Québécois en Alberta : Une mentalité très différente

Bien que la seule langue officielle de la province demeure l’anglais, la communauté francophone est toujours bien vivante en Alberta, et s’organise de mieux en mieux. Cette vitalité est davantage causée par l’immigration de francophones, surtout en provenance d’Afrique et de France, que des Francos-Albertains de souche. Des ressources sont d’ailleurs nombreuses pour accueillir et intégrer ces nouveaux arrivants, qui atterrissent dans un nouveau pays, une nouvelle culture, une nouvelle réalité. Mais, une portion importante des francophones d’Alberta vient des Canadiens qui quittent le Québec ou le Nouveau-Brunswick pour s’installer dans l’Ouest. Qu’en est-il pour eux ?

La question ne date pas d’hier, mais elle demeure toujours d’actualité, alors que chaque année des milliers de Québécois, pour la plupart francophones, quittent leur province en faveur de l’Alberta. Bien que certains Québécois soient réfractaires à l’idée d’aborder ce sujet, d’autres ont accepté de témoigner de leurs défis à leur arrivée et de la perception de cette nouvelle réalité.


Benoit Gosselin, installé à Calgary depuis plus de 10 ans, tente de dresser un portrait du Québécois type qui s’installe en Alberta. « Plusieurs arrivent avec un chèque de chômage ou seulement 500 $ dans leur poche. Ils parlent peu anglais et espèrent faire de l’argent facile ici », explique-t-il. Comme il est finalement dur d’obtenir un bon emploi, plusieurs retournent d’où ils viennent, surtout s’ils ne s’adaptent pas à « la mentalité de l’Ouest » : « Au Québec, c’est plus socialiste, mais ici c’est plus conservateur et les gens travaillent fort », remarque-t-il.

Chantal Desjardins, qui a quitté le Québec en 2006 avec sa famille, confirme le dépaysement : « C’est un long apprentissage, car tout est différent. C’est comme si je changeais de pays. » Même si elle ne s’exprimait que dans un anglais de base en arrivant, elle l’a appris d’elle-même tout en travaillant, pendant quelques années, dans les écoles francophones de Calgary. Aujourd’hui, elle travaille en milieu anglophone. « C’est surtout une question d’attitude, explique-t-elle. Il y en a quelques-uns qui ne veulent pas apprendre l’anglais, qui sont plus isolés. Beaucoup viennent en Alberta pour faire de l’argent, mais c’est difficile avec juste le français. »

La fausse perception que le reste du Canada se fait de la réalité albertaine n’aide pas. « On leur a vendu un rêve, mais ils ne se sont pas renseignés. Ceux qui s’attendent à ce que ça coûte la même chose qu’à Montréal vont avoir une surprise », assure Chantal Desjardins. Un manque de préparation qui résulte souvent en une mauvaise expérience, autant pour les arrivants que pour ceux qui ont affaire avec eux.

Cela crée des clivages d’opinions très importants au sein des groupes québécois. Une partie estime que les Québécois jouissent d’une bonne réputation, alors que d’autres insistent que c’est le contraire et que quelques cas ont miné la crédibilité des arrivants québécois – en particulier les jeunes – dans la province.

Ressources inégales
Les organismes qui desservent la francophonie albertaine sont très nombreux, mais n’arrivent pas à répondre aux besoins de tous. Enrico Bélanger, installé à Calgary, estime que la plupart des organismes viennent avant tout en aide aux immigrés. « Ma conjointe, qui est dans l’administration, n’est pas capable de se placer car son anglais est de base. Elle ne peut suivre de cours qu’à Connexion carrière, car les autres endroits sont au-dessus de nos moyens. » En revanche, un immigré serait, selon lui, aisément dirigé vers un cours d’anglais langue seconde gratuit ou subventionné. Même le site www.breakthewall.alberta.ca, qui offre des leçons d’anglais pour les allophones, semble dirigé en premier lieu vers les immigrants qui n’ont jamais mis les pieds au Canada, plutôt que les Canadiens qui souhaitent parfaire leur anglais. « Au CANAF, on aide principalement des personnes de l’Afrique et de l’Europe. On aide aussi des gens du Québec, mais eux, on les appelle les
“non-éligibles” », reconnaît Mme Desjardins, aussi du conseil d’administration du Centre d’accueil des nouveaux arrivants francophones.

Benoit Gosselin est catégorique : « Ça prend du cœur, ça prend du vouloir et ça prend des sous » pour aller chercher de l’aide. Car, selon lui, « il n’y a pas de ressources si tu n’es pas immigré, amérindien, avec une famille ou une minorité ». Une critique similaire est faite par divers Québécois expatriés qui ne bénéficient d’aucune aide d’organismes, n’entrant dans aucune catégorie ciblée. Pourtant, on cite les ACFA régionales, le CDEA, la Cité des Rocheuses à Calgary, la Cité francophone à Edmonton et les dizaines d’écoles francophones dans la province comme ressources qui peuvent apporter de l’aide aux Franco-Canadiens le désirant. Selon des témoignages recueillis dans le groupe de La Parlote à Calgary, il y aurait « un manque total de débrouillardise de plusieurs Québécois », s’ils n’arrivent pas à obtenir de l’aide avec toutes les ressources existantes.

D’autres témoignages laissent même entendre que les Québécois établis en Alberta évitent autant que possible les organismes. Certains mentionnent tout de même que, même s’ils ne font pas usage des services disponibles, ils sont heureux de savoir qu’il existe des endroits où obtenir de l’aide au besoin, en français. « C’est agréable d’avoir des services en français, mais si on s’intègre et on apprend l’anglais, c’est bien plus facile », nuance M. Gosselin.

Socialement, la plupart des événements organisés dans la francophonie albertaine sont adressés aux familles. C’est du moins ce dont se plaignent plusieurs personnes qui se décrivent comme célibataires, sans enfants. D’ailleurs d’autres groupes sociaux ont été formés un peu partout en province pour inciter les Québécois célibataires installés en Alberta à se rencontrer et à tisser des liens, mais même ces groupes ont leurs lacunes : « C’est souvent les mêmes cliques qui vont aux événements », entend-on parfois.

Non au Québec
Malgré les divergences d’opinions, ces Québécois expatriés depuis plusieurs années ont à peu près tous quelque chose en commun : ils n’ont aucune intention de retourner au Québec. « J’ai passé un an à Calgary avant de revenir au Québec, puis je suis revenu ici quand j’ai été tanné! », résume Benoit Gosselin, qui explique qu’il y avait certaines choses qui ne lui plaisaient pas du tout dans sa province d’origine. « Jamais, jamais, jamais je n’ai eu envie de retourner vivre au Québec, insiste Mme Desjardins. Chaque fois que j’y vais pour voir ma famille, je me sens de moins en moins chez moi. J’ai toujours hâte de retourner en Alberta ! » Ce sentiment partagé n’est pas sans rappeler les témoignages retrouvés sur le site www.quitterlequebec.com, qui invite les Québécois à quitter la Belle Province s’ils ne s’y reconnaissent plus dans son climat politique et social.

Avec la crise de l’industrie pétrolière, l’avenir est incertain pour l’économie de l’Alberta. Beaucoup de Québécois ont perdu ou risquent de perdre leur emploi, et devront soit s’adapter, soit partir.
« Certains dépensent tout l’argent qu’ils ont, sans s’en mettre de côté », mentionne Mme Desjardins à l’égard de certains travailleurs du pétrole et de la construction qui ont vécu dans l’abondance pendant des années. Les nouveaux arrivants devront alors être préparés plus que jamais à faire face aux nombreux défis qui les attendent. « Il faut faire preuve d’ouverture pour arriver à s’adapter », croit fermement Chantal Desjardins.

Souvent, beaucoup de Québécois sont venus ici pour « juste un an », et ne sont toujours pas repartis 10 ans plus tard. Comme quoi, avec un peu de volonté et une bonne attitude, il est tout à fait possible de s’intégrer à la réalité de cette province où tout semble encore possible.

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