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Le plan conservateur pour la dualité linguistique : feuille de route ou écran de fumée?

En ce mois de la francophonie, il convient de se demander si le gouvernement du Canada a encore un plan d’action pour la dualité linguistique canadienne. Il le prétend et il appelle cela la feuille de route. En fait, je suis persuadé que celle-ci n’est qu’un faux-semblant, une vitrine qui sert à faire croire que le gouvernement en fait beaucoup, un écran de fumée derrière lequel le gouvernement cache ses compressions.

Personne n’est obligé de me croire; il suffit de jeter un regard objectif sur les chiffres. Le premier plan d’action, celui qui s’est échelonné de 2003 à 2008 et que les communautés de langue officielle ont la bonté d’appeler encore le Plan Dion, comportait des objectifs précis et mesurables. Le tout était appuyé par un financement de 751 millions de dollars répartis sur cinq ans. Il s’agissait vraiment d’argent neuf qui s’ajoutait au financement des programmes existants. C’est ainsi qu’en page 26, on peut lire que pour l’éducation, le plan « ajoute au montant actuel de 929 millions de dollars sur cinq ans la somme de 381,5 millions de dollars. » Le financement du plan croissait d’année en année.

Parvenus au pouvoir, les Conservateurs ont perdu de vue ces objectifs d’ensemble. On n’a plus qu’un ramassis de programmes sans objectif mesurable, sans visée, sans vision… et sans argent neuf.


À peu de choses près, les Conservateurs n’ont fait que reconduire le financement du plan libéral au niveau qu’il avait atteint à sa cinquième année. Ce faisant, ils ont créé l’illusion d’une générosité accrue : un plan quinquennal de 1,109 milliard de dollars plutôt que de 751 millions. Ils s’en sont beaucoup vantés, mais rappelons-le : il s’agissait de fonds dont les ministères disposaient déjà.

Le tableau ci-dessus nous montre la principale conséquence de cette stagnation.


On voit qu’entre la dernière année du plan d’action libéral (2008) et la période suivante, négociée par les Conservateurs, le budget global octroyé aux provinces et aux territoires dans le cadre du Protocole d’entente relatif à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde a augmenté de... 0 $ !  Et dans la phase suivante (2013-2018) de... moins de 0,4% ! Donc ces feuilles de route conservatrices vont donner aux provinces en 2018 à peu près ce qu’elles avaient obtenu en 2007, et ceci en dollars courants, sans tenir compte de l’inflation !

Se cachant derrière l’écran de fumée de cette feuille de route faite d’argent recyclé, le gouvernement conservateur a coupé dans les autres programmes ministériels consacrés aux langues officielles. En situation minoritaire, les communautés de langue officielle en ont d’autant plus pâti qu’elles ne disposent pas des mêmes économies d’échelle que la majorité pour absorber ces compressions budgétaires.

Je ne dis pas que le budget fédéral doive allouer aux langues officielles 750 millions de dollars de plus  tous les cinq ans. Je dis qu’une soi-disant feuille de route qui n’apporte ni vision, ni plan d’ensemble, ni argent frais n’est qu’une fumisterie.

Stéphane Dion, porte-parole libéral pour les langues officielles et député de Saint-Laurent – Cartierville

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