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Des armes pour lutter contre les mauvais traitements aux aînés

Profitant de la Journée internationale de sensibilisation pour contrer les abus envers les personnes aînées, l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) et la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC), en collaboration avec la Fédération des aînés franco-albertains (FAFA), ont procédé au lancement d’un DVD de sensibilisation pour prévenir l’abus envers les aînés.

Près d’une cinquantaine de personnes se sont présentées au studio 104 de La Cité francophone à Edmonton, le 15 juin dernier pour l’occasion.

 

« Les mauvais traitements à l’égard des aînés constituent un problème complexe dans notre société. Personne ne mérite d’être victime d’abus ou d’exploitation, peu importe son âge. C’est avec cet objectif que nous avons décidé de contribuer concrètement à la prévention et à la réduction des incidences d’abus envers les aînés et que nous avons entrepris le projet Prévenir l’abus, c’est mon but! », a lancé le vice-président de l’AJEFA, Me Pierre Asselin.

 

Ce dernier indique que la date du 15 juin était très appropriée pour ce lancement : « Nous avons convenu avec nos partenaires de faire le lancement aujourd’hui afin de souligner la Journée internationale de sensibilisation pour contrer les abus envers les personnes aînées. Cette journée est très significative pour tous ceux qui ont à cœur le bien-être de nos porteurs d’histoire. Depuis trois ans, nous sommes fiers de souligner cette journée avec la FAFA afin d’informer sur ce fléau les aînés et les jeunes retraités. »


 Le coordonnateur à la programmation au sein de la FAFA, Yannick Freychet, rappelle que les abus commis envers les aînés est un sujet qui nous concerne tous. « Loin des stéréotypes que nous pouvons parfois avoir, et comme l’illustre la capsule théâtrale, tournée en Alberta, qui traite des abus financiers, les victimes ne sont pas seulement des personnes dont les capacités mentales ou physiques auraient été amoindries par la vieillesse. Ainsi, par exemple, des jeunes retraités en pleine possession de leurs moyens peuvent, eux aussi, être victimes de différentes formes d’abus. »

Il ajoute que les aînés ont désormais à portée de main un outil offert en français, ce qui peut aider de nombreuses personnes non seulement à Edmonton, mais aussi partout en Alberta et dans toutes les communautés francophones hors Québec.

Le DVD contient trois capsules vidéo illustrant, par des mises en scène inspirées de faits réels, différents cas de maltraitance. Ces séquences ont été tournées tour à tour en Alberta, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Aussi, trois entrevues réalisées avec l’avocat Me Rémi St-Pierre, la thérapeute en relation d’aide Edwina Ward et le gendarme à la Gendarmerie royale du Canada, Julien Chalifour, viennent compléter les informations contenues dans le DVD. 

La première vidéo, tournée au Campus Saint-Jean, illustre ce que peut être un abus financier. De jeunes retraités, interprétés par Renée Bouchard et Ronald Tremblay, y perdent leurs économies de 75 000 $ après avoir confié leur compte bancaire à leur fille, jouée par Isabelle Déchène Guay. La capsule, tirée de faits réels, se conclut sur les paroles de Robert Carrière, un intervenant qui rappelle que « les liens familiaux ne sont pas un gage d’honnêteté. »


Le réalisateur de la capsule tournée en Alberta, Louis-Charles Trempe, a expliqué sa démarche. « Je trouvais intéressant d’utiliser le théâtre comme moyen de communication pour identifier les problèmes qui concernent les personnes du troisième âge. On s’est penché sur trois situations fréquentes, comme l’intimidation dans les foyers d’accueil, l’abus financier et l’abus d’une personne aidante naturelle, qui finit par avoir une attitude négative bien malgré elle, parce qu’elle est dépassée par la situation. Dans ce travail, il y a un apport néo-brunswickois, ontarien et franco-albertain. La production a donc un cachet national », indique le réalisateur.

Selon des données datant de 2009, entre 168 000 et 421 000 aînés souffrent de mauvais traitements physiques, sexuels, psychologiques ou encore financiers. La plupart de ces abus sont commis par des proches. Ceci a pour effet de décourager les victimes qui, dans 80 % des cas, ne dénoncent jamais leurs agresseurs. La Fédération des aînés franco-albertains estime d’ailleurs que 10 % des personnes âgées sont victimes de mauvais traitements.

 


VISIONNER LA CAPSULE 

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Un projet de cohésion
Pour permettre à la trousse multimédia de voir le jour, l’AJEFA présentera en novembre prochain un livret conçu pour accompagner le DVD. L’AJEFA collabore depuis plus d’un an avec plusieurs partenaires afin de réaliser ce grand projet de sensibilisation. « Avec cette trousse, nous voulons permettre à un plus grand nombre de personnes de s’informer de façon individuelle et anonyme. La trousse complète sera disponible dans certaines bibliothèques publiques, dans les centres d’appui parental et sur les sites Web de la FAFA et de l’AJEFA. Nous sommes d’avis que notre partenariat avec la FAAFC et la FAFA a contribué a enrichir le contenu de ce lancement », affirme la coordonnatrice de projets à l’AJEFA, Josée Bonneville.

« Nous avons constaté qu’il n’y a jamais eu de projet comme celui-ci pour prévenir les abus, et je pense que c’est important de sensibiliser et informer les aînés et l’ensemble de la population des lois que nous avons. Nous avons des juristes bien qualifiés pour ça à l’AJEFA, et de son côté, la FAFA a la clientèle. Alors, c’est un beau partenariat que nous avons développé là », ajoute-t-elle.

De son côté, la coordonnatrice de projets à la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC), Céline Romanin, précise que les lois en matière d’abus envers les aînés sont différentes d’une province à l’autre. « Il est important de dire que les lois sont de juridiction provinciale, donc on ne peut pas nécessairement utiliser des outils ou des livrets d’information sur les lois et les droits juridiques, parce qu’il y a des différences d’une province à l’autre », ajoute celle dont l’organisme a supervisé le développement des capsules.

Mme Romanin indique que les outils sont surtout utilisés pour chercher à sensibiliser la population à travers trois capsules qui traitent de l’abus financier, de la négligence et du harcèlement. Il s’agit surtout, selon elle, de sensibiliser au moyen de mises en situation, le public visé.

En plus du DVD, les aînés ont reçu de la documentation sur le sujet, afin de s’informer sur les effets d’un abus chez une personne âgée, ou encore les signes qui permettent de mettre le doigt sur un cas de maltraitance.

Il existe aussi plusieurs ressources pour les aînés qui sont victimes d’abus. Dans le pire des cas, la solution est toujours de composer le 911, mais en Alberta, il existe aussi des lignes téléphoniques qui peuvent aider les personnes en danger. Par exemple, Seniors’Abuse Helpline à Edmonton, la ligne gratuite Kerby Elder Abuse Line à Calgary, ou encore la ligne Protection for persons in Care, disponible dans toute la province.

Le projet de sensibilisation devra se poursuivre en novembre prochain, à l’occasion de deux colloques qui se dérouleront dans les villes d’Edmonton et de Calgary. 

Un lancement apprécié
Selon Madeleine Lundrigan, vice-présidente de la FAFA, il est « absolument nécessaire » de transmettre un message au sujet des abus envers les aînés. Elle est d’avis qu’il faut davantage conscientiser la population face à ce problème.

« C’est un sujet difficile à aborder et encore tabou. Il y a cette crainte et cette honte que les victimes ressentent, en se disant que ça arrive dans leur propre famille. Mais on retrouve ça partout, autant dans les maisons que dans les foyers de soins », appuie-t-elle.

Des propos soutenus par la présentation de la conférencière Edwina Ward, qui estime que les cas d’abus doivent sortir de l’ombre. « L’abus, c’est quelque chose qu’on ne veut pas crier sur les toits, mais il ne faut pas avoir peur de dénoncer et de parler de ce qui nous arrive », a-t-elle déclaré lors du lancement.

Les suites du projet
Les participants ont affirmé avoir bien apprécié le lancement et trouvent utile de recevoir une trousse multimédia qui les informe des moyens qui sont à leurs dispositions en cas d’abus.

C’est ce qu’a déclaré une participante, Germaine Lehodey, après l’événement. « C’est vraiment un sujet qui dérange et qu’on n’évoque pas facilement. J’ai trouvé très bien l’idée de faire les capsules. Plus on en parle, mieux on sera capable de sensibiliser la population », a-t-elle affirmé.

Mme Lehodey estime que la trousse multimédia ne doit pas ensuite être placée sur les tablettes, mais que le projet doit continuer dans sa lancée. « C’était une belle journée, nous avons eu beaucoup d’information, mais que se passera-t-il ensuite? Qui prendra la relève pour garantir que l’idée continuera de faire son chemin? », questionne-t-elle.

Cette dernière estime qu’il faudrait un suivi avec la FAFA, un soutien du gouvernement et des publicités partout en province. « Parce que la plupart des gens ne sont pas encore conscients de l’importance du sujet. Ils ne se sentent pas concernés et c’est pour ça qu’il ne faut jamais cesser d’en parler », soutient Mme Lehodey.

La coordonnatrice de projets à la FAAFC rappelle justement que de nombreux projets restent sur les tablettes par manque de financement. « C’est sûr qu’on part toujours d’une source de financement pour concrétiser un projet, mais je pense que dans ce cas-là, il y a lieu de développer des partenariats, et c’est ce qu’on a fait avec le DVD, pour s’assurer que les projets soient véhiculés », assure Céline Romanin.

Selon cette dernière, les aînés de la Péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick veulent justement prendre le DVD pour aller le présenter dans les centres de santé pour les aînés. « C’est une très belle idée. On va peut-être aller chercher du financement pour développer un livret d’animation pour accompagner les capsules. Aussi, c’est quand même un sujet délicat, il faudra donc préparer les bénévoles à livrer un certain message, et ainsi donner une deuxième vie à l’information », conclut-elle.

 

BDV : Renée Bouchard et Ronald Tremblay sont parmis les comédiens qui ont participé au tournage des capsules. (photo : courtoisie)

 

 

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