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Angoisse et confusion de Bogotá à Edmonton

Ce qui devait s’avérer un voyage de plaisir et de découverte dans leur pays d’origine pour les jeunes canado-colombiens, Maria Alejandra Pereira, 16 ans, et Daniel Alejandro Pereira, 13 ans, s’est terminé d’une façon bien désagréable pour toute la famille.

Le 27 aout dernier, les deux enfants de la famille Pereira Rengifo quittent la ville de Cali, en Colombie, en compagnie de leur cousine qui les accompagne à l’aéroport international situé dans la capitale, Bogotá.


Ces derniers reviennent au Canada à temps pour la rentrée scolaire, après avoir visité, pour la toute première fois, leur famille colombienne. « Mes enfants voulaient connaître leurs racines et apprendre l’espagnol. Ils sont allés visiter leur grand-mère qui est malade », explique Martha Rengifo.

Arrivée au Canada il y a 15 ans de cela, la famille Pereira Rengifo a obtenu la citoyenneté canadienne depuis déjà 12 ans. Le plus jeune, Daniel Alejandro Pereira, est d’ailleurs né au Québec. Tous ont la double nationalité.

Pour quitter la Colombie, les adolescents doivent présenter une autorisation écrite de leurs parents à l’immigration colombienne. Cette autorisation avait été approuvée par le consulat de la Colombie à Vancouver avant le départ des enfants.

« La permission n’a pas été acceptée à l’aéroport de Bogotá, mais on ne nous a pas donné d’explications liées à ce refus. On nous a dit d’attendre dans une chambre à l’aéroport », expose la jeune Maria Alejandra.

Martha Rengifo doit alors préparer un deuxième document, signé par les deux parents, dans le courant de la journée afin que ses enfants puissent sortir à la date prévue, sans quoi, ce nouveau document devient invalide.

« À ce moment, mes enfants avaient déjà raté l’avion et il a fallu acheter de nouveaux billets. Le stress avait déjà commencé », raconte Mme  Rengifo.

Alors que les jeunes s’apprêtent à monter dans le deuxième vol, ils sont interceptés, une fois de plus, par l’immigration colombienne. Pour justifier ce geste, les responsables affirment qu’ils attendent un spécialiste de la graphologie afin de vérifier l’authenticité des signatures.

Puisqu’il était impossible de sortir du pays ce jour-là, les adolescents et leur cousine se tournent vers une auberge où ils ont été logés pour quelques jours. À ce moment, Daniel Alejandro commence à ressentir des malaises et tombe malade.

Pendant ce temps, Martha Rengifo s’entretient avec le consulat à Vancouver afin de trouver une solution. Ces dirigeants lui spécifient être en
attente d’une réponse de l’aéroport de Bogotá et demandent à la famille d’être patiente.

Entre temps, la jeune cousine contacte l’ambassade canadienne en Colombie qui lui aurait affirmé ne pas pouvoir intervenir puisque les enfants possèdent une double nationalité.

Rendus au 30 aout, les enfants décident de retourner dans leur famille à la ville de Cali jusqu’à ce que ce dossier se règle. C’est alors que Mme Rengifo exige une réponse de la part du consulat à Vancouver. Elle admet avoir haussé le ton de sa voix devant l’inaction du consul.

« Nous avons convenu que je devais refaire le formulaire de permission parentale et que je devais l’envoyer sur-le-champ. Lorsque j’ai expliqué que j’aurais besoin d’un délai, on m’a répondu que je cherchais des problèmes », soupire la mère de famille.

Cette dernière précise que les directives concernant le formulaire n’étaient plus les mêmes qu’au départ.

Entre temps, les parents ont dû faire deux voyages au consul de Vancouver à partir d’Edmonton afin de renouveler la carte d’identité de la Colombie de M. Pereira.

Martha Rengifo était si angoissée que cela l’empêchait de fonctionner normalement au quotidien. « La dernière semaine a été catastrophique pour moi. J’étais toujours au téléphone, j’oubliais de manger et j’avais des faiblesses. J’ai oublié le reste de ma vie, c’est ma fille qui m’a rappelé de faire les inscriptions à l’école », se remémore-t-elle.

À la suite de ces nouvelles démarches, c’est finalement le 10 septembre dernier, soit 14 jours plus tard que la date initiale du retour, que les enfants sont rentrés au pays.

Questions en suspens
Alejandro Pereira et Martha Rengifo relèvent plusieurs irrégularités dans les procédures qu’ils ont dû suivre pour rapatrier leurs enfants au Canada. Beaucoup de questions restent encore sans réponses.

« Pendant que nous attendions à l’aéroport, j’ai remarqué que d’autres enfants canadiens étaient dans la même situation que nous », soulève la jeune Maria Alejandra Pereira.

« En tant que Canadiens, vers qui devons-nous nous tourner si nous avons des problèmes à l’étranger? », se questionne M. Pereira.

Pour sa part, Martha Rengifo s’explique mal comment elle a pu recevoir des informations relatives au formulaire complètement différentes avec deux agents différents.

« Le consulat colombien nous dit que le document était mal rempli et que c’est notre responsabilité, mais il s’agit d’un document officiel disponible sur leur site Internet », renchérit Mme Rengifo.

De son côté, M. Pereira ne comprend pas comment le consul peut signer et entériner un document qui ne serait pas selon les normes.

La famille Pereira Rengifo se considère chanceuse d’avoir pu débourser les frais encourus par cette mésaventure. « Nous allons entreprendre des démarches pour essayer de nous faire rembourser les billets d’avion perdus. C’est beaucoup d’argent, juste les billets de retour nous ont couté 2700 $ », déplore Martha Rengifo.

En tout, la famille aura perdu, non seulement les billets de retour achetés initialement, mais une deuxième paire de billets de retour non utilisés, ainsi que les frais des deux premiers formulaires de consentement, des nuits à l’auberge et les frais encourus lors des deux voyages qu’ils ont dû faire au Consulat de la Colombie à Vancouver.

« Heureusement que nous sommes bien entourés et avons de bons amis ici à Edmonton. L’école a aussi été très coopérative », souligne Mme Rengifo.

La famille envisage de renoncer à leur citoyenneté colombienne avant de retourner en visite dans leur pays d’origine. « Nous avons plus de garanties en entrant en Colombie en tant que Canadiens », déplore M. Pereira.

Les parents ont aussi l’intention de formuler une plainte, afin qu’une telle situation ne se reproduise plus.


 

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