Une carrière au service de la communauté

Denis Tardif, qui a travaillé toute sa vie pour les Franco-Albertains, prend sa retraite

 

Denis Tardif ne se rend plus au Secrétariat francophone tous les matins, comme il l’a fait au cours des 14 dernières années. Le 28 juin 2013 était sa dernière journée en tant que directeur général à l’instance gouvernementale. En prenant sa retraite, il laisse derrière lui une carrière riche en réussites, en défis et en progrès pour la francophonie de l’Alberta.

 

Originaire à Saint-Vincent, Denis Tardif passe la majorité de sa jeunesse au Collège Saint-Jean, l’éducation en français étant limitée dans la province. Il y entre en 8e année et en ressort avec un Baccalauréat en philosophie de l’Université d’Ottawa grâce à une collaboration entre le campus et l’université de la capitale nationale offerte à l’époque.

 

« J’ai tiré mon inspiration pour mon engagement communautaire de mon expérience au Collège Saint-Jean. J’ai été influencé par certains pères oblats, comme le Père Guy Lacombe et d’autres qui m’ont encouragé par leur amour du français et leur engagement envers la communauté », se rappelle Denis Tardif.

 

Sa carrière professionnelle débute en 1969 en tant qu’enseignant à Beaumont et à Edmonton. Après un retour à l’université, il entre au ministère de l’Éducation au Language Services Branch, où il fait la gestion des ententes fédérales-provinciales dans le domaine de l’éducation et le développement des programmes de langues, principalement le français, pour les écoles de l’Alberta.

 

Impliqué directement avec la communauté

« Quand tu as des enfants, tu deviens plus intéressé à vouloir transmettre ta langue et ta culture. Je me suis donc engagé avec le Centre d’expérience préscolaire et parascolaire pendant que mes enfants étaient plus petits, ensuite dans les comités de parents », relate M. Tardif, aujourd’hui grand-père. 

 

Voyant que le dossier des écoles francophones ne cheminait que très lentement et que la province de l’Alberta « ne semblait pas très ouverte à la reconnaissance des droits des francophones », il quitte le gouvernement pour se joindre à l’équipe du bureau provincial de l’Association canadienne-française de l’Alberta pour faire avancer le dossier et travailler davantage avec la population francophone. Il occupe le poste de directeur général de l'Association pour trois ans à partir de 1986. De 1991 à 1993, il en est le président.

 

« C’est pendant ce temps que je me suis engagé directement à la reconnaissance de l’accès à l’école française et au droit de gestion de ces écoles », affirme-t-il. En 1990, Denis Tardif publie un livre sur le système d’éducation francophone albertain à venir, après avoir effectué une étude auprès de la communauté pour savoir ce qu’ils voulaient comme gestion scolaire. Le modèle développé est aujourd’hui en vigueur. À la même époque, il travaille à l’élaboration d’un modèle d’entente Canada-communauté pour le transfert des fonds qui viennent d’Ottawa. Cette entente a été signée en 1994.

 

Les francophones ont finalement obtenu le droit de gérer les écoles francophones en mars 1994. « On a commencé la mise en œuvre de la gestion autour de la mi-mars et nous avons géré nos propres écoles dès la rentrée de septembre. On avait beaucoup de travail à faire », souligne M. Tardif. Dès le départ, il est élu président du Conseil scolaire du Centre-Nord. Il reste en poste jusqu’en 1999. 

 

Cette réussite est l’une de ces plus grandes fiertés. « Réaliser la reconnaissance du droit à l’école et mettre en œuvre la gestion scolaire, ce sont surement les projets sur lesquels j’ai dévoué le plus temps, le plus d’efforts et le plus d’énergies », mentionne Denis Tardif.

 

Secrétariat francophone

De nouveaux défis l’attendent au Secrétariat francophone lors de la création en 1999. Faciliter l’accès aux services en français dans la province, tirer profit de la présence autour de la table de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne et les ententes avec le gouvernement fédéral sont des dossiers provinciaux qui l’ont beaucoup occupé.

 

Les dossiers communautaires l’ont toujours bien intéressé. Il cite en exemple les phases 1 et 2 de La Cité francophone. « Même quand je n’étais pas impliqué directement au niveau de La Cité, je suis resté beaucoup attaché », avoue-t-il.

 

« La force qui me motivait venait de l’observation des avancements des autres provinces, continue le directeur général à la retraite. Présentement, au Canada, il y a seulement trois provinces qui ne reconnaissent pas formellement le besoin d’offrir des services à sa population francophone, dont l’Alberta. »

 

Il avait pour objectif de faire avancer la possibilité que le gouvernement adopte une politique sur les services en français. Au cours de ses années au Secrétariat francophone, il a tenté le coup trois fois, sans succès. « Mais ça va continuer, espère-t-il. Il y a une certaine volonté au sein du gouvernement, mais il y a encore trop de résistance. »

 

Prendre du temps pour soi

Depuis environ un an, M. Tardif pense à se retirer. « J’ai commencé ma carrière professionnelle en 1969, ça fait donc près de 45 ans que je suis au boulot. Je pense que c’est le temps », réfléchit-il. Le poste à la direction générale du Secrétariat francophone sera occupé par intérim par Cindie LeBlanc.

 

Se retirer d’un milieu qui l’a animé pendant tant d’années ne sera pas chose facile. « Je veux prendre la première année pour avoir du temps avec ma famille », planifie-t-il. Denis Tardif n’exclut pas la possibilité de servir de conseiller dans certains dossiers par la suite.

 

Un autre projet lui trotte dans la tête depuis quelque temps. « On m’a souvent interrogé à savoir si j’étais intéressé à écrire quelque chose sur mon implication dans la communauté et mon engagement. Il y a quelque chose en moi qui me dit que ça pourrait être intéressant, mais je ne sais pas si j’aurais la discipline de me concentrer », se questionne Denis Tardif.

 

Sans que ce soit autobiographique, M. Tardif envisage d’écrire des récits de ce qui s’est déroulé au cours de sa carrière. « Il y a toutes sortes de petites histoires que moi et Georges Arès, mon ami de longue date avec qui j’ai travaillé pendant plus d’une dizaine d’années, pourrions raconter. Ça a été des moments assez chargé d’émotions, d’engagements et d’activités », admet le nouveau retraité.

 

Photo: Denis Tardif, en 2009. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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