La FRAP suscite enthousiasme et questionnements

Samedi 11 avril à 13h, Francophonie albertaine plurielle (FRAP) a tenu une réunion d’information et de discussion au Campus Saint-Jean. L’occasion de rappeler la raison d’être de ce nouvel organisme et de prendre le pouls de la communauté.

Qu’est-ce que Francophonie albertaine plurielle (FRAP) ?

« La FRAP a pour mission de rapprocher les communautés et de veiller à l’intégration socioéconomique et culturelle des francophones issus de la nouvelle immigration, notamment les communautés d’origine africaine et haïtienne qui sont les plus vulnérables. » C’est ainsi que Jeanne Lehman, présidente de la FRAP, a résumé l’objectif de l’association dans son discours d’ouverture, samedi après-midi au Campus Saint-Jean. Officiellement lancé le 12 décembre, l’organisme se définit comme « un groupe de pression et d’action ».

La FRAP souhaite se concentrer sur six orientations : l’éducation, l’employabilité et l’entreprenariat, la culture, la participation civique, la représentativité des communautés (pour que la nouvelle immigration participe aux prises de décisions les concernant) ainsi que le changement du discours public. L’association rappelle que « le visage de la francophonie a changé en Alberta » et veut s’assurer que l’offre de services proposés par les organismes albertains corresponde aux besoins des communautés d’origine étrangère. « La confiance n’exclue pas le contrôle », a souligné Mme Lehman.


L’intégration professionnelle dans les écoles

La première lutte engagée par ce qui allait devenir la FRAP a été de lancer une pétition pour réclamer davantage d’enseignants issus de l’immigration au sein des écoles du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN). « Grâce à la FRAP, le CSCN a mis en place un comité ad hoc dont la mission est de trouver des solutions au problème de l’intégration professionnelle non seulement du corps enseignant, mais aussi du personnel administratif, y compris celui de l’administration centrale. Ce comité clôturera ses travaux au mois de mai prochain », a rappelé la présidente de la FRAP.

Cependant, ce comité ad hoc reste consultatif et rien n’obligera le conseil scolaire à tenir compte de ses conclusions. « C’est une perte de temps », a carrément estimé Marcel Adzeme, membre du CA du Centre d’accueil et de d’établissement du Nord de l’Alberta.  Interrogée par la suite, Jeanne Lehman a salué le recrutement au CSCN d’un comptable d’origine immigrante en mars, tout en affirmant qu’elle ne se contenterait pas de ce genre de petites victoires : « Nous voulons que les résolutions prises par ce comité soient appliquées. Ce que voulons, c’est des règles claires. »

Travailler avec l’ACFA (malgré la polémique)

« Une collaboration étroite devra exister avec l’ACFA (Association canadienne-française de l’Alberta) », a précisé Jeanne Lehman, puisqu’il s’agit de l’organisme porte-parole de tous les francophones de la province, en dépit d’un nom jugé peu inclusif. La FRAP a ainsi adhéré au Réseau en immigration francophone de l’Alberta (RIFA) – placé sous la responsabilité du conseil d’administration de l’ACFA – et a aussi participé aux rencontres du Comité local en immigration francophone (CLIF), une instance de l’ACFA permettant d’échanger des informations.

Linda Munezero a questionné la pertinence de la collaboration entre la FRAP et l’ACFA en dénonçant sa « perception de la nouvelle vague d’immigration ». Pour cela, la Burundaise s’est basée sur un message affiché en ‘‘une’’ du site de l’ACFA reprenant 10 « conseils » aux nouveaux arrivants de l’Ouest canadien en 1898 (publiés en février dans une chronique historique du Franco) accompagnés de la mention suivante : « Il est intéressant de constater que ces recommandations pourraient s’appliquer encore à notre époque, un siècle plus tard. » Or, parmi ces conseils, on pouvait lire : « Ne pas compter faire fortune en quelques années, sans travail ni soucis; chez nous comme ailleurs, les paresseux et les lâches ne font pas de merveilles. » Simple maladresse, quiproquo ou véritable sous-entendu, le commentaire de l’ACFA a en tout cas été perçu comme une insulte envers les nouveaux arrivants.

L’engagement civique et politique

« Nous avons la chance d’être dans un pays qui valorise notre langue. Qu’est-ce que nous faisons pour le développement de la francophonie, qui est aussi notre patrimoine ? », a questionné Victor Moke-Ngala, le vice-président de la FRAP. Pour lui, l’engagement des communautés issues de l’immigration dans les conseils d’administration des organismes francophones ou dans les conseils d’école est essentiel pour participer au processus décisionnel.

« Entrons et militons dans les partis politiques ! », a encouragé Marcel Adzeme, en rappelant qu’un résident permanent pouvait être membre d’un parti politique dès 14 ans. Randy Boissonnault, candidat libéral au fédéral pour Edmonton Centre, a lui aussi pris la parole : « Je vous félicite pour cet exercice de démocratie ! » Venu « pour écouter », il a néanmoins rappelé que son parti était celui du multiculturalisme et donné un petit conseil à la FRAP : « Les six prochains mois, ne touchez pas au lobbying au niveau fédéral. Quand les libéraux rentreront [au pouvoir], nous vous inviterons à faire du lobbying ! »

La question du financement

Chantal Londgi Dong, réalisatrice de l’émission de radio Fourre-Tout sur CJSR, a posé la question du financement, soulignant le fait que la FRAP allait peut-être devoir « partager la même enveloppe que l’ACFA ». Jeanne Lehman a dit ne pas vouloir grignoter l’enveloppe de qui que ce soit, sans toutefois s’interdire de faire des demandes de subventions aux niveaux fédéral, provincial et même municipal. « Il serait normal que la FRAP ait sa part », a-t-elle estimé, en ajoutant vouloir que l’association soit indépendante et ne dépende pas d’un autre organisme, afin de garder une certaine neutralité.

Pour le moment, la FRAP ne peut compter que sur l’argent de ses membres qui cotisent à hauteur de dix dollars par année. Ils sont aujourd’hui une cinquantaine. Des levées de fonds pourraient aussi avoir lieu dans le futur.

Quelle gouvernance ?

En réponse à une question concernant l’héritage de l’AMFA (Association multiculturelle francophone de l’Alberta), Georges Bahaya a expliqué que cet organisme n’avait pas périclité parce que le Centre d’accueil et d’établissement du Nord de l’Alberta – dont il est le directeur – avait récupéré une partie de son mandat : « Le véritable problème, c’était la gouvernance », a-t-il mis en garde.

La FRAP élira son bureau et adoptera ses statuts lors de sa première assemblée générale, dont la date n’a pas encore été arrêtée. « Comme on a enregistré l’organisme le 21 octobre 2014, il faut faire l’assemblée générale avant la date anniversaire », a spécifié Jeanne Lehman, qui précise tout de même que plusieurs membres de l’actuel comité constitutif sont qualifiés en matière de gouvernance.

 

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