Edmonton sans pesticides?

La province de l’Alberta utilise des pesticides pour l’entretien de ses parcs et certains espaces publics verts. Bien que cette utilisation ait diminué depuis les 20 dernières années, les grandes villes albertaines n’ont pas légiféré sur l’usage des pesticides pour contrôler les mauvaises herbes. L’organisme Pesticide free Edmonton se dit inquiet de cette utilisation potentiellement nocive, selon eux. Une situation qui inquiète également les citoyens d’Edmonton.

La pédiatre Isabelle Chapados s’est présentée au Community Services Committee, le 6 février dernier, pour tenter de sensibiliser les conseillers de la Ville d’Edmonton contre l’utilisation de pesticides pour usage cosmétique en Alberta.


« Si nous désirons une vraie ville verte avec des parcs et des terrains sécuritaires, où nous n’aurons pas peur que nos enfants aillent jouer, il est important d’agir. Le principe de précaution veut que si c’est neurotoxique pour un insecte, ça puisse l’être pour un humain, encore plus pour un cerveau en développement », avise Isabelle Chapados.

Dre Chapados a présenté des études récentes qui associent l’exposition aux pesticides au développement de maladies telles que la leucémie, les lymphomes et plusieurs types de cancers, avec une incidence plus marquée chez les enfants. Ces substances seraient également nocives pour les femmes enceintes et augmenteraient le risque de malformations à la naissance, pour ne nommer que quelques effets associés.  

Le responsable de l’environnement des parcs et espaces verts au département des services communautaires à la ville d’Edmonton, Chris Saunders, assure que les procédures mises de l’avant par l’agglomération s’appuient sur les recommandations provinciales, ainsi que sur celles de Santé Canada.

La Ville d’Edmonton s’est dotée d’une politique d’Integrated Pest Management Guidelines afin de contrôler les plantes indésirables dans les espaces publics verts.

Ces pratiques comportent des méthodes biologiques, sur plusieurs espaces verts déterminés par la ville, ainsi que l’application de pesticides sur certains sites lorsque cela s’avère nécessaire.

Ces applications sont faites selon les règles en vigueur et effectuées par des gens formés et certifiés afin de réduire l’exposition des citoyens à ces substances.

« Nous n’utiliserions pas ces produits si nous pensions qu’il y avait véritablement un risque pour nos citoyens, mais il n’y a pas d’évidence scientifique sur laquelle nous pouvons nous appuyer et déterminer si l’utilisation que nous en faisons représente un risque pour la santé », avise le porte-parole qui encourage Mme Chapados à présenter son rapport auprès de Santé Canada.

Difficile à prouver
Isabelle Chapados avoue qu’il est difficile de prouver hors de tout doute qu’il existe un lien direct entre l’exposition aux pesticides et la hausse de cas de cancer chez les populations exposées, en raison du type d’études utilisées pour établir la corrélation.

« Éthiquement, on ne peut exposer des gens aux produits toxiques pour en mesurer les effets sur leur santé. Ce sont donc des études dites rétrospectives, où les gens rapportent leur exposition et donc, il y a matière à interprétation. Les résultats sont moins fiables, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas en tenir compte », dénonce la pédiatre.

Cette dernière explique que la première règlementation municipale canadienne concernant l’utilisation des pesticides provient de Hudson, au Québec, une région où l’on retrouve plusieurs terrains de golf. Comme beaucoup de gens du même quartier se rencontraient à l’étage d’oncologie (traitement des cancers) de l’hôpital pour enfants de Montréal, le lien entre une forte exposition aux pesticides et le développement de maladies comme le cancer a été établi.

« Si on regarde les autres grandes villes au Canada qui ont adopté des méthodes biologiques qui ne sont pas dangereuses pour la santé, comme l’arrachage manuel, l’utilisation de certains types de plantes ou encore planter du trèfle dans le gazon, les parcs ont un peu plus de pissenlits, mais ne sont pas devenus des jungles », fait observer Dre Chapados.

M. Saunders assure qu’Edmonton a considérablement réduit l’utilisation de pesticides depuis les 20 dernières années. « Au milieu des années 1990, 50 % des 4400 hectares de pelouses que nous entretenons étaient aspergées de pesticides. En 2011, il n’y avait que 4,6 % de nos terrains sur lesquels nous utilisons des pesticides », avance-t-il.

Il admet toutefois que l’entretien manuel des pelouses demande beaucoup de ressources et qu’il est difficile d’assurer un contrôle de qualité. Il ajoute que le terme d’usage cosmétique peut prendre différentes interprétations, compte tenu du fait que la province de l’Alberta légifère le contrôle de certaines plantes indésirables, la ville d’Edmonton est aux prises avec 29 d’entre elles.

Chris Saunders laisse toutefois savoir qu’il existe des mécanismes qui permettent aux citoyens de faire enregistrer les parcs de leur quartier pour que ceux-ci soient traités biologiquement. Une mesure qui est également promue par le groupe Pesticide free Edmonton, qui tente de faire adopter des méthodes biologiques à la ville.

Une industrie florissante
Selon Santé Canada, en Alberta, 36 % des ménages avaient recours aux pesticides en 1994 alors que ce nombre a augmenté à 42 % en 2007. À titre de comparaison, l’agence fédérale estime que 25 % des ménages canadiens utilisaient des pesticides en 2007, par rapport à 31 % en 1994 à l’échelle nationale. Ce nombre aurait chuté en raison des législations municipales mises de l’avant dansdifférentes villes à travers le pays.

Isabelle Chapados soulève également les problèmes d’utilisation et d’entreposage des produits pesticides chez les particuliers. Elle appréhende quelque peu les lobbys des entreprises d’horticulture, de pelouses et les compagnies pétrolières, puisqu’il s’agit de produits pétrochimiques à la base.

Chris Saunders mentionne le cas, en 2010, d’une restriction d’utilisation des produits en vente libre Weed&Feed, qui se retrouvaient en grande quantité dans les cours d’eau de l’Alberta. « Les municipalités ont fait pressions auprès d’Alberta Environment pour restreindre l’utilisation de ce produit pour les particuliers, mais nous n’avons pas la juridiction pour bannir la vente de ce produit, en tant que municipalité », avance le responsable de l’environnement des parcs.

« J’ai peur que ce soit nos enfants qui en souffrent. Ce sont des choses difficiles à prouver et les effets me semblent hors proportion pour ne pas les prendre en considération. Pour moi, c’est une évidence qu’il faut évaluer cas par cas et délivrer un permis d’utilisation des pesticides lorsqu’il y a un danger », conclut Dre Chapados.

 

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