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« Dans la mort, l’important c’est ceux qui restent »

Créé en 2013 à la suite d’une formation pour les personnes aidantes, le groupe d’entraide de la Coalition des femmes s’est depuis élargi à d’autres thématiques. La réunion du samedi 17 janvier était consacrée au deuil.

Au deuxième étage de La Cité francophone, à Edmonton, une dizaine de femmes sont réunies pour écouter la « thérapeute en relations d’aide » Edwina Ward  et partager leurs expériences. Sujet du jour : le deuil.

Chaque femme se présente et évoque son rapport au deuil. Suzanne en a connu beaucoup mais le pire, c’était après la mort de son mari. « Je ne vous le souhaite pas. Pas tant que vous n’avez pas 100 ans et que vous ne partez pas ensemble ! »

Katherine, elle, a perdu la garde de son enfant de deux ans après son divorce. Une autre forme de deuil. De plus, son conjoint de fait est décédé il y a cinq ans… « On va tous se rejoindre en haut », relativise celle qui avoue que « [sa] spiritualité l’aide beaucoup ».

Le tour de table continue. Mathilde, professeure à Gabrielle-Roy, vient d’être confrontée à la mort d’une cuisinière de l’école, « une femme forte qu’on admirait  ». Outre le choc personnel, elle a dû gérer les réactions parfois surprenantes de ses élèves. En apprenant la mauvaise nouvelle, l’un d’eux s’est mis à rire, provoquant l’incompréhension d’un camarade.

« L’enfant ne sait pas tout le temps gérer ses sentiments », admet Edwina Ward. Ni comment les exprimer. D’où l’importance de ne pas juger ses réactions et d’être à l’écoute.


Agnieszka, elle, est originaire de Pologne et a vécu 10 ans à Paris. Elle est arrivée à Edmonton il y a à peine trois mois. La jeune femme évoque « un sentiment de deuil en arrivant ici. J’ai laissé derrière moi mon travail. […] J’ai perdu tous mes repères ».

« Arriver dans une culture qu’on ne connait pas est un deuil », confirme la thérapeute, qui voit la vie comme une succession de deuils plus ou moins grands à surmonter.

Les cinq étapes du deuil

Quant à Lise, elle vient de perdre sa mère et a vécu cela comme une « délivrance, parce qu’elle était vraiment malade ». Elle se demande si sa réaction est normale. Edwina Ward la rassure : Lise est en fait à la dernière étape du deuil, l’acceptation. La tristesse n’a pas totalement disparu pour autant, on apprend juste à vivre avec.

La thérapeute en profite pour dessiner une pyramide et détailler toutes ces étapes par lesquelles on peut passer (et dont la durée varie selon les individus). D’abord le déni qui consiste à nier la réalité pour lutter contre un sentiment d’impuissance. Ensuite la colère. « Il ne faut pas avoir peur de ses sentiments », affirme Mme Ward, qui pose ensuite la saine question : « La colère, qu’est-ce que je fais avec ? ».

La troisième étape peut s’appeler le chantage ou le marchandage. Il consiste à se torturer avec des «  et si ? » dans « une tentative acharnée de reprendre le contrôle  ». La dépression peut ensuite frapper les victimes du deuil, avec un apitoiement sur soi potentiellement destructeur. Laisser couler les larmes et exprimer son chagrin reste pourtant une bonne chose. Après ces étapes arrive enfin l’acceptation qui permet de guérir.

Cette guérison passe par la communication avec son entourage, voire par une aide professionnelle. « Aujourd’hui, on traite les gens avec des pilules… », regrette Edwina Ward, qui croit aux vertus des échanges humains.

« Dans la mort, l’important c’est ceux qui restent », rappelle la thérapeute en guise de note d’espoir.

Le prochain rendez-vous du groupe d’entraide aura lieu le  28 février. La thématique reste encore à définir.

 

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