Une francophonie « accueillante, performante, moderne et rayonnante »

Le dernier forum communautaire datait d’il y a trois ans; ce n’est pas tous les jours que tous les organismes communautaires francophones de l’Alberta se donnent rendez-vous dans un hôtel d’Edmonton pour discuter d’une stratégie commune pour l’avenir de la langue dans la province. Une soixantaine de personnes ont répondu à l’appel le 30 mai dernier.
 
L’ambiance rappelait une grande rencontre de famille, ce qui n’était pas très loin de la réalité. Quelques dizaines d’organismes ont fraternisé pour partager leur passion commune : la protection et l’épanouissement du français en Alberta. Chapeauté par l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), le forum s’est penché sur diverses problématiques afin de définir le cadre stratégique des cinq prochaines années.
 
Une brève allocution des organisateurs de l’événement a révélé la thématique du jour : « L’Alberta bénéficie d’une francophonie accueillante, performance, moderne et rayonnante », selon Jean Johnson, président de l’ACFA. En plus de ces qualificatifs, il est fort de constater que  la francophonie évolue à vitesse grand V, avec une communauté de plus en plus diversifiée. « La francophonie n’est pas la même qu’il y a 15, 10 ans », a-t-il d’ailleurs reconnu. Conscients de ce fait, les organismes doivent revoir leur stratégie pour s’adapter à la réalité de 2015. « L’objectif est de mieux travailler ensemble pour la francophonie albertaine », a aussi rappelé la directrice générale de l’ACFA, Isabelle Laurin.
 
Un remue-méninges « café du monde »
Pour y arriver, l’ACFA a fait appel à André Lalonde et Lise Lortie, spécialistes en animation de ce type d’événements. Cinq questions centrales ont été rédigées et des discussions en tables rondes ont été organisées pour partager les idées de tout le monde. La formule est fortement inspirée de la méthode « café du monde » (world café) : chaque table discutait de la question, en apportant anecdotes personnelles et suggestions pour alimenter les débats. Au bout de 20 minutes, tout le monde changeait de table pour démarrer la même discussion avec des gens complètement différents. Les idées retenues par chaque groupe étaient inscrites sur de grandes feuilles, puis collées aux murs de la salle. Cette expérience a été répétée pour les cinq questions abordées, pour un total de dix séances de tables rondes. Il était particulièrement impressionnant de constater le nombre de feuilles affichées autour de la pièce : souvent, deux ou trois feuilles pleines d’idées étaient produites par groupe.
 
Les cinq axes de discussion étaient les suivants :
  • La transmission du français aux générations futures;
  • Les stratégies pour rejoindre les 16 à 30 ans et les jeunes familles;
  • L’intégration des nouveaux immigrants et leur sentiment d’appartenance;
  • La rétention des anglophones francophiles qui envoient leurs enfants à l’école francophone;
  • La promotion du français comme langue de choix.
 
Ces axes étaient formulés sous forme de questions à laquelle chacun avait une opinion. Alors que plusieurs idées étaient valables pour plus d’une question, d’autres semblaient taillées sur mesure pour certaines problématiques. En regardant les feuilles, les mêmes idées n’apparaissaient pas si souvent en doublon.
 
M. Jean Johnson avait déjà abordé les grands enjeux de la francophonie albertaine lors de la tournée « Un café avec le président de l’ACFA », où il a parcouru la province pour récolter l’opinion de 16 communautés en vue du forum. Les recommandations étaient d’ailleurs inscrites dans le document remis à chaque participant au forum, ce qui n’a pas empêché les nouvelles idées d’affluer. 
 
Unie pour la cause
De ces idées partagées sur papier, l’ACFA va en faire une compilation, qui s’annonce imposante, d’ici cet automne. Les animateurs se sont dits agréablement surpris de voir le sérieux qui se dégageait des échanges. Tout le monde a travaillé main dans la main et personne n’a eu à hausser le ton pour faire valoir ses idées. Le 30 mai, la francophonie albertaine était unie pour sa cause commune, pour son avenir.
 
Quelques citations en vrac entendues lors du forum : « La francophonie doit s’adapter, être inclusif et se projeter dans les générations futures. » « Il faut rendre la francophonie sexy. » « La couleur de la francophonie est en train de changer. » « Les immigrants veulent aussi être fiers de cette francophonie. »
« On ne peut pas garder les pratiques d’il y a 20 ans alors que la société change !» « Il faut former les jeunes qui seront les leaders de l’avenir. » « Nous devons nous souvenir du passé, mais il faut voir le présent différemment. » Si tout le monde avait une façon différente de décrire sa francophonie, tous ont participé à l’exercice avec cœur pour s’assurer que cette langue demeure bien vivante pour les prochaines générations. Il est, en revanche, encore trop tôt pour savoir ce qui sera retenu parmi les centaines d’idées lancées pour aiguiller la stratégie provinciale jusqu’en 2020.
 
La vraie question est surtout : quand et comment tout cela pourra être mis en pratique ? Les organisations sont nombreuses dans la province et se pilent parfois sur les pieds pour représenter l’ensemble des francophones. Le forum était une rare occasion où l’ensemble des participants avait son mot à dire, d’un même pied d’égalité : cette collaboration va-t-elle se poursuivre à plus long terme, dans l’intérêt de la francophonie ? Le dossier est loin d’être clos.
 
(Photos : Olivier Dénommée)
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