carrefour-2-L’école Maurice Lavallée a vu son Carrefour fermer boutique voilà plusieurs semaines. En juin 2015 le Carrefour, basé alors à la Cité francophone, avait été délocalisé au Campus Saint-Jean depuis son rachat par l’Université de l’Alberta.  L’idée originale d’un Carrefour francophone rassemblant la communauté autour du livre s’éteint à petit feu. Si les bonnes intentions sont là, la vision n’y est toujours pas ou a tout simplement disparu. Que va-t-il advenir du Carrefour ? La question reste en suspens.  

 

« Le Carrefour a besoin de renaître, il faut une personne avec la bonne vision et la passion ; si tous ces éléments se regroupent, la communauté suivra », déclare Danielle Dentinger, fille de feu Carole Roy. Mme Dentinger y a travaillé pendant 12 ans, du temps où sa mère était alors gérante en chef de la librairie, entre la fin des années 80, et ce, jusqu’en 2004.

Jouée en 2013 au Campus Saint-Jean puis finalement éditée en France en 2014, la pièce Dalia, une odyssée de Bernard Salva n’avait jamais vraiment connu de lancement officiel à Edmonton. C’est pourquoi une lecture publique a finalement été organisée le 30 avril, à la librairie francophone Le Carrefour, en présence d’une quinzaine d’amateurs.

Originaire de Djibouti mais née à Montréal, Habone Osman a joué en mars 2013 le rôle-titre de Dalia, une odyssée, une pièce du Théâtre à l’Ouest (la troupe amateure du Campus Saint-Jean) qui raconte l’exil d’une adolescente somalienne à Edmonton. Jeudi 30 avril, c’est avec plaisir qu’elle s’est replongée dans son personnage, le temps d’une lecture publique à la librairie Le Carrefour, à La Cité francophone, aux côtés de Tambry Bernath, Mathilde Effray-Bühl et Bernard Salva, l’auteur.

Un « théâtre monde »

Bien que Habone n’ait pas connu l’exil, le destin de Dalia lui parle. « J’ai beaucoup d’amis qui viennent de la Somalie, qui ont vécu la guerre et qui se sont réfugiés [à Edmonton] », raconte-t-elle. Par ailleurs, ses propres parents ont vécu une forme d’exil en quittant Djibouti et la France pour le Canada. Cependant, Habone tient à le préciser, la situation de Djibouti reste bien plus stable que celle de sa voisine la Somalie, dont le gouvernement est installé au Kenya.

« Je suis pied-noir donc moi-même j’ai été trimbalé… [L’exil] est un thème qui me poursuit », reconnaît Bernard Salva, le metteur en scène de la pièce, sa première en tant qu’auteur. « Ça fait 12 ans que je suis ici [en Alberta] et j’en avais marre de ne jamais voir de sujets du ‘‘théâtre monde’’. Au lieu de râler dans mon coin, je me suis dit : je vais me retrousser les manches ! »

L’Université de l’Alberta a annoncé que la fermeture de la librairie Le Carrefour à La Cité francophone aurait lieu fin juin 2015. Celle-ci continuera cependant à offrir ses services en ligne.

« On n’a tout simplement pas le financement possible pour continuer d’offrir les services à La Cité francophone », affirme le bibliothécaire en chef de l’Université de l’Alberta, Gerald Beasley. Le doyen du Campus Saint-Jean (CSJ), Pierre-Yves Mocquais, précise que « les pertes sèches étaient extrêmement élevées, 40 000 $ par mois. » M. Beasley estime avoir amplement consulté la communauté francophone à ce sujet. Il était d’ailleurs présent au Congrès annuel de la francophonie albertaine en octobre, où les besoins pour des services en ligne plus approfondis avaient été discutés lors d’un atelier.

Afin de maintenir la librairie ouverte 7 jours sur 7, et d’effectuer une refonte des services, qui selon le bibliothécaire profiterontà tout l’Ouest canadien, un site internet bilingue était de mise. « Nous sommes très conscient sque nous sommes la dernière librairie francophone dans l’Ouest du Canada et c’est pour cette raison que nous voulons servir une communauté la plus élargie que possible », explique Gerald Beasley. Le site web sera lancé avant la fermeture du local actuel, prévue en juin 2015. Il s’agira d’un site de l’Université de l’Alberta.

 

Fragile financièrement, l’unique librairie francophone d’Edmonton devra évoluer dans les prochains mois pour s’adapter aux besoins de la communauté.

« J’apprécie énormément la franchise de notre invité qui était le bibliothécaire en chef de l’Université de l’Alberta : il nous a dit clairement que le modèle du Carrefour n’était pas financièrement durable », raconte Fred Kreiner, professeur en immersion et vice-principal de la Junior/Senior High School de Jasper, présent lors de l’atelier du Congrès annuel de la francophonie (CAFA) consacré à l’avenir de la librairie.

La situation financière précaire de la librairie ne date cependant pas d’hier. « Je connais pas le chiffre d’affaires du Carrefour. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’en décembre 2008, lorsqu’on l’a vendu à l’Université, Le Carrefour était dans une situation périlleuse. On avait seulement deux choix : vendre ou fermer », confiait Jean Johnson, le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta, sur les ondes de Radio-Canada.

« Le Carrefour est une des dernières librairies francophones dans l’Ouest canadien », rappelle Gerald Beasley, le bibliothécaire en chef et responsable des trois librairies de l’Université de l’Alberta. Il ne remet pas en question « le service excellent » proposé par la boutique de la Cité francophone mais affirme que le lieu doit s’adapter à son époque. D’où l’organisation d’un atelier au CAFA, le 17 octobre dernier, afin d’écouter les suggestions de la communauté.

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