Les Franco-Albertains au coeur des guerres mondiales

Daniel Eugène Cournoyer rend hommage aux Canadiens francophones de la Première et de la Seconde Guerre mondiale au travers d’une exposition à la Cité francophone.

« Les livres parlent très peu de l’histoire de la guerre des Canadiens de langue française », affirme Daniel Eugène Cournoyer. Pour y remédier, le vétéran de 91 ans a décidé de mettre sur pied une exposition se concentrant sur les francophones de l’Alberta qui ont participé aux deux guerres mondiales. Dans l’atrium de la Cité francophone (juste à droite après l’entrée principale de la rotonde), les soldats sont regroupés par région d’origine afin que les visiteurs puissent s’y retrouver facilement.

Edmond Croteau et la bataille de Vimy

« L’an dernier, on est allé visiter le monument de la crête de Vimy, raconte M. Cournoyer. Sur le monument, ils ont les noms de tous les Canadiens qui sont morts et dont les corps n’ont jamais été retrouvés. »

La bataille de la crête de Vimy a eu lieu en avril 1917, dans le nord de la France. Après de nombreuses tentatives infructueuses de la part des  Français et des Britanniques, les Canadiens se sont lancés à l’assaut de la crête fortifiée par les Allemands. L’affrontement dura trois jours et, malgré de lourdes pertes – 3 598 morts et plus de 7 000 blessés sur un total de 15 000 soldats impliqués –, l’opération canadienne est un succès.

Parmi les victimes de la bataille, M. Cournoyer cite Edmond Croteau, l’oncle de son épouse. « Il y avait quatre frères Croteau qui sont allés à Bonnyville. Probablement que s’il avait survécu, il serait venu rejoindre ses frères ». Au lieu de ça, Edmond est mort dans la conquête du « bourgeon », le point culminant de la crête de Vimy. « Le régiment de la Saskatchewan avait trop de pertes, alors ils ont appelé la compagnie F du 47e bataillon, et lui était de ce groupe. Il a été blessé et transporté à un hôpital. […] Il est mort deux jours plus tard. »


Des médailles militaires pour les francophones de l’Ouest

Daniel Eugène Cournoyer a choisi de mettre en avant des soldats de la Première Guerre qui ont eu la médaille militaire. « Ils ont fait quelque chose d’extraordinaire sur le champ de combat », explique le vétéran en prenant comme exemple un certain Ernest René Huguet de Blairmore.

Citant l’ouvrage Du sang bleu dans l’Ouest du Canadade Nadine Mackenzie, le Franco-Albertain évoque aussi la ville de Trochu, fondée par des Français. Beaucoup seront tués en Europe pendant la Grande Guerre.

Par ailleurs, l’exposition n’oublie pas de mettre l’accent sur la contribution de la nation métisse. Originaire de la Saskatchewan, le policier Alexander Decoteau a couru le 5 000 mètres aux Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, avant de s’engager dans l’armée canadienne. Il mourût en 1917 lors de la bataille de Passchendaele (Belgique).

« Il y a eu la guerre dans le golfe du Saint-Laurent »

Pour son exposition à la Cité francophone, Daniel Eugène Cournoyer combine des informations sur les deux guerres mondiales. « L’an passé, j’avais fait des recherches sur les soldats canadiens français de la Seconde Guerre, j’en ai beaucoup ! », assure-t-il en montrant plusieurs classeurs d’archives.

Et de prendre l’exemple d’une portion d’histoire assez méconnue : « Il y a eu la guerre dans le golfe du Saint-Laurent, beaucoup de monde ne le savent pas ». Entre 1942 et 1944, des sous-marins allemands sont ainsi entrés dans le détroit de Cabot et le détroit de Belle-Isle, ils ont réussi à détruire 23 navires. « Un gars de Falher était sur une corvette qui escortait un traversier à Terre-Neuve. Il a été coulé par un sous-marin allemand... 91 ont péri. »

M. Cournoyer évoque aussi le sort de soldats canadiens emprisonnés par l’ennemi pendant la Seconde Guerre. « Il y avait des gars qui faisaient 145 livres et, à cause du manque de nourriture, [ils sont descendus à] 80 livres. […] J’avais un voisin à Saint-Albert qui avait été prisonnier, c’était un squelette ambulant ! »

Des mois de recherches

Pour ce qui est de la méthodologie, le vétéran a « fait toutes les listes de cimetières canadiens en Europe. Je cherchais les ‘’M’’ et quand je voyais un nom francophone, je regardais et j’allais chercher de l’information », détaille-t-il. En effet, la mention ‘’M’’ signifiait que le soldat venait de l’Alberta. « Après ça, j’ai fait les régiments de l’Ouest. L’année passée, j’ai travaillé six mois là-dessus et cette année c’est la même chose. »

Pour M. Cournoyer, les Franco-Canadiens d’aujourd’hui ne connaissent pas forcément très bien leur histoire militaire. Une des raisons serait la dissémination des soldats : « Nous autres, les Canadiens français de l’Ouest du Canada, on a été enrôlés dans des régiments anglophones. Les régiments Maisonneuve, La Chaudière, tout ça, on sait que ce sont des régiments du Québec… Nous, on était éparpillés partout ! »

« Mais on a contribué autant que les anglophones », insiste M. Cournoyer, qui souhaite faire passer le message via son exposition présentée à la Cité francophone jusqu’au 24 novembre.

 

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