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L’eau sous pression cet été

Avec un été chaud et sec, l’eau douce est plus précieuse que jamais. La sécheresse, les feux de forêt et l’appauvrissement des réserves d’eau potable menacent plusieurs régions. Des restrictions sont à prévoir.

Francopresse 0630 Leau La vague de chaleur 1

Certes, l’eau douce coule à flots au Canada. Avec près de 9 % des ressources mondiales pour moins de 1 % de la population, la denrée naturelle, si elle est rare ailleurs, occupe une place prépondérante dans les paysages canadiens. On trouve ainsi plus d’un million de kilomètres carrés d’or bleu, classant le pays au 3e rang mondial des réserves renouvelables.

Malgré tout, les quantités ne sont pas illimitées. L’apparente abondance de l’eau est trompeuse quand on sait que les Canadiens utilisent en moyenne 250 litres d’eau potable par jour (Statistique Canada, 2017), comptant ainsi parmi les consommateurs les plus gourmands au monde.

Les lacs et rivières, qui fournissent 88 % de l’eau potable du pays, subissent aussi les sévices du climat. Et l’été 2018 s’annonce chaud et sec. En cause : les températures plus élevées des océans, notamment du Pacifique. « La chaleur va se propager sur l’Ouest canadien, indique Bertin Ossonon, météorologue à MétéoMédia. On va se retrouver avec des valeurs largement au-dessus des normales pour les trois mois d’été. »

Francopresse 0630 Leau La secheresse 1Des régions plus fragiles

Certaines provinces ont d’ores et déjà restreint l’utilisation d’eau, comme à Vancouver en Colombie-Britannique où l’arrosage des jardins est limité à deux fois par semaine jusqu’en octobre. L’absence de précipitations fait aussi craindre un danger de feux de forêt, deux ans seulement après les terribles incendies de Fort McMurray. « Lorsque la chaleur est installée, que tout est très sec, la moindre allumette ou la foudre peut tout embraser », commente l’expert météo.

Dans l’Est, il fera globalement plus chaud qu’à l’accoutumée, sauf pour l’Ontario et le Québec qui se retrouveront « dans le creux de la vague ». Car lorsque les océans se réchauffent, le dégagement de chaleur par évaporation s’intensifie et agit sur l’atmosphère en modifiant les courants-jets, ces vents en haute altitude. La circulation atmosphérique ainsi chamboulée crée un creux d’air frais au niveau des deux provinces. Des tornades pourraient toutefois se manifester, surtout dans le Sud de l’Ontario, « résultat du choc entre deux masses d’air de températures différentes ».

Selon l’Outil de surveillance d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, des conditions anormales de sécheresse seront fréquentes dans l’Ouest canadien. L’intérieur de la Colombie-Britannique, le sud de l’Alberta et de la Saskatchewan sont particulièrement vulnérables. « La fonte précoce des neiges en mai, résultant de températures extrêmement élevées, favorise le risque de débits faibles et de sécheresse dans ces régions qui dépendent de la fonte des neiges des montagnes pour assurer leur approvisionnement en eau », analyse Catherine Burge, porte-parole d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC).

Si les conditions durent, il faudra s’attendre à « une diminution de l’approvisionnement en eau de surface, à une réduction de la production d’alimentation animale et à une production agricole inférieure à la moyenne ». Le Nord de l’Ontario n’est pas non plus épargné où un été chaud et sec « entraînera des déficits hydriques persistants et un risque accru de feu de forêt ». Enfin, la menace pèse aussi au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest.

Francopresse 0630 Leau Infographie 1L’impact du réchauffement climatique

Pour Sarah Dorner, professeure agrégée à Polytechnique Montréal, il ne fait aucun doute que la hausse des températures agit sur la qualité de l’eau. « Quand il fait chaud, les cyanobactéries se développent plus facilement. Les microorganismes pathogènes sont favorisés. Le réchauffement a un impact sur les sources de contamination », indique-t-elle.

Selon ECCC, les températures moyennes ont augmenté d’environ 1,7 °C au Canada entre 1948 et 2016. De plus, les précipitations auraient diminué durant l’hiver dans l’Ouest. Et la tendance pourrait se poursuivre : « En fonction des émissions, la température sur l’ensemble du pays devrait augmenter de 2 à 6 degrés d’ici à la fin du siècle », avertit Catherine Burge.

Ces bouleversements climatiques ont une incidence sur les approvisionnements en eau douce. « Le réchauffement futur et les réductions de la couverture neigeuse, la diminution des glaciers de montagne et le dégel accéléré du pergélisol devraient changer le caractère saisonnier des écoulements fluviaux. » Augmentation des débits hivernaux, fonte printanière plus précoce et réduction des débits estivaux, voilà de quoi inquiéter les régions les plus dépendantes de l’Ouest et des zones intérieures continentales.

Certains écosystèmes sont prioritaires pour ECCC, à l’instar des Grands Lacs, sources d’eau potable pour 30 millions d’Américains et 11 millions de Canadiens. Si leur état est jugé globalement « passable » par les institutions officielles, leurs eaux de surface se réchauffent et leur niveau baisse depuis 40 ans. De plus en plus sous pression, au cœur des enjeux climatiques de demain, l’or bleu semble mériter plus que jamais son nom.

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