias francophones en milieu minoritaire subissent les contrecoups du non-respect de la Loi sur les services en français et de la Directive lors des placements publicitaires, relate le commissaire François Boileau dans son rapport sur les placements publicitaires du gouvernement.

Les manquements répétés en matière de publicités dans les médias de langue française en Ontario les privent de « fonds nécessaires à leur survie », lit-on dans le document dévoilé mercredi.

Selon le commissaire, les médias des communautés linguistiques en milieu minoritaire sont un élément essentiel de la survie de la communauté elle-même. « Ce sont eux (les médias) qui lui permettent d’avoir accès à un ensemble d’informations sur les services en français, écrit Me Boileau. Les médias francophones ontariens ont aussi la particularité d’être le seul lieu où les francophones de la province peuvent être informés des enjeux de leur communauté. »

Afin de remédier à la crise, le commissaire recommande la création d’un comité consultatif sur les médias communautaires francophones. L’objectif serait d’assurer la pérennité des médias de langue française à travers la province en plus d’établir un fonds d’aide à la transition vers le numérique.

La pluralité des voix menacée

Quand le gouvernement omet de placer ses publicités dans les médias de langue française, ces derniers se retrouvent privés d’une source de revenus importante, soutient la directrice générale de l’Association de la presse francophone (AFP), Linda Lauzon.

« C’est partout pareil, que ce soit une petite ou une grande salle de nouvelles, relate-t-elle. On est dans un contexte très difficile. On s’attend à ce que les journaux en milieu minoritaire desservent la communauté, mais ils ne génèrent pas assez d’argent. On ne fait pas de couverture adéquate de notre communauté parce qu’on manque de ressources. »

Cette crise se vit en Ontario, mais ailleurs au Canada rappelle l’APF. « On menace la pluralité des voix et notre démocratie point », souligne Mme Lauzon.

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