Société historique francophone de l’Alberta : sa création crée des remous

Des membres de la Société historique et généalogique de Smoky River craignent une centralisation des documents historiques à Edmonton avec la mise sur pied de la Société historique francophone de l’Alberta (SHFA).

La présidente de la Société située dans la région de Rivière-la-Paix, Gaétane Gravel-Gervais, assure avoir reçu quelques plaintes à la suite de l’article paru dans Le Franco (édition du 18 au 24 octobre 2012, en page 6). « Cela a bouleversé les gens. Certains membres se sentent délaissés, comme si le Nord n’était pas important », déplore cette dernière.


Une phrase du président de la SHFA, Frank McMahon, où celui-ci affirme que l’Alberta est une des seules provinces à ne pas posséder de société historique en milieu minoritaire semble avoir déclenché ces réactions.

Mme Gravel Gervais assure que la Société de Smoky River possède une collection importante de documents historiques qui permettent à des francophones de partout en province, et même, au pays, de retracer leur arbre généalogique. L’établissement situé dans le village de Donnelly abrite près de 27 000 documents d’archives, dont plusieurs livres écrits par des pionniers de la région.

M. McMahon rappelle que la SHFA n’a pas été créée dans le but de remplacer les organismes déjà existants, mais bien pour coordonner l’échange d’information entre eux, et surtout, diffuser une synthèse de tous ces documents épars en province.

« Nous désirons créer un réseau et voir à un plan de développement provincial. Il faut trouver un moyen de combler les lacunes », affirme ce dernier. Il admet avoir travaillé à partir de moyens de fortune pour effectuer une recherche des autres sociétés en province et les inviter au lancement de la SHFA, lors du dernier Rond Point à Edmonton.

« Nous sommes conscients que le domaine de l’histoire et du patrimoine est mal financé. Le travail se fait essentiellement par des bénévoles », précise-t-il.

Financer le patrimoine
« On se bat comme des diables dans l’eau bénite pour exister », laisse entendre Mme Gravel-Gervais.

Rappelons qu'en mars dernier, la Société de Smoky River a perdu les revenus que lui procurait le casino. L’ACFA régionale de Rivière-la-Paix a accepté de verser une subvention de 3000 $ et la présidente organise quelques activités de collecte de fonds pour subvenir aux frais mensuels de l’organisme qui s’élèvent à 1000 $ par mois. La Société est gérée par des bénévoles.

Si tout se passe bien du côté des demandes de subventions auprès de Patrimoine canadien, la Société historique francophone de l’Alberta procèdera à un premier inventaire systématique des documents, bâtiments et objets du patrimoine à travers la province, dès le mois d’avril prochain. « Le but, c’est d’avoir un endroit central qui répertorie ce que nous avons en Alberta. Quelqu’un fera le tour des endroits pour cataloguer ce qui existe comme documents, où cela se trouve et écrire largement sur le sujet afin d’y mettre de l’ordre », explique Frank McMahon, en précisant que le nouvel organisme cherche à préserver la mémoire collective.   

Diffuser l’histoire
« Cela ne veut pas dire que l’on pourra donner ça à un professeur de 4e année pour qu’il l’enseigne à ses élèves », renchérit-il.

La création de documents destinés à un large public, tels des dépliants ou des manuels scolaires fait aussi partie des tâches de la SHFA. « L’école est très importante puisque la construction identitaire passe par l’histoire », indique M. McMahon.

L’archiviste Claude Roberto, des Archives provinciales de l’Alberta, se réjouit de cette initiative. « Il n’y a pas de dédoublement de mandat. Il y a beaucoup de travail à faire au niveau des monuments et des objets qui nous permettent de mieux comprendre la vie des francophones », souligne cette dernière. Elle voit, dans la SHFA, un bon moyen de sensibiliser les gens à l’importance de la conservation des archives et prévoit collaborer avec la Société.

Dans une province en plein développement, M. McMahon affirme que les bâtiments historiques deviennent vulnérables en regard de leur destruction pour faire place à de nouvelles structures. La topographie est également un secteur fragile qu’il faut protéger.

À long terme, Frank McMahon prédit une coopération constante avec les différents musées et autres sociétés historiques et d’archives en province. « C’est un travail qui est toujours en train de se faire. Je suis certain que l’on va trouver beaucoup plus de lieux ou de bâtiments historiques », avance-t-il.

Gaétane Gravel-Gervais invite d’ailleurs personnellement M. McMahon à venir visiter la collection au Nord. « Il faudrait se voir face à face et voir comment l’on peut dialoguer. Plus l’on communique avec les gens, plus cela est bénéfique pour la Société », conclut cette dernière.
 

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