Marc Arnal, 9 mois de présidence : le bilan

L’actuel président Marc Arnal a été élu le 14 octobre dernier à la tête de l’Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA). Neuf mois après son élection, quel bilan peut-on faire des dossiers de la francophonie albertaine ? Tour d’horizon avec le chef de file.

Marc Arnal 9 mois apres

Le Franco : Quelles sont vos premières impressions après 9 mois de mandat ?

Marc Arnal : Nous avons réussi à faire certaines choses en prenant des positions qui étaient nouvelles, mais qui selon moi étaient essentielles pour la survie à long terme des communautés francophones telles qu’on les connaît. Nous avons repris des relations avec le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. On a donné suite à des dossiers qui avaient été commencés, des dossiers nationaux qui étaient ressortis de l’Alberta sous mon prédécesseur, à savoir la mise à jour sur la Loi sur les langues officielles, et les nouvelles façons de recenser les francophones, les ayants droit.

LF: Vous tenez à l'inclusion. Comment concevez-vous la dualité linguistique en Alberta ?

Marc Arnal a la tribuneM.A.: Je tiens beaucoup à ce que les personnes qui sont engagées envers leur français travaillent ensemble, pour la promotion essentiellement de la dualité linguistique. Il y a différentes façons de contribuer à la dualité linguistique, évidemment, il revient à la communauté francophone de jouer un rôle de premier plan. Mais nous ne sommes pas les seuls acteurs dans ce dossier. Si on n’élargit pas notre vision, on va se rendre un peu non nécessaire. Car comme Peter Carrington l’avait si bien dit, « je suis un francophone de langue maternelle anglaise, et vous avez le droit de m’accepter ou non, mais je vous ferai remarquer qu’on est trois fois plus nombreux que vous autres ».

Je pense que cela démontre que c’est une erreur fondamentale de voir la francophonie ou la dualité linguistique juste en termes de communauté traditionnellement francophone. C’est la plus grande originalité qu’on apporte. Cependant, à l’époque de Georges Arès, il y avait déjà eu des efforts importants pour faire des liens avec les Premières Nations et des ouvertures aux Anglo-Québécois. On a repris les efforts de Georges pour les pousser plus loin avec la nouvelle réalité des immigrants francophones qu’on a et qui n’existaient pas auparavant au même niveau et aussi des autres provinces. Et sans compter l’immersion qui continue de faire des siennes à travers l’Ouest canadien. C’est d’ailleurs déjà passé dans le discours populaire de la francophonie. Ils font déjà la distinction entre le développement de la communauté francophone traditionnelle et le développement de la dualité linguistique. L’un est une composante importante de l’autre, mais pas le tout et même chose pour l’inclusion impliquée aussi dans la dualité linguistique.

LF: Depuis le début de votre mandat, on voit une grande implication et l’envie de travailler avec d’autres acteurs de la communauté francophone. Est-ce une perspective nouvelle dans les dossiers de la francophonie, du moins dans la manière de faire les choses ?

M.A.: Ça dépend à qui vous en parlez. À mon arrivée je pense qu’il y avait des relations peu conviviales entre, par exemple, l’ACFA et la FRAP et dans plusieurs dossiers. J’ai essayé de changer ça, avec la FRAP, je me suis dit quel est le problème que l’on a devant nous ? C’est que l’inclusion n’avance pas très vite et est peu convaincante. Ce que ça prendrait, cela pourrait-être des passeurs qui pourraient assister les organismes traditionnels, faire le virage et travailler auprès des communautés ethnoculturelles pour les encourager à s’impliquer. Certaines communautés par exemple n’ont pas une histoire de bénévolat dans leur pays d’origine. Il y a une formation qui doit être faite pour apprivoiser le concept.

Voir l’inclusion progresser à petit feu comme ça se faisait auparavant, moi je voyais ça comme la route vers la ruine. On a déjà fait l’expérience des communautés vietnamiennes qui sont arrivées au Canada. Et on les a tellement bien reçus qu’il n’y en a presque plus un qui parle français. Il ne faut pas refaire les mêmes erreurs. Les Africains, je leur donne beaucoup de points pour leur courage, ils nous ont plus ou moins sommé de les inclure. Et ils nous ont laissé entendre qu’ils avaient autant le droit d’avoir les modalités d’appui et de modalités linguistiques que n’importe qui d’autres et je les admire beaucoup pour leur ténacité. Vu que nous sommes supposés être l’organisme porte-parole et responsable de l’ensemble du développement de la francophonie, c’était une énorme lacune. Et comme je suis là pour un mandat de deux ans je suis pressé,  d’ailleurs le conseil d’administration, je dois dire m’a fait confiance, et a appuyé cette démarche-là.

LF: L’ACFA compte 3 000 membres environ, comment comptez-vous approcher les 256 000 francophones en Alberta ?

Marc Arnal president de lACFAM.A.: Face à quelqu’un qui ne souhaite pas s’abonner à l’ACFA, la première question qui sera posée c’est : qu’est-ce que j’en retire ? Je pense que ça serait beaucoup plus facile pour une régionale ou un organisme ou secteur de répondre à cette question-là. J’aimerais donc implanter une structure où la membriété se ferait à la base, dans une régionale ou bien un organisme et l’abonnement se ferait automatiquement au niveau de l’ACFA provinciale. Le membre aurait le droit de vote et pourrait assister aux assemblées.

LF: Quelle est la place et le rôle de l'ACFA dans tout ça ?

M.A.: Dans ma tête, l’ACFA est un organisme qui ne devrait pas gérer de programmes, mais dont la vocation est de faire de la représentation politique et de s’occuper d’imputabilité. Quand je dis imputabilité, j’ai rencontré tous les chefs de section ou de secteurs, et je leur ai dit : 'Vous, on vous délègue la responsabilité de développer le secteur X, Y ou Z. Nous on va s’attendre à ce que vous fassiez votre travail, et vous allez nous faire des rapports. Et si on trouve que vos performances ne sont pas à la hauteur, on va vous le dire et on fera peut-être plus que vous le dire. On va peut-être aller voir vos bailleurs de fonds, et puis peut-être que l’on va s’asseoir avec eux et voir comment on peut améliorer la situation'. Le but ce n’est pas d’être punitif,  mais c’est que la francophonie respecte les deniers publics et qu’elle fasse ce qu’elle est supposée faire dans les différents secteurs.

LF: Cette approche a-t-elle déjà commencé ?  

M.A.: Oui, on a reçu les rapports des chefs de file au CA. C’était une discussion fort intéressante. Car les gens ont dit : 'On reçoit un rapport mais on n’a pas les documents de planification de départ. Donc, on ne peut pas comparer. On ne sait pas s'ils ont bien fait ou pas. Tout ce que l’on sait, c’est qu’ils ont fait'. On a demandé à la directrice générale de développer un autre modèle qui permettra de constater les progrès par rapport aux objectifs visés.

LF: Certains organismes doivent répondre à certaines exigences nationales, ces paramètres seront-ils pris en considération ?

M.A.: Oui, il faut tenir compte de ça. Ceci dit, je ne suis pas d’avis d’être d’accord avec tout ce qui se fait au national. Exemple, le national prône beaucoup le contrôle accru des subventions par les communautés, par les organismes de la communauté. Je trouve que c’est une erreur fondamentale. Car ça dégage le gouvernement de ses responsabilités, et ils en ont une. Et deuxièmement, ça crée des conditions idéales de zizanie à l’intérieur de la communauté, ça prend un arbitre autre que les gens de la communauté pour que ça soit fait de façon juste. J’ai été fonctionnaire pendant 20 ans, j’ai beaucoup de respect pour eux, je pense que si les fonctionnaires font bien leur travail, ils peuvent être des « complices » qui vont nous aider à assurer la réalisation des objectifs qu’on partage, mais aussi l’imputabilité des fonds publics qui sont dépensés. Ce sont des fonds publics, ne l’oublions pas !  

LF: Quels sont les prochains enjeux prioritaires pour le reste de votre mandat ?

M.A.: On a développé toute une liste de dossiers et on a commencé à agir dans chacun d’eux : le post-secondaire, le financement du Campus Saint-Jean qui est ridiculement bas, et on a fait évaluer par un juriste les termes de l’entente de 1976. On va commencer une discussion amicale, et entamer une démarche. L’éducation en langue française, on en a la gestion scolaire, mais on est loin d’avoir fini notre travail, ça ne fait que commencer.

LF: Et quid du nom de l'ACFA ?

M.A.: Pour moi, le nom de l’ACFA est une source d’embarras, il serait temps que la modernité prenne le dessus. On peut l’appeler l’Association canadienne des francophonies albertaines, car il y a plus d’une francophonie albertaine… Il faut un nom qui soit plus inclusif. Les gens ont peur du changement. Ils ne réalisent pas que rien ne les empêche de continuer leur vie, la seule différence c’est qu’ils ne représentent plus l’ensemble de la francophonie. Ils représentent une composante.

LF: Comment peut-on définir le rôle d’un organisme comme l’ACFA en 2018 pour représenter les intérêts des francophones en milieu minoritaire ?

M.A.: On reconnaît combien on est responsable de toutes les composantes menant au développement de la dualité linguistique. Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de chicane de territoires, de dédoublement et de répartition de mandats. Ultimement, s’il y a des questions dans ce sens, cela va se résoudre au conseil d’administration de l’ACFA. Dans ce contexte-ci, il faut que l’ACFA soit prise au sérieux. Il faut qu’ils élisent des personnes capables de prendre des décisions qui ne seront pas toujours populaires. Si on fait bien notre travail, la récompense sera une communauté vivante, qui est ouverte, où toutes les composantes font un excellent travail, où on va être un modèle au niveau national, mais aussi au niveau régional, auprès des autres instances de la communauté.

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