Énergie éolienne: Produire de l'énergie renouvelable à quel prix?

 Un groupe de 90 propriétaires fonciers de la région de Livingstone, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Calgary, exige que le gestionnaire du système électrique de l’Alberta, Alberta Electric System Operator (AESO), revienne sur sa décision de construire un réseau de fabrication et de transport d’énergie dans une région de la province où l’écosystème est très fragile. L’association a partagé ses inquiétudes à AESO dans une lettre envoyée en juin.

D’un côté comme de l’autre de l’autoroute 22, la célèbre Cowboy Trail, les prairies sont à perte de vue avec, en arrière-plan, à l’ouest, les montagnes Rocheuses. Une partie de ce territoire demeure à ce jour vierge, c’est-à-dire qu’elle est couverte d’herbes indigènes, et sert d’habitat naturel à une variété d’espèces menacées dans la province, incluant le grizzli.



Cette région où vit un écosystème très fragile a aussi un grand potentiel de production d’énergie éolienne. C’est ce qu’a déterminé la Commission albertaine des services publics, en 2009. La province avait alors nommé la compagnie spécialisée dans le transport de l’électricité, AltaLink, responsable de gérer différents projets d’expansion dans cette région, dont celui connu sous le nom du projet de transmission Castle Rock Ridge to Chapel Rock.

Si tout se passe comme prévu, les résidents du petit village de Cowley et des environs de Pincher Creek devraient voir se construire, en 2017, de nouvelles infrastructures de fabrication et de transport d’électricité produite par des éoliennes. Le projet, qui devrait coûter entre 350 et 700 millions de dollars, inclut la construction d’une sous-station, d’une ligne de transmission électrique de 20 à 41 kilomètres de long et d’une vingtaine d’éoliennes.

Le trajet de la ligne de transport d’énergie n’est pas encore déterminé. La compagnie responsable de mettre en oeuvre le projet, AltaLink, a établi quelques scénarios possibles, incluant l’option où les structures longeraient l’autoroute 22, et une autre où des lignes électriques la traverseraient.

Pour l’instant, AltaLink travaille à finaliser les derniers détails pour soumettre sa soumission au gestionnaire du système électrique de l’Alberta à l’automne. L’entreprise a tenu plusieurs consultations publiques et a créé un sondage en ligne pour permettre aux Albertains de mieux comprendre le projet et de s’exprimer sur le sujet. Les Albertains ont notamment le choix entre cinq trajets possibles et peuvent aussi donner leur avis sur le type de structures qu’ils préfèrent.

« Les résidents de cette région sont davantage préoccupés par la pollution visuelle que les lignes de transport d’électricité risquent de créer. Ils ne veulent pas que ce soit en face de leurs fenêtres par exemple. Ils ont aussi des inquiétudes concernant l’environnement, ils veulent s’assurer que nous respectons la faune et la flore de cette région. Nous avons mené plusieurs études environnementales pour limiter les conséquences sur les espèces animales et végétales », soutient Peter Brodsky, le gestionnaire des communications pour AltaLink.

Pour le groupe de propriétaires de la région de Livingstone, ce n’est pas assez. « Tout ce que nous demandons, c’est que la province réévalue la situation. Le projet d’expansion a été mis en place il y a plusieurs années et les temps ont changé depuis. La situation économique est instable en ce moment. Est-ce vraiment logique d’aller de l’avant avec un projet qui pourrait coûter presque quatre fois plus cher que prévu ? », questionne le vice-président du groupe des propriétaires de la région de Livingstone, Bill Trafford. Il ajoute qu’il s’agit d’un « coin de pays vraiment unique qu’il faut tâcher de protéger ».

Mike Deising, le directeur des communications de l’Alberta Electric System Operator, rappelle qu’un projet d’expansion comme celui-ci aide la province à prospérer. « Les résidents de ce secteur bénéficient directement de ce genre de projet. Quand ils appuient sur l’interrupteur pour allumer leurs lumières, par exemple, ils ont de l’électricité sur-le-champ. Après tout, ils ne sont pas les seuls à héberger nos installations. Il y a des communautés partout à travers la province qui sont dans la même situation », dit-il.

Le système électrique de l’Alberta est centralisé, ce qui veut dire que toute l’énergie produite dans les diverses installations de la province, se retrouve à la station centrale, après quoi elle est redistribuée dans les foyers.

Un vent qui décoiffe

Bill Trattford avoue que « le vent souffle parfois si fort, dans les environs de Pincher Creek, qu’on a du mal à rester debout ». Par conséquent, il admet que sa région a du potentiel et n’est pas contre l’idée de produire de l’énergie avec le vent.

Selon lui, la technologie s’est cependant énormément améliorée depuis que l’Alberta s’est lancée dans la production d’énergie éolienne, et des vents un peu moins forts, ceux qui soufflent sur l’est de la province par exemple,  peuvent eux aussi produire une quantité importante d’électricité. Puisqu’AltaLink a rejeté l’idée de construire des infrastructures sous-terraines, il n’y a rien qui le fera changer d’avis : il ne veut pas de ce projet dans son arrière-cour.

À l’heure actuelle, neuf pourcent de l’électricité produite en Alberta est générée par l’énergie éolienne. Le charbon et le gaz naturel, qui produisent respectivement 39 et 40 pourcent de toute l’électricité consommée en Alberta, demeurent les principales sources d’énergie.

Le ministère de l’Énergie n’a pas voulu se positionner sur la question qui met en opposition, d’un côté, la préservation de la faune et la flore et de l’autre, la production d’énergie verte. Durant la plus récente campagne électorale provinciale, au printemps dernier, les néo-démocrates ont promis de diversifier l’économie en investissant notamment dans la production d’énergie éolienne.

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