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Apprendre à connaitre son histoire

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), en partenariat avec l’Institut pour le patrimoine de la francophonie de l’Ouest canadien, situé au Campus Saint-Jean, considère sérieusement la mise sur pied d’une société historique, dont le mandat serait de développer le secteur du patrimoine et de l’histoire des francophones de l’Alberta.

« Lors des 10 ans de l’Institut l’an dernier, nous nous sommes dit qu’il fallait planifier la prochaine décennie », affirme le directeur de l’Institut, Frank McMahon.

Jusqu’à maintenant, l’ACFA et l’Institut se partageaient la tâche de collecter et répertorier les documents historiques et d’assurer une certaine diffusion de ce savoir. « Chacun avait son rôle, mais il y avait beaucoup de choses qui tombaient entre les craques en terme de mandat et de financement. Il y a aussi plusieurs acteurs dans le domaine du patrimoine et de l’histoire, mais il n’y a pas de lieu de coordination et personne ne s’occupe de répertorier ce secteur », fait observer le directeur général de l’ACFA, Denis Perreaux.


L’Institut pour le patrimoine de la francophonie de l’Ouest canadien abrite, en effet, quelques collections de documents historiques francophones et l’ACFA, avec l’exposition bilingue L’empreinte francophone, une épopée du fait français en Alberta et le cahier Avant que j’oublie, publié dans les pages du Franco, permet d’accéder à un minimum d’informations historiques.

« Il serait important de savoir où trouver des documents sur des domaines clés comme l’éducation, la musique, la religion, la famille, et d’en faire une synthèse pour transmettre cet héritage au public. D’avoir un plan d’action pour l’ensemble de la province », avance Frank McMahon.

Bien que les Archives provinciales de l’Alberta se soient donné un mandat par rapport à la francophonie, on commence à sentir l’importance d’organiser ces documents. « C’est tout un continuum de la collecte à la diffusion qu’il faut assurer. Personne ne fait l’harmonisation de tout ça », déplore M. Perreaux.

La création d’une société historique permettra également d’aller chercher des subventions gouvernementales, celles qui sont octroyées exclusivement au secteur du patrimoine et de l’histoire. Puisqu’il fait partie du Campus Saint-Jean, l’Institut du patrimoine se voit limité dans ses moyens puisqu’il doit se conformer aux impératifs universitaires.

Une histoire méconnue
Denis Perreaux affirme qu’avec le roulement de personnel francophone auquel on assiste en Alberta, il est plus que pertinent de véhiculer ce savoir. « Si tu arrives en Alberta et que tu ne connais pas l’histoire, tu vas de l’avant, mais s’il y a une société historique capable de promouvoir et d’assurer la présence de cette histoire, alors au moins les gens peuvent avoir une appréciation réelle de la place », explique le directeur de l’ACFA.

Frank McMahon affirme qu’il subsiste des limites importantes du point de vue historique chez la population francophone d’origine, à qui l’enseignement en français a été interdit pendant un siècle.

« Tout ce qui se faisait en histoire était fait par des anglophones. Ils ont créé une histoire qui ignorait totalement le fait que la majorité des Européens sur le territoire parlaient français », mentionne le professeur émérite.

Les deux hommes s’accordent pour dire qu’il est urgent de répertorier les bâtiments qui ont appartenu à la communauté francophone, pour en connaitre la signification historique. La maison Lessard à Calgary, qui est une famille qui a grandement contribué au développement de la province, par exemple, a été vendue à un entrepreneur qui l’a démolie avant que la communauté n’ait pu en prendre conscience.

La musique est également un domaine important qui mériterait une attention particulière, selon M. McMahon. « Il n’est pas certain qu’on archive les enregistrements de musique, pas juste ceux du passé, mais les musiques actuelles aussi. Il faudrait s’assurer que l’on préserve ces réalités, au moins les œuvres représentatives », laisse-t-il entendre.

Il ajoute que ces actions, qui auront un impact à long terme, résultent souvent d’initiatives personnelles. Quelques tentatives ont eu lieu dans les années 1980, où le Salon historique au Campus Saint-Jean a été créé. Un certain nombre de documents importants ont été publiés durant ces années. « Les gens qui étaient intéressés et qui faisaient carrière en histoire sont partis et n’ont pas donné suite à ce projet », déplore le directeur de l’Institut.

Aller de l’avant en Alberta
L’ACFA présentera le projet aux membres du conseil d’administration provincial lors de sa réunion du 3 au 5 février prochain.

Les questions porteront sur la façon de mettre sur pied la société et la possibilité pour l’Association d’utiliser son pouvoir d’incorporation. « Vu la nature de l’organisme, s’il venait à fermer boutique, tout ce que l’on aurait accumulé reviendrait à l’ACFA et ne serait pas perdu », explique Denis Perreaux.

Pour Frank McMahon, il est primordial que les individus, les sociétés et les organisations intéressés par cette question aient l’occasion de s’impliquer dans la décision de créer la société historique. « Il faut absolument que ces gens soient à l’aise avec ce qu’on a à leur proposer. Ce sont les ouvriers, si on travaille à contrecourant avec ces gens on perd notre temps », laisse entendre M. McMahon.

Ces rencontres devraient avoir lieu d’ici l’été. La société permettra d’ailleurs de favoriser la concertation des initiatives mises de l’avant par les musées, les sociétés généalogiques et les individus comme France Levasseur-Ouimet.

« Des gens comme France Levasseur-Ouimet incarnent la société historique, s’exclame Denis Perreaux. Tout le monde l’appelle pour toute information à caractère historique. Cela devient lourd pour elle et nous ne pouvons pas seulement nous fier à la mémoire des individus. Il faut quelque chose de durable. »

La société historique permettra non seulement de protéger le patrimoine francophone, mais également de le rendre accessible à la communauté. « Surtout à la grande communauté anglophone. c’est important que les anglophones connaissent cette communauté francophone qui était là avant, et à quel point elle était dynamique », témoigne Frank McMahon.
 

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