ACFA régionale d’Edmonton : situation financière catastrophique

« Des fois, on a tendance à ne pas parler assez fort dans la francophonie. Franchement, ce rapport financier est gênant et il démontre une incompétence grossière des administrateurs de cette régionale », a lancé Denis Noël à la quarantaine de personnes réunies pour l’assemblée annuelle de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) régionale d’Edmonton, le 4 avril dernier, au studio 104.

Membre de la régionale depuis de nombreuses années, M. Noël réagissait au rapport financier audité de l’organisme, et au rapport du président Michel Fournier, démontrant un manque à gagner de 100 000 $ pour l’année 2011 (1er janvier au 31 décembre), et ce, sur un budget de fonctionnement de 487 000 $.


« Nous faisons face à certains défis qui constitueront notre priorité au cours de la prochaine année. Bien que nous ayons coupé près de 90 000 $ de dépenses au cours de l’année 2011, notre financement a diminué de près de 170 000 $. Cette diminution importante nous pousse à entreprendre des mesures qui permettront de diminuer l’ampleur du risque comporté par notre financement en général et notre programmation », a indiqué Michel Fournier.

Ce dernier explique que la situation financière actuelle est reliée principalement par « un financement de base très minime en comparaison à d’autres associations. De plus, notre financement ponctuel, de son côté, n’est pas assuré d’une année à l’autre ».

Pour Michel Fournier, le fait que la régionale doive effectuer plusieurs demandes de financement  constitue aussi un risque. « Plus le financement provient de sources différentes, plus le risque est grand. Dans plusieurs cas, nous obtenons des réponses des bailleurs de fonds après la production des évènements pour lesquels le financement a été demandé, ce qui constitue un facteur important au déficit que nous rencontrons pour l’année 2011 », lance le président.

Les membres de l’assemblée n’ont pas semblé satisfaits par les raisons évoquées. « Les excuses présentées n’ont aucune logique », s’exclame Denis Noël.

« La situation de la régionale n’est pas unique. D’autres organismes sans but lucratif ont les mêmes défis. Comment se fait-il que la régionale n’ait pas su d’avance, en cours de route, que les choses n’allaient pas bien et de poser certains gestes en conséquence », souligne Antonine Bergeron.

Jean-Louis Dentinger abonde dans le même sens. « J’ai été président de la régionale et à l’époque, on ne dépensait pas l’argent qu’on n’avait pas. On ne peut pas se permettre une autre année comme celle-là, sinon il n’y en aura plus de régionale à Edmonton », indique-t-il.

Pour Claire Dallaire, la situation ne peut pas continuer. « L’an dernier, j’ai questionné ce déficit et on m’avait dit qu’un plan était en place. Je suis repartie en me disant que les choses étaient réglées. Je me rends compte aujourd’hui que cela était loin d’être le cas. Pourquoi devrais-je vous croire maintenant? », a-t-elle questionné.

Michel Fournier ne s’est pas défilé devant le mécontentement des membres. « On ne prend pas la situation à la légère, on veut prendre le pouls et comprendre ce qui arrive afin de poser les bonnes actions », indique-t-il.

Fait à noter, le manque à gagner de 100 000 $ s’ajoute au déficit de 20 000 $ que l’Association avait affiché pour son année financière 2010. Si les membres tiennent compte des investissements en immobilisations, soit quelque 40 000 $, la régionale affiche une perte aux livres de 96 000 $. « Puisque le côté de l’immobilisation ce n’est pas quelque chose qui est pleinement réalisable, on parle plutôt d’un problème de 150 000 $ », soutient Denis Noël.

Un constat que le vérificateur financier de l’organisme, Pierre Bergeron de la firme Bergeron & Co., confirme. « Si la régionale fermait ses portes demain matin, je ne suis pas certain qu’elle obtiendrait la valeur de l’investissement en immobilisation », avance-t-il.

Comité des finances
Pour éviter que la situation se répète, la régionale d’Edmonton a annoncé la formation d’un comité des finances qui commencera ses rencontres d’ici la mi-avril. Un comité qui au départ devait être formé du président, du trésorier, de la direction générale, de l’agence comptable et du vérificateur. Les membres de l’assemblée ont également exigé qu’une autre personne externe en fasse partie.

« La formation de ce comité est un pas dans la bonne direction dans le redressement de la situation financière de l’association », croit Denis Magnan.

Par ailleurs, notons que les membres ont aussi exigé que la régionale communique de façon formelle avec ses membres trois fois par année afin de détailler et suivre l’évolution du plan de redressement.

Déménagement inévitable
Tout indique qu’à très court terme, l’ACFA régionale d’Edmonton déménagera, ou du moins, réduira ses espaces dans La Cité francophone. « D’ici la fin du mois, nous devons prendre une décision quant au Studio 104 et même nos locaux. La Cité nous a offert d’échanger nos espaces avec les leurs et c’est une des options que nous envisageons, car les nouveaux locaux couteraient environ 10 000 $ par année en loyer, comparativement au quelque 40 000 $ que nous payons présentement », mentionne Michel Fournier.

D’une façon ou d’une autre, le Studio 104 est voué à cesser ses opérations. « La création de cet espace nous permettait d’offrir un service complémentaire à notre programmation. La communauté nous signalait déjà depuis un bon bout de temps son grand intérêt à revoir apparaitre, entre autres, les activités régulières de La p’tite scène », note le président.

L’Association espérait financer ces espaces par leur location. « Malgré nos efforts, le résultat n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Cela nous a amenés à nous pencher, en début d’année 2012, à une longue réflexion sur le cout du loyer, lance Michel Fournier. L’idée principale à retenir constitue notre obligation à diminuer cette charge financière annuelle, considérant l’incapacité à rentabiliser ces espaces. »

Fin des camps d’été
Pour la prochaine année, l’organisme a décidé d’annuler ces deux camps d’été, le camp Soleil et le Camp de plein air Lusson. « Cette annulation temporaire nous permettra de nous consacrer aux rénovations entamées au Camp de plein air Lusson, d’évaluer les causes des diminutions des inscriptions et de permettre d’éviter un déficit lié à la production des camps », évoque Michel Fournier.

Edmonton chante de retour
Même si Edmonton chante a présenté, dans les états financiers de l’organisme, un déficit de 112 000 $ en 2011, Michel Fournier est catégorique : le festival devrait revenir en 2012. « Je ne pense pas que ce soit un échec. Cela nous permet de rejoindre une nouvelle clientèle. C’est certain que le modèle sera revu et l’ampleur du festival aussi sera réduite. On songe, pour la 5e édition, à présenter les coups de cœur de chacune des années précédentes. Nous cherchons une façon de rentabiliser le festival avant de prendre une décision », présente le président de l’ACFA régionale d’Edmonton.

Lueur d’espoir
Même si la régionale entend revoir de fond en comble sa programmation, afin de prioriser ses projets et dossiers pour 2012, la venue prochaine du spectacle de Louis-José Houde semble donner une dose de positivisme aux dirigeants de la régionale.

« Voilà un évènement qui demande très peu d’organisation et qui s’est vendu en deux jours. Le succès au guichet nous permettra de générer des profits d’environ 7000 $, fait remarquer Michel Fournier. Nous analyserons la possibilité de tenir d’autres spectacles similaires dans l’année, car c’est ce que les francophones semblent rechercher. »

Même équipe
Malgré l’année difficile qu’ils viennent de vivre, les trois membres du Conseil d’administration (CA) dont le terme venait à échéance ont accepté un nouveau mandat. Il s’agit de Michel Fournier (président), Yolande Proulx (conseillère) et Luc Dostie (conseiller). Jean-Yves Vanier (vice-président), Richard Amyotte (trésorier), Pauline Légaré (secrétaire) et Louise Boivin (conseillère) poursuivent leur mandat. Un poste est toujours à pourvoir.

« Cela aurait été facile de partir et laisser ceux dont il leur reste une année à leur mandat gérer cette situation, mais cela fait partie du leadership. Pour nous, c’est le sentiment d’une chose non accomplie. Il faut se prendre en main et rétablir la situation financière de l’association. C’est un défi de taille, certes, mais ensemble, nous allons y arriver », témoigne Michel Fournier.
 

 

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