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Diaporama sonore | Les copains de Mallaig

 

L’événement Haying in the 30’s bat son plein depuis 15 ans durant la longue fin de semaine d’août. Non content d’avoir aidé plus de 4000 victimes du cancer, la fondation associée contribue également à recréer une ambiance de village d’antan, dont plusieurs rêvent encore aujourd’hui. Bienvenue à Mallaig. 
 

Laissant les véhicules motorisés derrières nous, une charrette tirée par un tracteur nous conduit sur le site du village, situé à quelques kilomètres de Saint-Paul. Tout de suite, je suis impressionnée par la grandeur du terrain et tous les moindres petits détails auxquels ont porté attention les créateurs de Haying in the 30’s.

 
 
Louis
Sans être une réplique exacte du Mallaig des années 30, la reconstitution redonne vie à un quotidien que seule une génération a encore le privilège d’avoir connu. On passe les courses de sacs à patates, puis les tours de charrette à cheval… ou mini-poney. Plus loin, des bénévoles s’affairent aux démonstrations de la fenaison – la récolte du foin – comme ça s’faisait dans l’temps.
 
Dans la résidence de la famille Ockerman, je m’attarde à la vieille machine à écrire Singer. Cette humble demeure a été déracinée de Ferguson Flats, à plus de 50 kilomètres, transportée à Mallaig, puis rénovée par l’entourage du fondateur de Haying in the 30’s, Edgar Corbières.   
 
Pas plus de deux minutes après notre arrivée sur le site, j’entends la première conversation en français. C’est Louis Corbières. Louis montre à un couple des photos de sa famille encadrées sur le mur. 
 
Alain et Gaetanne
Pour nous, ça ressemble à n’importe quelles photos d’une famille d’antan, avec leurs airs plutôt crispés et leurs drôles de costumes. Pour Alain et Gaetanne Monfette de Falher, elles illustrent leurs retrouvailles avec la famille élargie.
 
Gaetanne était venue à Mallaig pour voir Hervé Corbières – le frère d’Edgar – qui avait élevé ses cousins orphelins. Malheureusement, Hervé est décédé trois jours auparavant. 
 
Alain nous raconte que c’est la première fois qu’il vient à Haying in the 30’s. Il a eu le cancer il y a 4 ans. Lui et sa femme ont reçu un chèque pour l’aider à payer ses traitements. Anonyme. Par la poste. Simplement une mention : celle de Haying in the 30’s. « J’avais aucune idée de qui ça venait ou comment ça s’était su que j’en avais peut-être besoin », dit Alain. 
 
Plus tard, j’ai la confirmation de la fille d’Edgar Corbières, Yolande Théroux : les destinataires de dons sont choisis par le bouche à oreille, tout simplement. 
 
 
Yolande
Je m’attelle à trouver Yolande Theroux, ma personne ressource pour l’événement. Au bureau des dons, les petites dames apprécient mon choix de vêtement un peu rétro, même s’il n’est pas de la bonne décennie. Yolande y est. Premier saut dans un 4x4 à la recherche du président actuel de la fondation, Lorne Buryn. 
 
On repasse devant la maison des Ockerman, là où j’ai rencontré Alain et Gaetanne. C’est la première bâtisse qui a poussé sur le site à Mallaig. 
 
« Quand ça a commencé on était l’autre bord du pont. C’était juste une coupe de photos sous une grosse tarp et les chevaux. Tout ça, c’est toutes des bâtisses qu’on a charriées ici et qu’on a refaites...Ça s’envient, ça change… », raconte Yolande, presque nonchalamment.
 
Ça change et ça s’étend. Il y a plus de choses à voir, à goûter et à toucher que dans n’importe quel village d’antan que j’ai visité en Alberta ou au sud de la frontière. 
 
Les gens affluent aussi, mais il ne manque pas de bénévoles pour informer, nourrir et hydrater tout ce monde. 
 
« On n’a pas de trouble à trouver de monde pour nous aider. On se rencontre chaque semaine deux mois avant l’événement et on remet le site à neuf », relate Yolande. Et ce sont des bénévoles de partout en province. 
 
 
Laurier
Yolande me déniche un guide improvisé, pour me parler des origines de chaque bâtiment. Changement de 4x4, je monte avec Laurier Dechaine.  
 
Laurier se prête allégrement au jeu du chauffeur. Il flatte les unes, mène les autres à l’église et connait tout le village.
 
« Le saloon, c’est une vieille grange d’huile. Il y en avait partout… tu ne pouvais même plus voir les murs », me raconte mon guide, au-dessus du vrombissement du moteur. On passe à la caravane de Laurier, question qu’il puisse se rincer le gosier avant de prendre pleinement son rôle de guide touristique. 
 
Les maisons, les granges et les vieilles machines restent là toute l’année, comme témoins que l’événement va perdurer. « Ce sont toutes des machines qu’on a trouvées dans les vieux champs ou dans le bois », me promet Laurier. 
David Amyotte, qui est machiniste à Mallaig, nous montre fièrement la perceuse, plus grande que lui, qu’il est en train de restaurer et qu’il a mise en marche pour la fin de semaine. Comme il nous le fait remarquer, cet engin de 1920, c’est le même mécanisme que ce à quoi on a accès maintenant. Simplement, le boîtier est plus grand.
 
Laurier et moi, on ne s’est jamais rendus plus loin que le saloon, mais pas parce qu’il servait une cuvée maison. C’est que Laurier m’a présenté aux « deux Juifs de Mallaig » qui en avaient pas mal à dire sur la vie au village dans les cinquante dernières années. 
 
Raymond
Raymond Denault  il a été à l’école à Legal… et puis à Diligence… et quelques autres localités que je ne connaissais pas. Enfin l’important, c’est que sa mère venait de Mallaig. Son père a suivi sa douce et ouvert un magasin général, d’où le surnom de Raymond (le Juif de Mallaig), qui choque un peu l’oreille aujourd’hui. 
 
« Ça fait 54 ans – mon père 24, moi 30 ans – qu’on a le magasin à Mallaig. Si jamais tu passes devant l’hôtel, c’est mon magasin. C’était un general store. Il y avait des souliers, des culottes », décrit Raymond, en me montrant fièrement ce qu’il porte. Je doute d’ailleurs qu’il s’habille autrement au quotidien. 
 
« C’est ça que c’était ma vie…. Quand j’ai fermé les portes, le village a fait banqueroute. Fallait que tu watch le crédit. Puis la femme qui a repris le magasin, elle donnait du crédit à tout le monde…. Ma famille est toute partie en ville… y’a que ma femme et moi qui sommes restés. »
 
Ça ne fait aucun doute que Raymond a du plaisir à discuter des passants avec son ancien client devant le saloon... 
 
Edgar
Laurier m’avait abandonnée avec Raymond au saloon pour aller chercher ses autres clients. Je n’ai même pas eu le temps de me demander ce que j’allais photographier ensuite que revoilà Yolande. Elle me dit de monter dans le 4x4. Devant, c’est Edgar Corbières, qui a fini sa sieste. 
 
Edgar Corbières est le fondateur de Haying in the 30’s. C’est grâce à lui que tout a commencé, dans le petit champ d’à côté. 
 
Il m’accueille en dessous de sa caravane en me demandant si je suis mariée… peut-être qu’il pensait à ses fils. 
 
« J’ai eu un rêve de faire du foin comme dans les vieux temps. Toute ma vie j’ai vécu avec des chevaux », commence-t-il. Il s’interrompt pour s’excuser qu’il n’est pas un bon orateur. Aucune importance. 
 
« J’ai eu envie de faire un weekend de ça. Jamais de ma vie j’avais pensé que ça serait un événement si sérieux, si gros. On trouvait que c’était un gros morceau de terrain mais là on se dit qu’on a plus de place. » Là, il s’interrompt pour rire. 
 
Il se dit extrêmement chanceux d’avoir trouvé le bon groupe de personnes pour réaliser sa vision. Il faut préciser que l’événement est entièrement gratuit – y compris le somptueux souper de dizaines de livres de bœuf cuit dans la braise enfouie – et géré uniquement par des bénévoles. Tous les dons vont aux victimes du cancer, qui peuvent allouer l’argent à n’importe quelle dépense encourue.
 
Pourquoi cette cause-là en particulier?
 
« J’ai eu un garçon qui a eu le cancer. L’espérance n’était pas trop haute. On a eu beaucoup d’aide de la province, des Chevaliers de Colomb, et ça nous a donné un gros coup de main », me confie Edgar, avec un peu d’émotion. 
 
Depuis ce temps, il redonne chaque année à Haying in the 30’s. « Ça fait du bien au cœur quand on peut aider », rajoute Edgar. 
 
 
 
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