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Entretien avec Hubert T. Lacroix

Le président-directeur général de CBC/Radio-Canada, qui était de passage à Edmonton récemment, assure que le radiodiffuseur public a à cœur les régions. 

 

Vous avez rencontré des intervenants de la communauté francophone d’Edmonton le 9 mai dernier. Quels commentaires avez-vous reçus?

Ils me disent toujours que Radio-Canada est de plus en plus pertinent et nous poussent à en faire davantage. Ils souhaitent se voir plus à notre écran et se reconnaitre.  Évidemment, ce souhait est partagé par toutes les communautés francophones ailleurs au Canada. Toutefois, lorsqu’on a cette conversation, il faut mettre en perspective les ressources que nous avons, les compressions et les défis financiers auxquels nous faisons face depuis 2009. 

 

Qu’est-ce qui est ressorti de cette rencontre?

C’est très intéressant, parce que ces conversations-là avec les régions nous font toujours réaliser à quel point notre propre perception de notre programmation et la perception de ceux qui la reçoivent ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde. C’est toujours intéressant de se faire rappeler comment ils la perçoivent. Les francophones me disaient qu’au niveau des émissions réseaux, l’accent de l’animateur est surtout sur les régions du pays les plus peuplées. Ils m’ont dit que c’est important d’avoir une vision de l’Ouest lorsqu’on parle d’un sujet avec tous les Canadiens sur le pays. Il n’est pas nécessaire que l’émission provienne d’Edmonton, mais il faut prévoir dans le programme une vision de l’Ouest intégrée, pour entendre leur opinion.

 

Est-ce que ça va se faire?

C’est des choses sur lesquelles on travaille fort. D’ailleurs, Michel Cormier, le grand patron de l’information à Radio-Canada, vient d’annoncer l’embauche de deux reporters nationaux, un qui sera basé à Edmonton et l’autre dans les maritimes, pour venir alimenter le téléjournal de 22 heures. 

 

Quelle place occupe l’Alberta pour Radio-Canada?

Les régions du Canada sont l’une des trois priorités que le plan stratégique de 2015 a identifiées depuis le début de l’année 2011. Lorsque CBC/Radio-Canada a précisé sa vision stratégique, les régions du Canada ont été mises au cœur de notre mandat. On considère chacune des régions, que ce soit la province de Québec ou la province de l’Alberta ainsi que toutes les personnes qui y demeurent. On ne peut pas être un diffuseur public sans être complètement ancré dans les régions; c’est important de se rappeler ça. Chaque décision qu’on a prise et qu’on continue à prendre dans la programmation de Radio-Canada ou dans ses défis financiers passe toujours par le prisme des trois priorités de 2015 : une programmation distinctive aux heures de grandes écoutes, une attention et une présence dans les régions et un leadeurship sur les plateformes numériques. 

 

Avec ce que vous me dites, les gens de la région d’Edmonton n’ont donc pas trop à craindre des coupes budgétaires?

Pour une entreprise comme la nôtre, il y a toujours des enjeux importants et des défis financiers. Lorsqu’on a fait la dernière ronde de compressions, on a protégé les régions, mais ça ne veut pas dire qu’elles ont été protégées à 100 %. 89 % de nos compressions se sont faites au réseau et 11 % au niveau des régions. Oui, les régions l’ont durement ressentie, mais dans le contexte et l’ampleur du défi auquel on fait face, chacun des morceaux doit contribuer, même s’ils ne l’ont pas fait dans une proportion égale. C’est pour cela que l’on dit qu’on a protégé les régions. 

 

Puisque Radio-Canada en Alberta rejoint un public bien moins large que la station d’Ottawa, par exemple, les gens d’ici pourraient craindre d’être un peu oubliés. 

92 % de notre marché est dans la province de Québec et la grande région d’Ottawa, mais on comprend très bien notre mandat par rapport aux communautés en milieu minoritaires et c’est important pour nous. Lors des dernières auditions devant le CRTC [Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications], en novembre, on a eu de longues conversations sur la façon dont on livre notre programmation et la contribution des régions à notre programmation nationale. 

 

Comment voyez-vous l’avenir des médias en région?

Je ne peux pas parler pour les autres réseaux ou entreprises de médias. Ça dépend du mandat et des priorités de chacun. C’est pour ça que je crois qu’on a un grand rôle à jouer, en tant que radiodiffuseur public, et qu’on est de plus en plus pertinent. Alors, même si les modèles d’affaires ne sont pas égaux dans toutes les provinces du Canada, à cause du nombre de personnes et des opportunités pour les annonceurs, et que certains médias vont peut-être se retirer des régions, Radio-Canada n’a aucune intention de se retirer. Au contraire, on a réinvesti dans les régions cette année et on fait des efforts pour rejoindre le public canadien par des moyens numériques. Il y a toutes sortes de façons pour Radio-Canada, je crois, d’être de plus en plus présent dans les régions. 

 

Photo: gracieuseté de http://www.cbc.radio-canada.ca/

 
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