Imprimer cette page

« La société historique ne peut pas tout faire »

La Société historique francophone de l’Alberta (SHFA) a depuis août un bureau permanent et un directeur général, Denis Perreaux. La Foire sur le patrimoine franco-albertain, le 15 novembre à Edmonton, lui a permis d’évaluer les nombreux défis et objectifs qui l’attendent pour devenir la plaque tournante en termes de patrimoine.

Adriana Davies donnait la conférence d’ouverture de la Foire sur le patrimoine franco-albertain, organisée par la Société historique francophone de l’Alberta (SHFA) le 15 novembre. L’Italienne d’origine est très impliquée dans le milieu muséal en Alberta. Elle a été rédactrice de l’Encyclopédie canadienne pour l’Alberta, puis directrice de l’Association des musées de l’Alberta et de l’Heritage community foundation. Amie du président de la SHFA, Frank McMahon, elle l’a conseillé en 2010 sur l’avenir de l’Institut pour le patrimoine de la francophonie de l’Ouest canadien au Campus Saint-Jean, dont il est le directeur depuis 2001. L’Institut se concentrait principalement sur la collection d’archives, a constaté Mme Davies. Il était alors primordial de trouver des moyens d’engager les nouvelles générations dans la conservation de l’histoire franco-albertaine. Par ailleurs, elle voyait un retard dans l’importante tâche « d’aborder la francophonie à travers des concepts albertains ».


« Fondamentalement c’est pour ça qu’on a créé la société », affirme son président. Il s’agit donc de mettre en œuvre les recommandations de celle qui a des décennies d’expérience en la matière. Mais celles-ci sont nombreuses : mettre en place un réseau muséal francophone basé à Edmonton et qui impliquerait les petits musées comme ceux de Saint-Paul et de Girouxville ainsi que les sociétés généalogiques ; créer ou renouer les relations avec les organismes anglophones déjà bien implantés dans le secteur patrimonial ; servir d’intermédiaire entre les municipalités et les petits musées qui ont de la difficulté à survivre pour que ces derniers deviennent des services municipaux, ce qui assurerait leur sécurité financière ; créer des publications à but éducatif et des programmes d’histoire pour les écoles et les institutions postsecondaires et collaborer avec les conseils scolaires pour créer des opportunités de bénévolat en recherche pour leurs élèves… La liste est extrêmement longue pour un organisme qui n’existe que depuis un an. « La société historique ne peut pas tout faire », reconnaît Mme Davies.
 

Frank McMahon identifie deux priorités immédiates pour la SHFA. « La première c’est d’assurer les bases institutionnelles de la ociété elle-même. Adriana ne l’a pas dit mais dans les discussions que nous avons eues avec elle, elle prévoit que nous ne puissions pas faire le travail à moins d’avoir un budget annuel de l’ordre de 250 000 $ par année. On est loin de là. (En aout 2014, la société équilibrait son budget à 75 000 $, NDLR.) Il s’est fait un progrès important avec l’embauche de Denis (Perreaux, en tant que directeur général de la société depuis août 2013, NDLR) mais il faut lui donner des outils supplémentaires et donc c’est d’assurer cet élément-là. » Adrianne Davies pense qu’à ce niveau, « la contribution de l’ACFA et du Secrétariat francophone (qui figurent déjà parmi les plus généreux bailleurs de fonds, NDLR) devrait grandir ».

 


 

La deuxième priorité : « S’orienter du côté de la jeunesse ». Encore une fois cependant, « l’appui financier est nécessaire à ces projets qui vont rejoindre la jeunesse », insiste M. McMahon, en plus de la collaboration des conseils scolaires. Et à ceci s’entrecoupe l’objectif de rejoindre les communautés immigrantes, puisque leurs enfants sont déjà majoritaires dans plusieurs écoles francophones. « Il faut trouver des moyens de leur faire connaître les antécédents de la société francophone pour qu’ils puissent s’y intégrer. », ajoute-t-il. Dans ce dossier, la SHFA a déjà fait des progrès. Le semestre d’hiver 2015 au Campus Saint-Jean verra l’offre du cours d’Histoire 476 au programme des baccalauréats en arts et en éducation.  « Il se fait du travail au niveau pédagogique pour que ce cours-là devienne obligatoire au cursus des enseignants », note M. McMahon.

Finalement, les professionnels de l’histoire remarquent également qu’il y a une démarche politique à entamer afin que la contribution des francophones dans l’histoire de la province soit reconnue en Alberta, mais aussi à l’échelle du pays. « Mes collègues du Québec ne connaissent pas l’histoire francophone de l’Ouest du Canada », note Adriana Davies. De plus, l’historien Stéphane-D. Perreault, du Red Deer College, pense qu’il y a du chemin à faire quant à la réécriture de l’histoire franco-albertaine pour y inclure son interaction avec les Premières Nations, même si ce chapitre de l’histoire peut s’avérer pénible (dans le cas de l’histoire des pères oblats par exemple). « On ne peut pas faire ce même genre d’aveuglement historique (que peuvent avoir effectué les anglophones de l’Alberta et le Québec face à l’histoire des francophones, NDLR) ».

« Généralement on représente l’histoire des pionniers comme un triomphe contre l’adversité alors que ce n’est pas un triomphe individuel. C’est un triomphe avec d’autres groupes ethniques, d’autres pionniers et les premières nations », argumente-t-il.

« Notre mission comme société, c’est essentiellement d’assurer une collaboration et une coopération et de développer une concertation dans les différents intervenants et comment on peut aider les autres organisations », résume Frank McMahon, et avec la permanence de leur employé, des bureaux et la mise en place du site internet, la société se sent prête à relever le défi.

Évaluer cet élément
(0 Votes)