Le Carrefour une entité menacée ?

carrefour-2-L’école Maurice Lavallée a vu son Carrefour fermer boutique voilà plusieurs semaines. En juin 2015 le Carrefour, basé alors à la Cité francophone, avait été délocalisé au Campus Saint-Jean depuis son rachat par l’Université de l’Alberta.  L’idée originale d’un Carrefour francophone rassemblant la communauté autour du livre s’éteint à petit feu. Si les bonnes intentions sont là, la vision n’y est toujours pas ou a tout simplement disparu. Que va-t-il advenir du Carrefour ? La question reste en suspens.  

 

« Le Carrefour a besoin de renaître, il faut une personne avec la bonne vision et la passion ; si tous ces éléments se regroupent, la communauté suivra », déclare Danielle Dentinger, fille de feu Carole Roy. Mme Dentinger y a travaillé pendant 12 ans, du temps où sa mère était alors gérante en chef de la librairie, entre la fin des années 80, et ce, jusqu’en 2004.

 

De mémoire d’homme, « Le Carrefour a été établi aux alentours de 1970 »,  explique le président de l’ACFA provinciale Jean Johnson. La fille de Carole Roy fait savoir que, «le Carrefour a débuté comme un genre de librairie mobile, jusqu’à ce que le sous-comité de l’ACFA, en charge du Carrefour, décide d’un point de vente et d’en faire un magasin ». À ses débuts, Le Carrefour est situé sur la 109e rue, puis déménagera à l’emplacement de l’actuel magasin Mikes bikes and beans. Le Carrefour s’acheminera jusqu’à la Cité francophone pour finir sa course au Campus St-Jean.

 

Le Carrefour en quelques dates

Le Carrefour a connu de belles années, grâce notamment au dévouement de Carole Roy. «Lorsqu’elle a pris Le Carrefour entre ses mains, c’est devenu une entreprise, qui non seulement pouvait vivre de soi-même, mais qui pouvait aussi faire un minime profit pour pouvoir acheter des nouveaux ordinateurs et faire grandir l’entreprise » relate Danielle Dentinger. Le comité de l’époque avait alors compris qu’un magasin, bien qu’à but non lucratif, doit quand même être géré comme une entreprise. En 2004, Mme Roy tombe malade et le déficit se creuse. «  Le déficit s’élevait chaque année entre 38 et 45 000 $ sur une durée de quatre ans » explique Jean Johnson. Ce gouffre budgétaire amène donc l’ACFA provinciale à se séparer de la librairie francophone entre 2007 et 2008.  La fermeture du Carrefour principal s’expliquait déjà par le manque de clients et des frais de loyer trop onéreux. Aujourd’hui, Le Carrefour, la seule librairie francophone de l’Ouest canadien appartient désormais à l’Université de l’Alberta. Ce rachat par l’Université de L’Alberta ne rend pas entière satisfaction.

 

 

À l’air du numérique

Tout le monde s’accorde pour dire que la compétition est rude. Il est devenu de plus en plus difficile, pour les petites entreprises, de survivre dans un monde où les consommateurs achètent en ligne. Les grosses entreprises comme Archambault et Renaud Bray cassent les prix en achetant des livres en très grosse quantité. L’envoi est bien souvent inclus à l’achat du livre, ce qui défie toute concurrence. « L’industrie du livre fonctionne à prix fixe donc lorsqu’une entreprise paye les distributeurs, il y a par la suite un prix suggéré pour la vente de détails », explique l’ancienne libraire, Danielle Dentinger.  Si à l’air du numérique l’avenir du livre s’est vu changé, certains déplorent un manque de vision. « On est conscient que les librairies se transforment, la plupart d’entre elles sont en ligne pour bien fonctionner, c’est un élément que l’Université devait construire, mais ils ne l’ont pas fait » souligne Jean Johnson.  

 

Selon Gerald Beasley, vice Provost et bibliothécaire en chef à l’Université de l’Alberta, des tentatives ont été faites dans ce sens pour améliorer la situation. « Après la fermeture du Carrefour principal, nous avons essayé plusieurs choses, comme avoir un Carrefour à Maurice Lavallée, ouvert au public une fois par mois, pendant une fin de semaine, mais il n’y avait pas un grand public pour cet emplacement », dit-il. M. Beasley décide alors de concentrer ses efforts sur le campus Nord de l'Université de l'Alberta et le Campus Saint-Jean.  Aujourd’hui, le Campus Saint-Jean est devenu l’un des derniers emplacements physiques pour la librairie. Le vice Provost compte beaucoup sur la vente en ligne pour faire redémarrer le chiffre d’affaires. « J’étudie la possibilité d’avoir du commerce en ligne », affirme le principal intéressé. Or, la consultation du site s’avère pour le moment difficile d’accès pour les internautes puisque le lien direct du Carrefour est hors service. Pour y accéder, l’internaute doit passer par des chemins détournés, à savoir par l’intermédiaire du site de l’Université de l’Alberta.  

 

En attendant que ce service soit pleinement opérationnel, M.Beasley demeure convaincu que ce dernier serait adapté à sa vision et « répondra aux besoins de la communauté qui se veut éparpillée dans la province », précise-t-il.

Les enjeux

Salon du livrePour la fille de Carole Roy, le problème n’est pas là. « Le problème, c’est que l’Université c’est gros, ce n’est pas non plus une personne qui comprend, qui aime et qui tient à cœur sa communauté. Du côté entreprise, ils font ce qu’ils peuvent »,  insiste cette dernière. Le Carrefour n’est pas juste une simple librairie. Comme son nom l’indique, c’est aussi un lieu de rassemblement pour les membres de la communauté. Thérèse Dallaire, directrice de l’ACFA de Bonnyville, se souvient très bien du Salon du livre organisé deux fois par année. «Quand on dit le Carrefour, on a appelé ça un peu notre « francoin ». On avait des livres, on avait des cartes, on avait toute sorte de choses et ça c’était pendant plusieurs années… les écoles de Cold Lake, même les écoles d’immersion venaient, commandaient des livres alors on faisait quand même des bonnes ventes » .  

 

Le Carrefour manque à beaucoup de membres de la communauté, : « nous autres, on aimerait beaucoup que ça revienne au moins une fois par année », assure Thérèse Dallaire. La question centrale repose sur la manière de comment atteindre les gens. Un comité consultatif est actuellement à l’œuvre pour essayer de relancer Le Carrefour.

 

Malgré l’augmentation de la population francophone en Alberta et de la construction de nouvelles écoles, la concurrence du numérique et le marché limité ne rendent-ils pas flous et incertains l’avenir d’un modèle comme celui de cette librairie ? Le taux de croissance du marché francophone pourra-t-il redorer l’avenir et les systèmes entrepreneuriaux similaires à celui du Carrefour ? Une réunion prévue initialement en juin fut reportée. Aucune date n’est pour le moment encore connue !   

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1 Commentaire

  • David Martin

    David Martin - dimanche 3 juillet 2016

    Mme Dentinger a entièrement raison, il faut que la communauté démontre son attachement au Carrefour afin que sa survie devienne une priorité pour M. Beasley. Je trouve d'ailleurs étrange que ce dernier se défende d'avoir essayé plusieurs différentes approches suite à la fermeture du local à la Cité francophone pour assurer la survie de la librairie. En tant que responsable de ce dossier et de celui des bibliothèques de l'Université de l'Alberta, il doit bien savoir, comme moi (j'y ai travaillé pendant de nombreuses années) que plutôt que d'acheter localement, la Bibliothèque Saint-Jean envoie la majeure partie de son budget d'achat de livres ailleurs, notamment en Ontario. Cette façon de faire serait justifiée par les économies réalisées. Or, si la plus grande bibliothèque francophone de l'Ouest ne soutient pas le Carrefour, qui le fera? La solution ne serait donc pas de faire du Carrefour une boutique ambulante aux heures d'ouverture imprévisibles, comme cela a été le cas au cours de la dernière année. Le budget d'acquisitions de la Bibliothèque Saint-Jean étant dans les six chiffres, le fait d'en rediriger une part non négligeable vers le Carrefour ferait une différence de taille pour cette dernière. M. Beasley, ayez le courage d'exploiter la relation synergique évidente entre deux entités dont vous avez le contrôle, soit le Carrefour et la Bibliothèque Saint-Jean. Démontrez que les déclarations de bonne foi, de respect des acquis de la communauté francophone, au moment de la prise de contrôle du Carrefour par l'Université étaient sincères. Cessez de remettre à plus tard la mise en oeuvre d'une simple stratégie de collaboration qui n'attend que votre appui pour solidifier la situation financière de la librairie dont vous avez la charge. Enfin, vous les francophones minoritaires qui tenez à la survie du Carrefour en tant qu'institution culturelle, faites savoir à M. Beasley que l'état actuel des choses est inacceptable et que ce dossier ne se réglera pas en attendant que la situation atteigne le point du non retour. Le Carrefour a un rôle indéniable à jouer dans la vie culturelle actuelle et future de la communauté francophone. Les solutions pour assurer sa survie se trouvent dans notre cour, encore faut-il ouvrir les yeux et agir...

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