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La francophonie albertaine perd un pilier

C’est devant une église Saint-Thomas d’Aquin bondée de 350 personnes, le 3 janvier dernier, que la francophonie albertaine a dit adieu à un grand leadeur qui a travaillé pendant 30 ans à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Eugène C. Trottier.

« Eugène Trottier était un passionné de sa communauté d’adoption. De par son travail à l’ACFA, à titre de responsable notamment du membership, il a joué un rôle majeur dans le développement de celle-ci », a témoigné l’actuel président de l’ACFA, Jean Johnson.

 

Un ancien président, Ernest Chauvet, rappelle les liens étroits que M. Trottier a développés avec sa famille à son arrivée au Canada le 8 avril 1952. « Un peu après son arrivée, il a tenté de travailler sur des fermes, mais il est tombé malade. Puisqu’il n’avait pas d’argent, mes parents l’ont accueilli chez nous pendant quelques semaines », se souvient Ernest Chauvet, témoignant de l’amitié profonde qui unissait la famille Chauvet à M. Trottier.


Ses filles Paulette et Lisette, ainsi que sa belle-fille Cheryl, ont présenté, au début de la cérémonie, un éloge retraçant les grandes lignes de la vie d’Eugène C. Trottier. Ainsi, on a appris qu’en 1953, il avait été embauché à commission pour les abonnements au journal, La Survivance. « Son intérêt sincère pour les gens se développait et le Père Jean Patoine O.M.I. lui a offert le poste de propagandiste. Il devint alors le premier salarié de l’ACFA », rappelle Lisette Trottier.

En 1959, grâce à un partenariat entre l’ACFA et l’Assurance-vie Desjardins (l’AVD), l’ACFA a pu recevoir un financement stable tout en offrant un service francophone de sécurité familiale. « Toujours accompagné d’une personne de la région, il rendait visite aux gens chez eux. C’est assis dans des salons, mais plus souvent à la table de la cuisine devant un bon café ou un repas canadien-français et entouré d’une grande famille, qu’il expliquait les services offerts par l’ACFA et l’AVD », indique Mme Trottier.

« Papa faisait attention de bien connaitre chaque francophone qu’il rencontrait et leurs histoires et souvenirs restaient gravés dans son cœur et sa mémoire. Mes amis d’école et de Francophonie jeunesse de l’Alberta restaient toujours surpris que cet homme connût leur famille, ancêtres, voisins, et, dans certains cas, il pouvait même décrire leur ferme. Il nous a si souvent parlé des enjeux de la communauté et recrutés comme bénévoles aux activités telles que la Cabane à sucre, que nous avons tout naturellement adopté le gout d’aimer et de s’impliquer », a-t-elle souligné.

Pour Ernest Chauvet, c’est cette mémoire infaillible qui l’a marqué. « Même au début des années 2000, soit quelque 17 ans après sa retraite de l’ACFA, j’ai effectué une tournée dans le nord-ouest de la province. Il pouvait dire sur chaque chemin quelle famille franco-albertaine vivait là et se rappeler des membres de leur famille », souligne M. Chauvet.

Jean Johnson se souvient de ses visites. « Mon père était philosophe et toutes les personnes qui connaissaient Eugène Trottier savent comment il aimait échanger, discuter et débattre. Mon père étant Québécois qui a déménagé ici, et M. Trottier qui était Français, moi, je m’assoyais à la table et je les écoutais. Il arrivait à 13 h, sans avoir diné, alors ma mère lui faisait à manger. Ensuite, il pouvait repartir tard après le souper », se remémore M. Johnson.

Ce dernier est catégorique : « Eugène Trottier a eu une influence au niveau de mon identité francophone. »

Malade depuis l’été 2011, ce qui avait eu pour effet de le confiner au Dr. Gerald Zetter Care Center, Eugène Trottier
avait malgré tout à cœur les dossiers de la francophonie albertaine. « En octobre dernier, au lendemain de Rond Point et de ma réélection comme président, je suis allé le voir. Il avait les larmes aux yeux, car il était tellement attaché à la communauté qu’il s’était senti comme participant à Rond Point », soutient Jean Johnson.

Pour Jean Johnson, le prix Eucgène-C.-Trottier, décerné chaque année lors de Rond Point en reconnaissance d’une contribution à la visibilité des Franco-Albertain(e)s, ne pourrait porter de meilleur nom. « Je ne vois pas de personne mieux placée. M. Trottier a permis aux francophones de se rassembler et de se parler. On se souviendra de lui comme une personne qui avait à cœur la francophonie albertaine ».

Un avis que partage l’abbé Raymond Sévigny, qui a célébré la cérémonie. « Son amour inconditionnel pour sa famille, sa paroisse et la communauté franco-albertaine continuera d’avoir ses répercussions, chaque année, lors de Rond Point », a-t-il soutenu.
- Étienne Alary

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