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Suspension de la construction du Trans Mountain

La Cour d’appel fédérale a suspendu jeudi 30 août la construction de l’oléoduc controversé du Trans Mountain censé acheminer le pétrole albertain via la Colombie-Britannique vers la côte Pacifique canadienne. Selon la justice, le gouvernement n’a pas suffisamment consulté les populations autochtones, et a mal évalué les conséquences sur l’environnement avant de démarrer le chantier.

pipeline

On assiste à une avalanche de réactions depuis que le gouvernement canadien a subi un revers judiciaire dans son projet d’expansion du pipeline Trans Mountain. « Nous gagnons », a récemment déclaré Rueben George, du peuple autochtone Tsleil-Waututh originaire du Sud-Ouest canadien. Le porte-parole de Greenpeace Canada, Patrick Bonin, parle de « victoire majeure ». Et tandis que le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, parle d’un « grand jour », son homologue de l’Alberta, Rachel Notley, évoque un jugement « mauvais », et annonce le retrait de l’Alberta du programme national de lutte contre les changements climatiques.

Cette affaire à rebondissement, c’est un peu David contre Goliath, l’écologie face à l’économie, et la nature contre l’argent. Ce 30 août dernier, la Cour d’appel fédérale du Canada a donc décidé de donner l’avantage à l’environnement sur l’industrie. Les conséquences néfastes sur l’environnement, dénoncées par plusieurs associations, ont finalement été entendues. « Il est temps que le premier ministre Justin Trudeau se rende à l’évidence et prenne les milliards de dollars publics prévus pour ce projet et les investisse pour accélérer la transition vers une économie fondée sur les énergies renouvelables », a dit Patrick Bonnin, responsable de la campagne climat-énergie de l’ONG écologiste.

Du côté de dame Nature

Long de 1 200 km, l’oléoduc Trans Mountain, actuellement saturé, devait voir sa capacité triplée à 890 000 barils par jour selon les sources gouvernementales. Ce projet est surtout combattu en Colombie-Britannique, d’où ce pétrole devait être chargé sur des navires vers l’Asie.

« C’est une décision prise au motif de ses conséquences sur l’environnement et sur le peuple des Premières Nations », rappelle l’ONG écologiste. Tout d’abord, il semblerait que l’impact sur les mammifères marins a mal été mesuré par les autorités fédérales. Selon Greenpeace, « le passage de plus de 400 pétroliers par année dans leur habitat exposerait encore davantage les orques résidant dans le sud ».

Plusieurs communautés amérindiennes s’opposent également à l’agrandissement de cet oléoduc. Le tracé de ce dernier traverse leurs territoires ancestraux, et irait à l’encontre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Selon Patrick Bonnin, « ce jugement témoigne de la force de la population et du mouvement dirigé par les autochtones. Ils ont mené ce combat et des milliers d’alliés à travers le pays et le monde entier les ont rejoints ». Et il précise que « des centaines de personnes, des grand-mères jusqu’aux chefs religieux, ont même été arrêtées pour avoir protesté contre ce projet ».

Côté  chiffre

Cet oléoduc qualifié de « stratégique » par Justin Trudeau, était censé régler une bonne fois pour toutes la question de la dépendance du Canada aux États-Unis pour écouler son or noir. C’est un projet estimé à 7,4 milliards de dollars par les experts, et qui venait tout juste d’être nationalisé en mai dernier que la justice vient donc de dérouter.

C’est aussi un achat annoncé fin mai pour 4,5 milliards de dollars par Ottawa. Le gouvernement Trudeau avait accepté l’agrandissement de l’oléoduc en échange de la collaboration du gouvernement de l’Alberta, dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Il était question d’imposer une taxe nationale sur le carbone, vivement combattue par l’opposition conservatrice.

La  suite au prochain épisode…

Dans sa décision, la justice laisse toutefois la porte ouverte à une relance des travaux. Si l’Office national de l’énergie « prend les mesures qui s’imposent pour corriger ces vices », il se pourrait que la justice statue de nouveau.

Toutefois, durant la délibération, la juge a rappelé que l’agence fédérale elle-même « a conclu que l’augmentation du transport maritime résultant du projet risquerait d’entraîner des effets négatifs importants sur les mammifères marins ».

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