Panel politique : Plus d’accusations que d’engagements électoraux

Le panel sur la dualité linguistique organisé par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), le 4 juin à Ottawa, en a déçu certains. Les représentants des trois principaux partis politiques fédéraux, le Nouveau Parti démocratique, le Parti libéral et le Parti conservateur, ont esquivé plusieurs questions. Le panel, qui devait exposer la vision et les engagements des différents partis sur des enjeux touchant la francophonie et la dualité linguistique au Canada à l’approche des élections fédérales, a souvent tourné en séance d’accusations.

« Toutes les questions sont restées en suspens, aucun candidat n’a tenté de nous convaincre de voter pour lui», se déçoit le doctorant en sciences politiques à l’Université de Montréal spécialisé dans l’action collective des minorités linguistiques, Martin Normand. «Je suis déçu de la tenue des trois panélistes. Le député libéral de Saint-Laurent-Cartierville, Stéphane Dion, était en mission pour défendre son héritage et dénoncer la Feuille de route, mais il n’a pris aucun engagement. »


Pour ce qui est d’Yvon Godin, le député néo-démocrate d’Acadie-Bathurst qui ne se représente pas aux prochaines élections, Martin Normand n’a pas l’impression d’avoir entendu la ligne de pensée du parti, mais plutôt son opinion personnelle.

Le doctorant de l’Université de Montréal reconnaît que le député conservateur d’Etobicoke-Lakeshore, Bernard Trottier, a dû se préparer à la dernière minute pour remplacer son collègue, Jacques Gourde. Mais encore là, aucune promesse n’a été faite.

L’avocat francophone d’Edmonton, Allan Damer, est d’accord sur le fait que « plusieurs questions sont restées sans réponses », mais il souligne que grâce à cet évènement, les trois partis ont pris connaissance des enjeux de la francophonie en situation minoritaire. « C’est donc un bon début », souligne celui qui était à Ottawa durant le panel.

« C’est certain que nous aurions aimé avoir des engagements plus clairs. Nous nous sommes retrouvés parfois, à toutes les questions, avec des petits flous. Il reste que c’était quand même intéressant pour nous d’entendre les députés parler de la Loi sur les langues officielles et de la dualité linguistique. Est-ce qu’on a eu des engagements clairs sur tout ? Non. C’est comme n’importe quel autre débat, il y avait un côté partisan. Règle générale, les gens ont beaucoup apprécié », a indiqué Marie-France Kenny, l’ancienne présidente de la FCFA.

Enjeux abordés

Durant le débat, le député libéral Stéphane Dion a martelé que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a anéanti la Feuille de route pour les langues officielles et a fait de fausses annonces promettant des sommes d’argent supplémentaires. « Les conservateurs ont indiqué dans la Feuille de route qu’ils investissaient 120 millions de dollars pour permettre aux immigrants d’apprendre la langue de leur choix. Or, dans les provinces majoritairement anglophones, croyez-vous vraiment que les immigrants vont choisir le français ?, a-t-il critiqué. Ça ne devrait pas faire partie du budget de la Feuille de route, c’est de la fraude ».

Pour sa part, le député néo-démocrate, Yvon Godin, s’est dit déçu que la communication entre les communautés francophones et le gouvernement fédéral, que ce soit sous le règne des conservateurs ou des libéraux, ne passe pas. « Depuis des années que j’assiste aux débats sur les langues officielles. Souvent, les gens ne savent même pas que l’argent qui leur est attribué vient du budget de la Feuille de route. Il faut s’assurer que les gens savent d’où vient l’argent. Il faut qu’il y ait une meilleure collaboration. Le gouvernement fédéral doit tenir compte des besoins et des demandes spécifiques des francophones », a-t-il soulevé.

En 18 ans de carrière, Yvon Godin dit avoir vu la dualité linguistique passer au second plan. Il déplore qu’on parle de moins en moins de l’accès à des services bilingues. L’une des solutions, selon lui, serait de nommer un responsable au sein du gouvernement qui serait chargé de faire respecter la communication dans les deux langues officielles. « Pourquoi ça prend la Cour suprême pour dire au gouvernement de faire sa job ? », a critiqué le néo-démocrate.

Le député conservateur, Bernard Trottier, croit plutôt qu’il est du ressort de chaque ministère de s’assurer du respect des deux langues officielles.

En bout de ligne, ce ne sont pas les politiciens qui vont régler le problème du non-respect de la loi sur les langues officielles, d’après Martin Normand. « C’est un travail de coordination et il faut que ce soit géré au niveau administratif. Le problème, ce n’est pas la mise en œuvre de la loi, mais plutôt, c’est que les fonctionnaires ne connaissent pas la loi. »

Un panel pertinent ?

Le spécialiste en minorités linguistiques doute de la pertinence des questions et de la structure du débat. « Ce que je reproche aux organisateurs du panel, c’est la méconnaissance du partage des compétences entre les gouvernements fédéral et provinciaux, ce qui fait qu’on se retrouvait avec des questions auxquelles les représentants ne pouvaient répondre au nom de leur parti. Ils se trouvaient à partager leurs opinions personnelles », déplore-t-il.

Environ 200 personnes se sont rendues au panel, ce qui démontre de l’intérêt, selon lui, mais il aurait fallu que le débat touche davantage les francophones, et non les entités francophones au sens plus général.

« Je ne suis pas certain qu’une longue discussion sur le financement des organismes communautaires a réellement rejoint le public, a-t-il dit. Il aurait fallu poser des questions sur des enjeux qui collent plus à leur réalité, comme l’immigration francophone. Si on voulait discuter de la relation entre le gouvernement fédéral et les organismes communautaires, il aurait fallu le présenter ainsi. »

« La Feuille de route n’est pas là pour bénéficier aux organismes eux-mêmes, elle est là pour les citoyens qui reçoivent les services de ces organismes. Quand on pose des questions sur la Feuille de route ou sur le plein respect de la loi, ça touche tous les francophones. S’il n’y aucun organisme dans ma communauté qui a du financement, j’en aurai tout simplement plus de services », s’est défendue Marie-France Kenny. Celle-ci estime que l’expérience est à refaire. Le panel a, selon elle, aidé les gens à voir plus clair quant à la question de dualité linguistique.

Illustration : Jean-Thomas Roy

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