Quel avenir pour les services aux immigrants francophones ?

Alors que le CAÉ est dans la tourmente, les regards se tournent vers les services offerts aux immigrants francophones : seront-ils maintenus, qui prendra le relais, comment seront-ils gérés ? Marc Arnal, le président de l’ACFA provinciale, donne des réponses.

Immigrants

Le Franco : Le CAÉ a perdu son financement. Quelles sont les actions concrètes que l’ACFA va entreprendre pour aider le dossier de l’immigration ?

Marc Arnal : On a participé à une table ronde avec la province pour explorer différentes avenues. Je suis entré aussi en communication avec le conseil d’administration du CAÉ par la voie du président et on a eu des discussions. J’ai partagé mes opinions avec lui et on a l’intention d’assurer que le service soit maintenu, qu’il ne soit pas coupé mais amélioré. Il y a des questions qui restent à explorer entre la province et le fédéral, et on va essayer de faire progresser ça.

Le Franco : Quelles seront les forces vives pour faire avancer le dossier ?

Marc Arnal : On a des organismes dont c’est la responsabilité de travailler en immigration mais ils peuvent compter sur le soutien et la présence de l’ACFA provinciale. Sur le plan personnel, j’ai plusieurs années d’expérience à travailler sur l’immigration avec les gens d’Ottawa. Notre objectif, c’est de mener l’entreprise à bon port, de traverser la crise et de la sortir de l’autre côté tout aussi forte, sinon plus. Le tout en ayant assuré une protection maximale pour les employés présentement en poste.

Le Franco : Le CAÉ a déjà une structure et une équipe, avec des résultats probants. Dans une situation telle de fragilité, y a-t-il des risques de récupération par d’autres organismes selon vous ?

Marc Arnal : Ça, c’est quelque chose dont on a été très conscients dès le début. Je connais assez le réflexe des gens : quand  il y a de l’argent sur la table, ça attire toutes sortes de monde. Et on parle ici de sommes assez importantes. Mais ça prend un organisme dédié pour gérer les services aux immigrants, ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire sur le coin de la table à temps partiel.

Le Franco : Il y a eu une réunion mardi 23 octobre dans la salle de réunion de l’ACFA. Pouvez-vous nous rapporter ce dont il a été question ?

Marc Arnal : C’était une rencontre à semi-huis clos à l’initiative de la province, via Rhéal Poirier [directeur de la coordination de la politique des services au Secrétariat francophone] qui est venu nous parler. Les employés du ministère du Travail étaient là, ainsi que le Secrétariat francophone et plusieurs organismes francophones qui touchent de près ou de loin au dossier de l’immigration. On a fait le constat que le financement de la province allait être resserré au 31 décembre et que celui du fédéral le serait au 31 mars prochain, et que la soumission de financement faite par le CAÉ auprès de la province avait été jugée non acceptable. Le Secrétariat a bien compris que politiquement il n’était pas possible de simplement transférer les services pour les francophones à un organisme anglophone.

Le Franco : Que peut-on donc faire pour assurer la pérennité du service aux immigrants francophones ?

Marc Arnal : Il faut mettre en place une structure de gestion. Deux suggestions ont été retenues, mais je ne veux pas les décrire en trop grands détails car ce serait briser la confidence. La province est en train de regarder tout ça et ils sont censés nous revenir lundi avec des réponses. Garder l’offre des services aux immigrants dans un modèle dédié nous est apparu important, plutôt qu’une gestion de coin de bureau.

Le Franco : Nous avons parlé à des employés du CAÉ qui vont perdre leur travail, dont une dès le 31 décembre prochain. Y a-t-il une chance pour ces personnes de conserver leur emploi ?

Marc Arnal : Je pense que oui. Si on tient absolument à ce que ce soit un service pour et par la francophonie, alors il nous reste à refaire la demande de financement de façon à ce qu’elle soit acceptable. Et ça peut se faire rapidement, surtout avec l’aide des fonctionnaires. Je pense qu’il y a moyen à très court terme de sauver les meubles et d’ouvrir une autre entente avec le provincial à partir du 1er janvier 2019. Ensuite on transfèrerait ces informations au fédéral en les enjoignant de faire la même chose. La clé sera d’avoir un mécanisme de gestion crédible qui travaillera à une demande admissible pour dégager des fonds rapidement. On va fournir l’aide qu’il faut à l’ACFA.

Le Franco : Vendredi 26 octobre, une annonce officielle a fait part de la démission du président et des membres du conseil d’administration du CAE. Dans cette période de transition, est-ce qu’on peut s’attendre à ce qu’un autre conseil soit mis en place ou bien est-ce un tout autre organisme qui va chapeauter le dossier ?

Marc Arnal : Les gens pèsent les pour et les contre. Il va y avoir une structure quelconque mise en place. Est-ce que ce sera sous le CAÉ tel qu’il existe présentement ou sous un autre organisme : ça reste à voir. Mais il y aura un mécanisme de gestion qui va inspirer confiance et dont les gouvernements seront satisfaits, et la communauté aussi. Le RIFA est en train de se repositionner et la FRAP va aussi jouer un rôle. Je pense que ça va finir par aboutir à quelque chose de positif. Je crois beaucoup à la phrase d’un de mes collègues : « Never waste a good crisis ». Si tout le monde autour de la table est de bonne volonté, il n’y a pas de raisons qu’on ne puisse sortir de cette crise en meilleur état.

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