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La francophonie albertaine : un carrefour de cultures

La première édition du Carrefour interculturel, organisé par le Centre d’accueil et d’établissement du Nord de l’Alberta (CAÉ), se tenait au Campus Saint-Jean, le 5 novembre dernier, sous le thème « Comment accueillir et dialoguer avec l’autre? »

« C’était un très bon échange, les gens ont pu parler entre eux et cela permet qu’ils se comprennent », affirme le directeur du CAÉ, George Bahaya.


Le Carrefour interculturel est une nouvelle formule améliorée des Journées d’échanges interculturels qu’organisent le centre depuis bientôt sept ans. Selon M. Bahaya, il était temps d’introduire une nouvelle dimension où les gens pourraient communiquer entre eux. « Nous avons choisi d’aborder le thème de l’accueil comme point de départ afin de trouver des points communs pour faciliter l’intégration », explique ce dernier qui considère cette première édition comme un succès.

Environ 70 personnes ont écouté les intervenants Alain Nogue et Paulin Mulatris, venus alimenter le débat en soulevant quelques enjeux propres à l’intégration et pour soumettre quelques pistes de réflexion pertinentes.

M. Bahaya déplore, toutefois, le manque de représentation de la communauté franco-albertaine de souche. « Les dirigeants de la communauté d’accueil devraient s’impliquer aussi. Nous leur avons envoyé des invitations individuelles, mais ils ne sont pas venus. Ici, c’est un lieu d’inclusion par excellence », insiste le directeur du centre d’accueil.

Ouvrir le bal
Deux modérateurs de débats ont brisé la glace en offrant une courte présentation de leur vision de l’accueil d’un étranger dans la culture africaine et canadienne-française, qui est de plus en plus diversifiée.

L’ancien président du CAÉ, Alain Nogue, affirme qu’il avait l’intention de mettre sur table une discussion franche et constructive sur l’inclusion. Il a averti que cette inclusion nécessitera des concessions de la part des nouveaux arrivants et de la communauté d’accueil.

« La paranoïa de perdre l’identité canadienne-française fait en sorte qu’ils connaissent peu les nouveaux arrivants. Le revers de la médaille serait que les immigrants ne sont pas pressés de découvrir leur communauté d’accueil », fait observer M. Nogue

Le codirecteur du groupe de recherche sur l’inter/transculturalité et l’immigration du Campus Saint-Jean, Paulin Mulatris, rappelle que les visiteurs, dans les communautés africaines, sont porteurs de messages.

« Ici, cependant, la salutation n’est que passagère. Toute la dimension d’écoute manque à la communauté d’accueil », déplore ce dernier.

Présenter sa communauté
Des représentants des communautés ivoiriennes, camerounaises et franco-albertaines sont venus présenter les grandes lignes qui définissent chacune d’entre elles.

Traoré Drissa représentait la communauté ivoirienne. Ce dernier a identifié quelques valeurs de la communauté africaine qui étaient opposées aux valeurs canadiennes, et dont il sera nécessaire de débattre sur la place publique afin d’arriver à un consensus.

Il s’agit des différences au niveau de l’éducation des enfants, du rôle de l’homme dans les foyers, de la vie de quartier et de son voisinage (on connait tous ses voisins en Afrique), du respect des ainés et de la notion du temps. Reste à savoir comment faire le pont entre ces différences culturelles afin de former une communauté francophone en Alberta.

Guy Armel Bayegnak, écrivain, représentait la communauté camerounaise et Frank McMahon, ancien président de l’Association canadienne-française de l’Alberta, représentait les Franco-Albertains.

Bien qu’il s’agisse de sujets délicats, Georges Bahaya soutient qu’il est important que ces thèmes soient abordés de façon franche. « Je n’ai pas d’inquiétudes, car je ne crois pas qu’il y aura d’affrontements. Le but est de construire et de tendre la main », rappelle le directeur du CAÉ.

Un auditoire intéressé
Les participants écoutaient d’une oreille attentive et ont apporté plusieurs points pertinents qui seront abordés lors du prochain carrefour, prévu pour le mois de mars 2012.

Un étudiant de NAIT d’origine camerounaise, Gildas Fotso, avoue avoir trouvé ces débats enrichissants et constructifs.

« Ça nous permet d’apprendre sur les autres cultures et de partager notre histoire. Après, il faut voir comment améliorer l’intégration de plusieurs communautés dans un ensemble plus grand », avance le jeune homme qui rappelle que la communauté francophone de l’Alberta (toutes cultures confondues) doit également coexister dans un environnement anglophone dominant.

Vers le futur
À la suite des présentations des experts et des interventions des participants, les modérateurs ont pu identifier les thèmes qui seront débattus lors du  prochain carrefour.

Il faudra, dans un premier lieu, définir ce qu’est un francophone en Alberta, insister sur le rôle de l’éducation, puisque l’ignorance est le principal obstacle à l’intégration, identifier et nommer les éléments qui empêchent le rapprochement entre cultures et aborder la question du partage d’identités, qui deviennent de plus en plus dynamiques dans un contexte de mondialisation.

« Il faut laisser tomber les préjugés et nommer les choses honnêtement si l’on veut une nouvelle communauté francophone, le changement est partout et il faut s’assurer qu’il se fait à bon escient », commentait Alain Nogue.
 

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