Imprimer cette page

CSC du sud de l’Alberta : le fédéral ne finance plus, alors le projet prend fin

Après trois ans de collaboration, le ministère du Patrimoine canadien a refusé de renouveler le financement qu’il accordait au projet de coordination scolaire communautaire (CSC) dans le sud de l’Alberta.

Sans cet appui substantiel, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) est forcée de mettre fin au projet, qui se montrait pourtant prometteur. Les CSC des communautés d’Airdrie, Brooks, Canmore, Cochrane, Medicine Hat et Okotoks ne seront donc pas de la rentrée scolaire 2011-2012.


« Nous ne comprenons pas la décision du ministère et trouvons la situation déplorable, car nous savons tout le travail qui a été accompli au cours des dernières années au sein de ces communautés », a déclaré la présidente de l’ACFA, Dolorèse Nolette.

« C’était fantastique, on était beaucoup moins isolés, appuie l’ancienne CSC de Medicine Hat, Marie-Anna Stephens. C’est dommage que ça se termine, c’est triste pour la communauté. Toutes les familles que j’ai rencontrées étaient très contentes d’avoir des occasions de se réunir et parler français, de voir qu’ils ne sont pas seuls. »

Les jeunes perdants
Le mandat du CSC est de voir au rayonnement de l’école francophone au sein de sa communauté. Au cours de l’année scolaire 2010-2011, l’ACFA a supervisé le travail de 12 coordonnateurs sur le terrain, principalement dans des communautés francophones en émergence. Ensemble, ils ont contribué à planifier, organiser et coordonner « 225 nouvelles occasions de vivre le fait français en Alberta », mentionne Dolorèse Nolette.

Selon l’ancien CSC de Brooks, Désiré Kiana, l’action des CSC a eu un grand impact positif pour la communauté, particulièrement pour les élèves de l’école francophone. « L’école du Ruisseau n’avait pas de connexion avec la communauté. Le projet a ouvert une grande porte. »

En effet, les élèves de l’école du Ruisseau ont pu participer cette année, pour la première fois, à Génies en herbe. Ce n’est donc pas seulement l’isolement de l’école dans sa propre communauté que les CSC ont brisé, mais aussi l’isolement des communautés francophones émergentes dans la francophonie albertaine.

C’est une porte que M. Kiana a bien l’intention de garder ouverte, estimant qu’il y a dans sa région près de 250 familles francophones. En partenariat avec l’Association francophone de Brooks, Désiré Kiana compte y maintenir un niveau d’activité minimal pour les élèves.

« Même si on n’a plus l’argent pour le faire aussi souvent, nous voulons continuer une fois par mois, parce que nous savons à quel point c’est important pour nos jeunes. Ce sont nos jeunes, c’est notre école, nous en prendrons soin », déclare-t-il.

Marie-Anna Stephens est aussi convaincue de l’importance pour ceux qui fréquentent les écoles francophones d’avoir accès à des activités en français à l’extérieur du cadre scolaire. « Si les enfants ne savent pas qu’il y a des gens, à l’extérieur, qui parlent français, ils ne voient pas la raison pour laquelle ils vont à l’école en français. »

La mère de cinq enfants considère qu’« ils se rendaient compte qu’il y a des personnes, pas juste les autres élèves ou les parents, mais aussi des retraités ou des familles dont les enfants vont à l’école anglophone. Ils étaient moins seuls. Ils retournent à l’école le 31 aout et il n’y aura plus rien », termine-t-elle avec déception.

« L’année prochaine sera très différente »
La directrice générale du Conseil scolaire du sud de l’Alberta (CSSA) et du Conseil scolaire catholique et francophone du sud de l’Alberta (CSCFSA), Jacqueline Lessard, assure que l’aventure n’est pas terminée. Bien qu’il n’était alors pas question d’interrompre le projet de CSC, il avait été décidé au mois de juin dernier qu’il fallait repenser l’idée.

Les discussions ont donc cours depuis quelques mois et un nouveau poste a déjà été créé afin de développer dans le sud de la province « des projets qui reflèteront les besoins de nos élèves, annonce-t-elle. L’année prochaine sera très différente ».

Nouvelle responsable de la coordination, de l’animation et des activités culturelles, Martine Rousseau procède à l’heure actuelle à l’analyse des besoins des communautés, laquelle servira pour l’élaboration d’activités adaptées à la démographie et au contexte de chacune des écoles du CSSA et du CSCFSA.

Mme Rousseau soumettra ses recommandations en décembre. Elle aura ensuite le mandat de veiller au rassemblement des élèves et d’élaborer dans cette optique des activités qui répondront aux besoins identifiés dans les communautés, soit pédagogiques ou de construction identitaire.

L’idée est de poursuivre les initiatives des CSC qui ont fonctionné et améliorer celles qui ont remporté moins de succès. « Dans certains cas, les CSC ont eu pour effet un grand rapprochement entre les écoles et les membres de la communauté francophone, en plus de rendre l’éducation en français beaucoup plus pertinente pour les jeunes », résume Jacqueline Lessard.

Le 20 septembre prochain, les représentants des deux conseils scolaires du sud de l’Alberta se réuniront avec ceux de l’ACFA pour discuter des raisons qui ont mis fin au projet et revoir les modalités de leur partenariat. Ils redéfiniront la manière dont les écoles et la communauté peuvent collaborer afin d’assurer la vitalité identitaire et communautaire locale du sud de l’Alberta.

BDV : Le coordonnateur scolaire communautaire de Brooks, Désiré Kiana, en compagnie d'élèves de l'école Le Ruisseau qui ont participé à Génie en herbe le printemps dernier. (photo : archives).

 

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)