La sélection génomique discutée au Campus Saint-Jean

Le 10 septembre, le Campus Saint-Jean a réuni des chercheurs français et canadiens pour un symposium inédit sur la recherche agricole France-Canada. L’objectif : décrypter les avancées technologiques sur le génome et en évaluer les implications révolutionnaires sur les filières agricoles.

ADN

La conférence intitulée Un regard d’économiste sur la sélection génomique pour différentes espèces animales et végétales a été orchestrée par la Faculté des sciences de la vie et de l’agriculture (ALES en anglais) de l’Université de l’Alberta, conjointement avec le Consulat général de France à Vancouver et le Campus Saint-Jean. Sur trois jours, le symposium a convié plus de 200 personnes pour se pencher sur cette révolution agricole et économique que représente la sélection génomique.

Une révolution agroalimentaire

Philippe Marcoul, professeur agrégé d’économie des ressources à la Faculté ALES et coorganisateur de l’événement, explique : « Grâce aux avancées en génétique, on est maintenant capable de mettre en relation de manière statistique l’information génotypique et phénotypique, c’est-à-dire de faire le lien entre l’ADN d’un animal et ses caractères observables ». Tout cela est rendu possible notamment grâce au séquençage génétique devenu très bon marché. « Aujourd’hui, pour 50 dollars on peut séquencer l’ADN d’un animal alors que ça prenait des millions de dollars il y a encore vingt ans », relève le professeur.

Dans la filière bovine par exemple, les scientifiques sont désormais à même d’évaluer la production de lait d’une génisse avant même sa naissance, simplement en étudiant le code génétique de ses géniteurs, la vache et le taureau. « C’est une révolution car jusqu’à maintenant on était obligés d’attendre des années pour voir si les croisements étaient bons à des fins de productivité. Les coûts et les durées sont divisés incroyablement », commente Philippe Marcoul.

Et les implications sont nombreuses. « Ça rebat les cartes dans toutes les filières agroalimentaires. Certains acteurs spécialisés se tournent désormais vers d’autres filières grâce à ces avancées pour accroître la production de lait, de viande ou autre », observe le professeur.

Barbara McClintock 1902 1992 shown in her laboratory in 1947Favoriser le dialogue scientifique

L’idée de ce symposium vient de Colombie-Britannique, et plus particulièrement de Fabien Agenès, docteur et attaché de coopération scientifique et universitaire au Consulat général de France à Vancouver. « L’objectif premier de mes fonctions est de favoriser les partenariats scientifiques entre les chercheurs français et les chercheurs de l’Ouest canadien », indique-t-il.

Les ministères de l’Agriculture français et albertain auraient en effet signé en octobre 2017 une lettre d’intention mentionnant la volonté commune de collaborer dans les domaines de l’industrie forestière et agricole, incluant un volet de collaboration académique. « J’ai contacté les universités albertaines pour développer des partenariats scientifiques entre les universités albertaines et françaises ». Ainsi le Consulat a accordé un financement de 8 000 dollars à l’Université de l’Alberta, complété pour un montant similaire par la Faculté ALES.

Outre le symposium sur la sélection génomique organisée au Campus Saint-Jean, la deuxième journée avait pour thème le bien-être animal et s’est tenue sur le campus anglophone. Le dernier jour, lui, était consacré à un atelier réservé à la stricte communauté scientifique, qui ressemblait à « un début de coopération » selon Philippe Marcoul.

Pour Fabien Agenès, le symposium reflète la nécessité d’avoir un débat transdisciplinaire, en génétique et en économie, « qui peut apporter beaucoup au domaine agricole ». L’attaché scientifique note un intérêt accru à ce que les différentes disciplines s’enrichissent mutuellement. « Il s’agit de favoriser le dialogue, d’échanger et de confronter les points de vue », complète-t-il.

Ce rapprochement préparerait-il le terrain pour le controversé Accord économique et commercial global (plus connu sous son appellation anglaise de CETA) entre le Canada et l’Union européenne ? Les différents interlocuteurs n’ont pas su répondre à cette question. Pour autant, Fabien Agenès se veut rassurant : « On cherche à savoir les impacts environnementaux, sociétaux et économiques des OGM [organismes génétiquement modifiés]. Mais nous n’avons pas eu de discussion sur les législations ».

Philippe Marcoul, de son côté, remarque une volonté politique de la part d’Emmanuel Macron d’accroître et d’intensifier les relations avec le Canada au niveau de la recherche scientifique, qui débouchera peut-être sur des collaborations universitaires. « Il y a un vide à combler », lâche-t-il. Pour lui, la rencontre était une occasion en or de se renseigner sur un nouveau sujet qui « imprègne toutes les filières et dont on ne connaît pas encore les implications ». Son regard d’économiste scrute ainsi les implications de ces avancées sur les filières agroalimentaires, un pan important de l’économie albertaine.

Après le succès de la rencontre, un autre symposium pourrait faire suite, cette fois portant sur le thème de l’intelligence artificielle appliquée à l’agriculture.

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