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Faire venir et intégrer davantage de francophones, un défi pour la communauté

Samedi 14 mars, 25 représentants de la communauté francophone ont participé à une longue session de travail à La Cité francophone, dans le cadre du Regroupement en immigration francophone de l’Alberta (RIFA). Il s’agissait notamment de réfléchir à des moyens d’accroître le nombre d’immigrants francophones via la nouvelle plateforme Entrée express.

« Dans la communauté francophone, ça va prendre plusieurs personnes qui sont des experts d’Entrée express », estime Matthieu Brennan, consultant sur les questions d’immigration et animateur de la session de travail du Regroupement en immigration francophone de l’Alberta (RIFA), samedi 14 mars à La Cité francophone.

Mise en place le 1er janvier 2015, la plateforme internet Entrée express est censée favoriser l’immigration économique en mettant en relation employeurs et futurs employés. « Le système est organisé pour répondre aux besoins des employeurs », explique M. Brennan. Or ceux-ci peinent à trouver de la main-d’œuvre qualifiée en Alberta. C’est pourquoi, en 2012, ils ont  fait appel à 84 465 travailleurs temporaires venus de l’étranger. Parmi eux, peu de francophones. Il y a donc des opportunités à saisir.

« Celui qui cherche un mécanicien depuis 8 mois sans en trouver, tu n’as pas besoin de le convaincre de l’importance de la francophonie et du multiculturalisme ! », résume l’expert-conseil en immigration. C’est donc aux organismes francophones de mettre en relation les entreprises et les francophones souhaitant immigrer au Canada.

Une stratégie qu’a déjà comprise Michelle Margarit, directrice de l’ACFA (Association canadienne-française de l’Alberta) régionale de Grande Prairie. « Ça fait deux ans qu’on travaille à faire venir des employés qualifiés », explique-t-elle. Son secret ? Une collaboration avec un recruteur ainsi que des relations étroites avec la chambre de commerce et les petites entreprises locales : « Je travaille avec des garages, des fermiers, des soudeurs… » Un modèle qui fonctionne et qu’il serait possible, selon Matthieu Brennan, d’étendre à toute l’Alberta, voire à tout le Canada.


« Je suis d’accord mais on a besoin de ressources », note Angelina Gionet, la directrice de l’ACFA régionale de Wood Buffalo. « Qui va prendre ce mandat ? », demande Georges Bahaya, le directeur du Centre d’accueil et d’établissement. La question des moyens humains et financiers reste donc entière…

Une stratégie pré-départ

Après la suppression de l’Avantage significatif francophone en septembre 2014 – un programme conçu pour simplifier le processus d’embauche de travailleurs  qualifiés d’expression française –, les immigrants francophones doivent se débrouiller avec Entrée express, qui fonctionne avec un système de points.

« Le niveau de compétence linguistique est beaucoup plus élevé sur Entrée express », assure Matthieu Brennan, ce qui désavantage les francophones. Dès lors, comment faire pour maximiser leurs chances d’être sélectionnés par le système ?

Une des possibilités serait de se charger soi-même du recrutement. La Coalition des femmes a ainsi manifesté son intérêt à faire venir davantage d’aides familiales (personnel de garde et de ménage à domicile) francophones, puisque la demande est croissante.

« On ne doit pas travailler isolés des organismes anglophones », estime Donat Mpunga, gestionnaire de programme au Centre pour les nouveaux arrivants de Grande Prairie.

Mamady Camara, le directeur du CANAF (Centre d’accueil des nouveaux arrivants francophones) de Calgary, aimerait développer les relations avec des recruteurs en Afrique, Accès Canada par exemple, en s’assurant que leurs données correspondent à la réalité de l’Alberta. L’idée de multiplier les partenariats avec les écoles de soudure au Maroc ou en Tunisie est aussi évoquée.

Le directeur du Centre albertain d’information juridique, Ali Rachid, affirme qu’il serait aussi nécessaire de « trouver un moyen d’informer les nouveaux arrivants des particularités du système juridique canadien ».

Dans le cas spécifique des réfugiés, la création d’une agence accréditée, comme au Manitoba, pourrait aider les francophones. Pour cela, un plan d’affaires devra être soumis à Citoyenneté et immigration Canada (CIC).

Garder les étudiants et les ‘‘pévétistes’’

Faire venir des jeunes francophones, c’est bien. Les faire rester en Alberta, c’est mieux. Pour cela, il faudrait s’assurer que les étudiants étrangers aient une expérience de travail qualifié pour pouvoir postuler à la résidence permanente. Il en va de même pour les possesseurs de PVT (permis vacances-travail), qui peuvent eux aussi prétendre à la résidence permanente. Désormais, plus besoin de rentrer dans son pays pour faire cette demande.

Par ailleurs, ne pas oublier que l’« on cherche un lien d’attachement à la communauté francophone », précise l’expert Matthieu Brennan.

Après six heures de discussions, l’expert-conseil rappelle que tous les organismes communautaires doivent être capables de « mettre les chiffres sur la table » pour prouver leur efficacité et donc leur pertinence. La concurrence du privé se fera peut-être sentir dans les prochaines années…

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