Partage de vécu au féminin

La Coalition des femmes de l’Alberta a organisé un diner-causerie le 9 novembre dernier à La Cité francophone. Les participantes ont demandé à l’unanimité d’en faire un rendez-vous régulier.

C’est dans le cadre de la Semaine de l’immigration francophone que plusieurs femmes qui ont fait l’expérience de la migration ou de l’immigration vers l’Alberta dans les dernières décennies se sont rassemblées pour partager leur expérience.


Les panélistes invitées, Dulari Prithipaul, Sedami Gnidheou et Marie-Rose Bukuba, ont principalement laissé les participantes s’exprimer sur leur arrivée en Alberta, ce qui les interpelle dans la francophonie et ce qu’elles comptent faire pour la préserver. Les échanges ont donc été personnels et très émouvants pour certaines. « On ne fait pas qu’apprendre des choses dans ce cercle, on en vit aussi », fait remarquer Mme Prithipaul.

Une thématique qui revient beaucoup dans les récits de ces femmes - autant celles venues d’un autre continent que les Québécoises - est celle du français comme outil d’intégration. La présidente de la Coalition des femmes de l’Alberta, Goïa Sallustio-Jarvis, dit « être tombée amoureuse de la francophonie albertaine », sans laquelle, elle doute qu’elle ait pu rester dans la province.

Mouna Assowe, qui est partie de Djibouti, puis de la France, pour finalement s’installer à Edmonton le 1er janvier 2013, souhaite plus que tout travailler en français. « Pour l’anglais, je ne sais pas si ça va venir. Pour l’instant, c’est mon fils de 9 ans qui est arrivé avec moi qui me fait la traduction », raconte-t-elle.

Ce besoin d’apprendre l’anglais est compris de la plupart des femmes autour de la table. Pour Nadia Lacroix, qui travaille à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) depuis environ un mois, « mon principal souci c’est d’apprendre l’anglais pour pouvoir m’exprimer et découvrir ce qui se passe à l’extérieur de La Cité ». Mais elle attend d’être bien intégrée et installée pour se concentrer à plein sur cet objectif.

« Moi, mon combat c’est de faire découvrir l’Afrique aux Canadiens », dit Sedemi Gnidheou. Elle travaille d’ailleurs sur un projet à l’Africa Centre, d’initiation à la littérature africaine, destiné à tout le monde, mais auquel beaucoup d’anglophones participent.

« Je suis en Alberta, je ne veux pas me retrouver dans un ghetto alors on ne peut pas que s’ouvrir à la francophonie. Les anglophones sont les bienvenus aussi. Ce que je veux, c’est défendre mon identité de femme africaine », affirme la biologiste de métier.

La question identitaire est intimement liée à la discussion sur l’immigration et l’intégration. Les femmes qui sont ici depuis longtemps parlent de leur expérience de retour au pays parfois surprenante. Quand Marie-Rose Bukuba est retournée au Rwanda, « j’étais blanche », dit-elle. Sentiment partagé par Estelle Pekan, qui travaille également à l’ACFA.

Peut-être signe d’une intégration réussie ou choisie, la plupart des Africaines d’origine se sentent profondément canadiennes, sans toutefois devoir mettre de côté leurs origines. « C’est l’environnement extérieur qui réaffirme notre identité », lance Sedani Gnidheou. La poète Jocelyne Verret Chiasson renchérit, déclarant que c’est seulement quand elle a déménagé en Alberta que ses racines acadiennes ont refait surface.

Quant à la meilleure façon de faire évoluer ou de préserver le fait français qui les a nourries, l’éternel débat de l’approche politique contre l’approche culturelle s’immisce timidement dans les paroles sans toutefois créer des remous.

Sylvie Gauthier, une Québécoise qui travaille au gouvernement fédéral, aimerait « faire connaitre notre culture sans que ça soit politique ». Elle donne en exemple la venue des Bûcherons à la place du Canada, un évènement culturel apprécié de tous, selon elle.

Marie-Rose Bukuba a, quant à elle, toujours du survivre, s’installer et replier bagages aussitôt, se battre pour qu’on accepte ses enfants comme ayant-droits à l’école francophone dans les années 90, bref, rien de surprenant qu’elle se découvre une fibre activiste.

« On se doit d’avoir notre place politiquement. Nous, les autres, nous avons le poids du nombre que nous devons allier à la lutte que les Franco-Albertains ont menée depuis des années et la continuer », lance-t-elle. Elle déplore la situation actuelle de fragmentation entre les différents groupes de la communauté francophone.

Assurément, la conversation n’est pas terminée. « C’était une rencontre tellement enrichissante, j’aimerais qu’on refasse ça », lance Mme Gauthier. La prochaine rencontre devrait avoir lieu d’ici le mois de janvier.

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