Placements publicitaires: Une enquête qui fait son chemin

JournauxAprès la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), c’est au tour de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada de porter plainte contre trois institutions fédérales. La FCFA souhaite notamment que le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, détermine si elles ont manqué à leurs obligations linguistiques en privilégiant Internet au détriment des médias francophones minoritaires, pour partager leurs messages publicitaires. Une enquête est déjà en cours pour déterminer s’il y a eu ou non préjudice.

 

Le Commissariat aux langues officielles du Canada a ouvert une enquête en juin, à la suite d’une plainte de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) et appuyée par l’Association de la presse francophone (APF). D’autres plaintes sont venues s’y ajouter. C’est ce que le département des communications du commissaire, Graham Fraser, nous a confirmé dans un échange de courriels, le 11 septembre.

 

 

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), qui s’est plainte la dernière, veut savoir s’il y a eu une « directive formelle d’utiliser davantage Internet que les médias développés par et pour les communautés et si oui, qui a émis cette directive ». Elle veut également que le commissaire Fraser détermine si les communautés ont été consultées avant que cette décision soit prise et finalement, s’il y a eu « une étude d’impact pour mesurer l’effet sur le développement et l’épanouissement des communautés ».

   

Ces questions et l’enquête qui s’ensuit sont pertinentes, selon Martin Normand, doctorant en sciences politiques spécialisé dans les minorités linguistiques de l’Université de Montréal; bien que le commissaire Fraser n’ait aucun pouvoir de sanction, ni d’autorité directe sur le gouvernement pour mettre en oeuvre ses recommandations.

 

« Il faudra voir, une fois que les communautés ont le rapport en main, et si le gouvernement persiste à ignorer les recommandations, si les communautés auront les reins assez solides pour aller devant les tribunaux », avance t-il.

 

Un problème répandu

Petit ou grand journal, en milieu minoritaire ou majoritaire, la baisse de financement provenant des publicités cause des ennuis à presque tous les patrons d’entreprises de presse, d’après le coordonnateur du programme de journalisme numérique de l’Université d’Ottawa, Marc-François Bernier.

 

« Au fond, le gouvernement n’est pas différent des entreprises privées, il s’engage dans la même tendance que les autres et revoit la stratégie derrière ses placements publicitaires. C’est une question de gestion des fonds publics et c’est à lui de voir si c’est toujours pertinent ou non d’annoncer dans les journaux. Ce qui a de particulier, c’est que dans un contexte minoritaire, plusieurs médias dépendent de ce financement », croit-il.

 

Il est dommage que cela mette en péril l’avenir de certains médias, selon lui, mais le problème soulève des questions beaucoup plus vastes. « En ce moment, les médias [écrits] cherchent le moyen de demeurer pertinents. Est-ce que le support papier des médias communautaires est toujours nécessaire, cela reste à voir », poursuit le spécialiste.

 

Par ailleurs, il croit que les communautés ont leur rôle à jouer si elles veulent voir leurs médias locaux survivre. « Pour certains ce sera le début d’une mort lente si leur communauté n’est pas là pour les soutenir. Après tout, ces journaux et ces radios existent parce qu’ils s’inscrivent à l’intérieur d’une communauté. Le fédéral a aussi sa part à jouer, mais doit-il acheter de l’espace publicitaire dans le support papier ou sur le site Internet du média, qui coûte souvent moins cher? C’est à lui de se poser la question », poursuit Marc-François Bernier.

 

D’après la FCFA, « les revenus de placements publicitaires fédéraux des radios et [des] journaux desservant les communautés de langue officielle en situation minoritaire ont dégringolé, passant de 3,2 M $ en 2006-07 à 1,2 M$ en 2012-13 ».


Le Commissariat aux langues officielles a pour sa part précisé qu’il ne commentait pas les enquêtes en cours et qu’aucune demande d’entrevue n’était accordée en campagne électorale.

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